‹ Notice biographique sur J.-B. MolièreChapitre 23 sur 236 · Vojes aux pages SSg et 56o de notre tome V · texte numérisé non relu

Vojes aux pages SSg et 56o de notre tome V

4. Dans VA9is an lecteur qui précède son abrégé de la philosophie de Gassendi.

5. Voyez le fragment d'une lettre de Chapelain à Bernier, citée par Sainte-BeuTe d.ins ses Causeries du lundis tome XiV,

apparemment réservé les vers pour les morceaux les moins arides, tels que celui dont il a placé dans le Mfsamhrope une imitation sans aucun doute retouchée, peut-être toute nouvelle. H est permis de croire qu'il n'aurait pas, même en prose, abordé les autres, si ce n'avait été pour obéir k Gassendi.

La date que nous croyons être celle de la traduction de Lucrèce par Molière pourrait donner lieu à une objection, dont nous sommes peu touché. L'abbé de Marolles prétend que Molière avait avoué « plus d'une fois qu'il s'étoit servi de la version en prose dédiée à la Sérénissime Reine Christine de Suède. » La version dont il parle est la sienne. Elle ne fut publiée qu'en i65o. Mais comment croire que celle de Molière ne soit pas antérieure? Si l'aveu qu'on lui prête n'est pas une invention de la vanité de Marolles, il faudrait seulement admettre que, pour corriger quelques passages de cette étude poétique de sa jeunesse, il n'avait pas dédaigné de consulter le très médiocre travail de l'abbé. RestAt-il des doutes sur l'époque ou Molière traduisit le poète de la philosophie d'Épicure, nous dirions encore : Gassendi est là : il n'y a que ses leçons qui aient pu engager Molière, plus tôt ou plus tard, dans ce commerce avec Lucrèce*.

p. i38, note i. — L'abbé de Marolles, dans la préface de la seconde édition de sa traduction de Lucrèee (iSSg), parle de celle de Molière, dont il avait vu deux ou trois stances du commencement du livre II, qui lui avaient « seinblé fort justes et agréables ». Que n'a-t-il, rendant un meilleur service aux lecteurs que par sa pauvre version, cité ces stances, où vraisemblablement on reconnaîtrait, à quelque âge que Molière les ait écrites, la main d*un poète dans la lutte avec les vers magnifiques : Suave mari magno,,.^ I . Nous n'aurions eu à revenir plus loin sur cette traduction, dont la perte est si regrettable, que si nous savions comment elle a péri. Grimarest (p. 3ii et ^ii) 'raconte qu'un des domestiques de Molière, le même peut-être qui le chaussait à Tenvers, en ayant trouve un cahier sous sa main, en fit des papillotes pour la perruque de son maître, qui, dans sa colère, jeta le reste au feu. On a tenu assez généralement cette anecdote pour un conte. Grimarest avait dit un peu plus haut (p. 809 et 3 10) que Molière avait laissé des fragments de pièces inachcTëes, et même

Quoique un tel indice, très frappant à la condition de n'être pas le seul, ne puisse raisonnablement paraître aroir la même valeur pour tous cetix qui ont traduit Lucrèce vers ce temps-là, il n'en a pas fallu d'autre pour que l'on ait cru voir dans notre petite école gassendiste un homme célèbre par des vers élégamment traduits du début du même poème. On lit partout aujourd'hui le nom de Hesnault associé à ceux que donne Grimarest. N'acceptons pas ce nouveau disciple, enrôlé arbitrairement et trop tard. Il l'a été pour bt première fois, à notre connaissance, par Auger dans son édition des Œuvres de Molière (1619), plus digne ordinairement de confiance^.

quelques pièces entières (qui le croira?); que sa femme, dans ton insouciance, les donna à La Grange ; que celui-ci les conserra jusqu'à sa mort; mais que Mme La Grange rendit toute la bibliothèque de son mari, où apparemment se trouTaient les précieux manuscrits, non pas toutefois, selon lui, la traduction de Luerèce^ pniaqu'il la crojaxt brûlée par Molière. Si la Teure de Molière arait donné à La Grange les manuscrits de Molière, ce ne serait domc pas chex sa mère que le jeune Guérin les avait eus à sa dispontion, comme il le déclare dans la préface de Mjrtil et Mi* licerte. Différente est la version de M. Loiseleur, qui n*en fait pas connaître les preuves. Mme Molière, dit-il, vendit la traduction m cents livres à Barbin; celui-ci, trourant Touvrage dangereux, refusa de le publier. On ne sait vraiment que penser de ces récits, qui ne s'accordent pas. Parmi les points obscurs, celui de la disparition du poème De la Nature ne nous semble pas éclairci.

