‹ Notice biographique sur J.-B. MolièreChapitre 31 sur 236 · Voyez ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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6. Dictionnaire historique et critique ^ au nom Poqubi.iv {Jean^ Baptiste),

la passion de la comédie, aurait entratné Molière dans sa hasardeuse carrière ; et ce serait Madeleine Béjart qui l'aurait donné au théâtre, et par suite, devrions-nous dire, aux lettres dont il est devenu la gloire, si l'on croyait que le comédien seul a pu faire le grand poète comique. Cherchez la femme, a-t-on souvent répété ; mais on la trouve quelquefois où Ton n'en a pas affaire. Fallût-il croire qu'une galanterie ait pressé Molière de suivre sa vocation théâtrale, cette vocation, antérieure sans doute, demeure la seule exph'cation sérieuse d'une résolution assez forte pour résister à tout ce qui la déconseillait. Nous refuserions même de penser que l'amour de l'art du comédien, bien qu'il ait duré chez lui et semble n'avoir fait qu'un dans son esprit avec l'ambition d'un bien plus grand art, ait été son principal mobile. C'est l'appel de ce grand art qui a été invincible. La noble aspiration ne s'est pas, il est vrai, très vite manifestée ; mais bien que Molière se soit d'abord contente de fournir sa troupe de bagatelles dont il y avait h attendra* plus de secours pour vivre que de renommée, il est probable que de bonne heure il médita des ouvrages plus dignes de lui; et bien qu'ils se soient fait attendre, une œuvre telle que l'Étourdi n'éclate pas dans le demi-jour d'une ville de province, sans que depuis longtemps son auteur eût songé à quelque coup de mattre, comme mérite d'être nommé ce coup d'essai. Dès le jour même où il rompit avec l'honnête vie boui^eoîse, nous croyons chez lui à l'impatience d'un génie qui sentait ses forces, et entendait plus ou moins clairement la voix de sa destinée. Si, dans le choix d'une profession, qui paraissait le faire déchoir, il y a pour lui une justification, elle est là.

Sa forte instruction de bon humaniste, puis de philosophe, venait à peine de se compléter par quelque étude du droit, lorsqu'il prit une voie qu'on n'avait certainement pas eue en vue, en lui procurant le bienfait d'une telle culture.

Dès le commencement de 1643, sa résolution fut déclarée à son père. Il l'avertit, le 6 janvier, qu'il renonçait à la survivance de la charge de tapissier du roi, le priant et requérant de faire pourvoir de cette charge tel autre de ses enfants qu'il lui plairait. En même temps il lui donna quit-

tance d'une somme de six cent trente livres, reçue « pour l'employer à l'effet y mentionné », tant sur « ce qui lui pouToit appartenir de la succession de sa mère qu'en avancement d'hoirie future* ». Si la quittance elle-même nous avait été conservée, au lieu de l'analyse qu'on en trouve dans l'inventaire fait après la mort de Jean Poquelin, il est difficile de mettre en doute que la mention de l'emploi de la somme y indiquât les dépenses à faire pour une entreprise, sinon désignée en termes formels, au moins connue du père, comme devant être l'établissement d'une troupe comique. Le démissionnaire de l'avantageuse et honorable charge n'avait pu expliquer sa renonciation que par l'aveu du choix de la nouvelle carrière où il se jetait. Grimarest dit que ses parents essayèrent par toutes sortes de voies de l'en détourner*. Perrault parle expressément de l'opposition du père, qui, « fâché du parti que son fils avoit pris, le fit solliciter par tout ce qu'il avoit d'amis de quitter cette pensée, promettant, s'il vouloit revenir chez Jui, de lui acheter une charge telle qu'il la souhaiteroit, pourvu qu'elle n'excédât pas ses forces'. » Cettet circonstance d'une promesse si engageante, Perrault ne l'avait sans doute pas inventée. Il est probable qu'il avait recueilli une tradition. Sans oser dire qu'elle fût entièrement fausse, nous ne l'accepterions pas sans faire de réserves sur quelques points, tout particulièrement sur l'anecdote du maître chez qui Molière avait été mis en pension pendant les premières années de ses études, et qui, envoyé par Jean Poquelin pour le sermonner et le détourner de sa folie, fut au contraire si bien endoctriné par lui que, passant à l'ennemi, il se laissa enrôler lui-même dans la troupe, pour y jouer le rôle du Pédant. On ne sait pourquoi Grimarest veut que Perrault ait parlé de ce maître, devenu comédien, comme d'un ecclésiastique ; nous sommes du reste de son avis, lorsqu'il croit que l'on avait fait un conte à Perrault^. La plaisante scène sent

I. JtM/ierc/ieiiurJfo/i^re.DocuiiBMTXXXyiI, cote quatre, p. 337. a. La Vit de IT. de Molière, p. 18.

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