I. La Fie de M, de Molière^ p. i5o
SUR MOLIÈRE. Sg
n'en dit pas moins ailleurs* qu'il « aimoit les b^ >8 moeurs ». Noos ne soupçonnons pas là une l>ana]e complaisance de biographe. Celui dont le cœur fut toujours plein de tendresse pour sa femme, quelques sujets de plaintes qu elle lui donnât, nous ne ie voyons point marqué du caractère d'un débauché.
On n'a pas davantage découvert sérieusement, malgré la bonne envie qu'on y a mise, on n'a pas signalé de manière à nous convaincre, Fimpiété dont il a été souvent taxé. C'est on grief qu'on de ses contemporains, Adrien Baillet, a très durement développé. Tartuffe ne lui semblait pas la plus dangereuse de ses comédies. Il trouvait les semences de l'irréligion « répandues d'une manière si fine et si cachée dans la plupart de ses autres pièces qu'on peut assurer qu'il est infiniment pins difficile de s'en défendre que de celle où a joue pèle et mêle bigots et dévots le masque levé* ». L'exagération du zèle avait fait prendre à ce rigoriste des lunettes grossissantes. Plusieurs, dans l'entraînement d'un zèle tout contraire, ont également inscrit Molière sur la liste des incrédules, afin de lui en faire compliment. Il a eu de grandes hardiesses; mais on n'a pas le droit d'en forcer les intentions. Inventer un Molière dévot, serait nouveau, ^^BM ridicule. On ne reconnaîtrait plus l'auteur du Tartuffe^ du Fenin de Pierre^ même de V École des femmes. Il est certain qu'entouré, chez Gassendi, de jeunes esprits forts, il avait respiré là un air de libertinage^ au sens dont nous avons déjà parlé. Il est resté l'ami de ces condisciples peu édifiants, et nous le voyons lié aussi avec le sceptique la Mothe le Vayer, même avec Ninon. Enfin on doit reconnaître que le poème de Lucrèce pourrait être nommé, non pas seulement comme nous l'avons fait, le bréviaire, de Gassendi, mais le catéchisme de ses disciples. Il n'était pas le meilleur à leur recommander. Dans un autre poème, qui, d'autre façon, n'est pas plus édifiant, on a, parmi les railleries, dît une incontestable vérité : « l'irréligion de Lucrèce, trop forte pour les jeunes estomacs, ne peut leur être une nourriture