I . Voyez IsL^iede Molière au tome I de cette édition, p. Lxxxni et uQcxvin. — Plus loin, à la p. cm, Auger croit avoir constaté une étroite liaison entre Molière, Chapelle et Hesnault, qui donnerait quelque vraisemblance à la présence de ce dernier dans la maison de Luillier en 1641. Il s'appuie sur l'autçrité de Gui Patin; il n'aurait dû alléguer que celle du Patiniana (Amsterdam^ x7o3); car c'est là seulement que l'on trouve à la page 80 le passage qu'il cite : c D'Hénault... voit souvent deux hommes qui ne sont pas plus chargés d'articles de foi que lui; ce sont Chapelle et Molière. » Soit dit en passant, on ne saurait attacher d'importance à un certificat d'irréligion donné par Gui Patin. Mais est-ce bien lui qui parle? N'est-ce pas plutôt celui à qui on doit cette édition du Patiniana, c'est-à-dire Bayle? Dans le Die* tionnaire du même Bayle, au mot Patut (Gujr) on lit cette phrase :

Molière, demandera-t-on, s'est-il donc jamais, comme Bernier, Cyrano même et Chapelle, montré gassendiste? A leur manière, non ; «ar ils ont plus ou moins philosophé sur les atomes et sur les autres théories favorites du maître, ce que lui n'a pas fait. On a dit^ qu'il se laisse reconnaître pour son disciple dans sa guerre contre la médecine, parce qu'au témoignage de Sorhière « Gassendi hadinoit agréablement et il y avoit plaisir à l'entendre sur les médecins ». Mais lorsque Molière, à son tour, donne à ses traits acérés la Faculté pour cible, iL n'est pas besoin de voir du gassendisme en cette affaire. En général, le gassendisme de Molière, celui du moinsqui serait doctrinal, on a raison quand on ne le distingue pas clairement. On croirait même volontiers notre poète dans un autre camp philosophique, le voyant si lié avec le cartésien Jacques Rohault; mais le principal domaine de Rohault a été la physique, dont sans doute Molière ne s'est jamais beaucoup occupé. Son schisme s'est mieux déclaré par cette dispute dans un bateau avec Chapelle, dont nous avons déjà parlé d'après Grimarest*. Nous y revenons pour citer le langage que le biographe met dans la bouche de Molière, le jour qu'il s'échauffa si fort pour Descartes et contre Gassendi : « J'en fais juge le bon père, si le système de Descartes n'est pas cent fois mieux imaginé que tout ce que M. de Gassendi nous a ajusté au théâtre, pour nous faire passer les rêveries d'Épicure. Passe pour sa morale ; mais le reste ne vaut pas la peine que Ton

c [ses lettres] témoignent que le symbole de Tauteur n'étoit pat chargé de beaucoup d'articles s. Cette expression originale plaisait évidemment à Bayle. Il est yraisembladile que c'est à lui seul qu'elle appartient, et que, la faisant senrir deux Ibis, tantôt il l'a tournée contre Gui Patin, tantôt il la lui a prêtée. Un témoignage si peu sérieux ne prouve donc rien, pas même que Molière ait jamais été dans des relations intimes arec Hesnault.

I. Voyez dans la Biographie générale l'article Gassbitdi, qui est de M. Aube. — Les traces de Gassendi dans les comédies de Molière y sont cherchées avec soin, et généralement avec une sagacité qu'on ne trouve pas en défaut, et qui nous a, plus d'une fois, mis dans la voie,

a. Voyez ci-dessus, p. 4a et 43.

yf aase attention. » Sainte-Beuve s'est emparé de ces paroles. Molière, a-t-il dit*, « de Gassendi prend surtout l'esprit, non le système, non les atomes ; et il croit, suivant son propre aveu, et malgré Chapelle qui prend tout (en glouton qu'il est), que d'Épicure et de Gassendi il n'y a guère de bon que la morale >. U ne resterait plus qu'à confondre cette morale, ce qui serait d'ailleurs très injuste, avec celle qui fait consister Je souverain bien dans le plaisir sensuel, et voilà MoUère compromis. Nous nous hâterons moins de prendre poar le « propre aveu » de Molière le petit discours que rien ne permet de croire textuellement rapporté. Mais nous acceptons le fond de l'anecdote. Molière s'est rangé du côté de Descartes. U n'y a pas là de quoi le rayer de la liste des anciens disciples de Gassendi. On ne s'étonne pas qu'un homme de ce caractère n'ait pas aliéné l'indépendance de son jugement. Gassendi lui-même l'avait formé à cette Uberté. Au reste, on ne croira pas qu'il ait jamais aimé à se perdre dans les brouillards métaphysiques. Il lui convenait smlout de tirer de l'enseignement du maître une philosophie pratique, la philosophie de la vie, et pour laisser parler M. Janet*, « celle des gens du monde, aussi opposée que possible aux philosophies subtilisantes et aux extravagances spéculatives. » Celle-là seule put lui être utile, quand il amassa son trésor d'observateur moraliste, et dut lui plaire dès sa jeunesse dans sa vocation particulière. Si c'est là ce que Grimarest a voulu lui faire dire par les paroles qu'il a mises dans sa bouche sur la morale de Gassendi, à la bonne heure. Il faut ajouter que la clairvoyance de Molière était trop pénétrante pour que dans toute ambitieuse doctrine formée par un esprit systématique il n'aperçût pas quelque côté faux. S'il ne manqua pas d'en apercevoir dans celle de Gassendi, cela n'empêche pas que par sa puissante méthode elle n'ait été de nature, sinon à créer, du moins à fortifier chez lui la rectitude de jugement, l'admirable raison qui nç lui ont jamais fait défaut. Vraisemblablement aussi il doit bien à ses études philosophiques quelque chose du

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