I. Histoire de la vie et des ouvrages de Molière^ p
Dont le mieux fait était bègue, borgne ou boiteux.
des gueux à triple étage,
Des caïmans* ragabonds, morts de faim, demi-nus.
Tout le monde s'ëtonnant qu'ils soient devenus si gras,
Et soient si bien vêtus des pieds jusques au crftne, Que le moindre de vous porte à présent la panne,
Élomire leur reproche ses bienfaits :
Vous me devez ces biens, ingrats*!
Us n'avaient mérité sans doute ni cette indignité, ni l'excès d'honneur que leur fait Grimarest. Il faut essayer de se faire une idée juste de ce qu'étaient les soi-disant enfants de famille dont se doit distinguer le fils de l'honorable tapissier du roi. Examinons ceux qui surtout comptaient, les Béjart. Us n'étaient pas des caïmans : ils avaient quelque argent ; mais ils ressemblaient beaucoup à des aventuriers. Il est probable qu'ils n'en étaient pas au premier essai de leur roman comique. Soulié, très sévère dans la critique des preuves, jugeait « difficile de croire que parmi ces associés (de l'Illustre théâtre) quelques-uns n'eussent pas déjà figuré sur la scène' ». Il conjecturait, avec bien d'autres, que le chef lui-même de la famille, l'huissier Joseph Béjart, avait joué dans quelque troupe, le titre de sieur de Belleville, qu'on lui donne dans des actes, ressemblant fort à un nom de comédien. Il n'aurait fait qu'indiquer le chemin où s'engagèrent ses enfants. Il ne semble pas que pour le prendre Madeleine Béjart ait attendu l'année 1643. Le libelle de la Fameuse comédienne la dit comédienne de campagne en Languedoc dès le temps de la naissance de sa fille (i638)^. Le témoignage est assurément de peu de valeur. Quant à la vrai-