I. Voyez ci-deMU8, p» 67 et
a. Le Théâtre français^ \vwTt III, section it.
lui-même qu'ils « sont moins bien dans les esprits de certaines gens » . Eugène Despois a regardé comme évident qu'au dëbul du règne de Louis XIV le préjugé contre eux était moins fort qu'il ne le fat plus tard'. Nous l'admettons; et cependant il est certain que même alors, à considérer leur situation sociale, ils étaient loin d'avoir cause gagnée. Le monde, qui leur faisait fèUf ne les reconnaissait pas pour être des siens. Si quelque part ils trouvaient la barrière légèrement abaissée, c'était plutôt du côté des grands seigneurs que des bons bourgeois. En dépit donc des traces, qui sont restées, de Findulgence de Jean PoqueUn, nous comprendrions mal que la famille de Molière ne lui en ait pas du tout voulu de son équipée. C'était vraiment une chute. Le génie qui l'en a relevé, et très haut, ne se prévoyait pas. Il est naturel qu^aujourd'hui ceux mêmes qui pensent qu'il faisait une faute, soient portés à dire : heureuse faute I Et cependant est-on bien sûr que ses immortels chefs-d'œuvre aient été à ce prix ? Pour le soutenir» le plus plausible argument est que, acteur autant qu'auteur, une de ses forces fut de [s'être préoccupé tout particulièrement de la représentation de ses comédies, plutôt faites, comme il l'a toujours pensé, pour être jouées que pour être lues; et qu'il n'aurait jamais possédé si bien tous les secrets de l'art théfttral, si une expérience de chaque jour ne les lui avait enseignés sur la scène elle-même, dans une communication continuelle avec les spectateurs. Mais qui sait? d'excellents poètes dramatiques se sont passés de ce genre d'instruction. De quelque côté d'ailleurs que ce soit, les grandes destinées finissent par trouver leur chemin, et mieux vaut qu'elles ne le cherchent pas d'un côté sujet à de fortes objections.
Il est probable que JeanPoquelin ne fut pas très satisfait, et que, s'il céda, ce fut seulement après quelque essai, si peu énergique qu'il ait été, de résistance h une résolution opiniâtre. Ce qui ne devait pas lui coûter le moins, c'était de renoncer à l'espoir de transmettre h son (ils atné sa charge dans la maison du roi. Peut-être se flattait-il cependant que dans la désertion de ce fils il n'y avait rien d'irrévocable. Il