‹ Notice biographique sur J.-B. MolièreChapitre 32 sur 236 · La Vie de M, de Molière, p. 17 et · texte numérisé non relu

La Vie de M, de Molière, p. 17 et

beaucoup trop la comédie. En atteudant que nous montrions plus loin ce qui la rend surtout invraisemblable, contentons-noDs de dire ici que, si Molière en avait été vraiment le témoin et l'un des acteurs, il serait assez étonnant qu'il ne Teût mise à profit dans aucune de ses pièces. Reste la ressource de dire que nous n'avons pas toutes ses farces.

Comme il était habitué à ne rien laisser perdre de ce qui lui avait fait impression, on veut, à défaut de l'histoire du convertisseur perverti, reconnaître dans des vers de VÉ^ tourdi un autre souvenir des orages domestiques soulevés par la 'déclaration de son projeta Ces vers, où Ton a cru en« tendre retentir quelque chose de sa querelle avec son père, sont dans la bouche de Mascarilie, qui s'égaye très irrespectueusement du courroux du père de Lélie :

Vous tarez que sa bile assez souTent s'aigrit Qu'il peste contre tous d'une belle manière, Quand vos dëportements lui blessent la visière.

Et s'il vient à saroir

Qae de ce fol amour la fatale puissance Voua soustrait au devoir de votre obéissance. Dieu sait quelle tempête alors éclatera Et de quels beaux sermons on vous régalera.

Moquez-vous des sermons d'un vieux barbon de père, Poaftsez votre bidet, vous dis-je, et laissez faire*.

On découvrira dans les pièces de Molière autant d'allu« sions qu'il plaira d'en imaginer. Celle-ci serait fâcheuse; mais il est tout à fait arbitraire de la lui imputer. Ceux qui l'admettraient y pourraient voir confirmée l'explication qu'on a cherchée de son association avec des comédiens dans son amour pour une fille de théâtre. Pour nous, ni cet amour, ni la violente colère de Jean Poquelin, dont son fils

I. Molière, sa vie et ses œuvres {Molière, sein Lehen und seine fFerke), par Ferdinand Lotheissen (Francfort-sur-le-Mein, 1880), p. 4a et 43.

a. V Étourdi f acte I, scène n.

se serait moqué, ne sont prouvés par une tirade trop sub* tilement interprétée.

Quoique l'on ait peine à ne croire à aucun mécontentement du père de Molière, les documents authentiques laissent à ce sujet des doutes. Ils engagent tout au moins à ne pas s'imaginer que la résistance paternelle ait été très ferme. La somme avancée par Jean Poquelin à son fils*, et dont le refus eût été une tentative sérieuse d'empêchement, dénonce une assez prompte complaisance; et des transactions ultérieures auxquelles il se prêta montrent que cette complaisance ne fut pas la dernière. Soulié a fait remarquer que Molière, en 1649, n'^^^it que vingt et un ans (et même, le 6 janvier, il s'en fallait de quelques jours), et qu'en ce tempslà on n'était pas encore majeur h cet âge. Pour la majorité parfaite, il fallait l'âge de vingt-cinq ans. Molière paraît donc avoir eu un bonhomme de père indulgent jusqu'à la faiblesse, on pourrait dire un peu Géronte, à qui auraient sufB quelques vaines objections et remontrances. On avait eu déjà une preuve, non pas sans doute de sa faiblesse, mais de sa grande bonté, dans la forte instruction qu'il fit ou laissa donner à son fils. Un excès de cette bonté, dans un grave relâchement /le son autorité paternelle, est plus probable que son insouciance du sort de l'obstiné jeune homme, ou encore nous ne savons quels vilains calculs d'un homme, qui, pour se consoler du coup de tête, y aurait trouvé l'occasion d'arrangements pécuniaires favorables à ses propres intérêts. S'il eût plus énergiquement soutenu son opposition, comme on sait par Tévénement ce que l'avenir réservait à Molière, on pourrait la trouver regrettable. Rien cependant n'aurait dû lui paraître plus prudent, plus conforme à son devoir. Entrer dans le tripot comique n'était pas chose bien acceptée par l'opinion, quoi qu'ait voulu dire Chappuzeau de Li bonne position des comédiens dans le monde de son temps. Il prend soin de rappeler les déclarations royales en leur faveur, leur facile accès <c auprès du roi et des princes et de tous les grands seigneurs, qui leur font caresse' ». U reconnaît cependant

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