Recherches sur Molière. DociniBaT XXIX, p. soa
fut, comme il semble, qn'ime libéralité déguisée dont il gta»
tifia ane novrelle maîtresse, il ne Tant T^aiment pas la peine
de chercher Imfidèle à Paris, près de la Béjart, an temps
où elle prit une si grande part -à l'établissement du théâtre
naissant et eat àlntter avec les difficultés de l'entreprise. Ce
n'est pas aux bons offices de Modène cfu'il faut attribuer la
protection accordée à l'Illustiie théâtre par l'Altesse Royale,
dont s'était d'ailleurs détaché son chambellan depuis les évé-
nenents de Sedan; c'est bien plutôt, comme nous l'avons
déjk dit, au crédit du poète Tristan. H est probable que ce
Alt le même Tristan c[ui recommanda nos comédiens au duc
de Guise, étant attaché à la maison dé ce prince lorrain.
Ils furent compris, avec ceux de l'hôtel de Bourgogne et du
Marads, dans une distribution que fit le duc de ses riches
habits*, an printemps soit de ^644, soit de 1645, lorsqu'il
suivit Gaston dans ses campagnes.
Si l'on admet, avec les contemporains de Molière, avec Boileau lui-même, cité par Brossetle, qu'entre le jeune cot
I. Le fait est consigné dihis les Stances adressées au due de Guise sur les présenis qt^U wfûii faUs aux eomédiems de touies les trottes. Un acteur, qui ne les a pas signées, y demande ainsi d*étre admis au partage, où U avait été oublié :
Déjà dans la troupe royale Beauchâteau, devenu plus vain, ' S'impatiente, s*il n*étale Le présent qu'il a de ta main.
La Béjart, Beys et Molièiv, Brillanu de pareilfe htmière, Bl'en paroissent plus orgueilleux ; , Et depuis cette gloire extrême, Je n'ose plus m'approcher d'eux Si U rare bonté ne me pare de même.
On a cité deux Recueils, imprimés en i646,*qui ont donné ces vers : Meeueii de diverses poésies^ Paris, Toussaint du Bray, tt Nouveau AeesseU des bons vers de ce temps^ Paris, Cardin Besongne. Dans aucune des bibliothèques publiques de Paris nous ne les avons trouvés. On peut s'en passer pour la date de la libéralité de Guise, qui est certainement antérieure à celle de ces impressions. Beys, comme l'a fait remarquer Soullé, n'était plus, au mois d'août i645, un des comédiens de la troupe.
96 N0TIG15 BIOGRAPHIQUE
médiea et Madeleine Béjart il y eut plus que de la camaraderie, et si l'on fait commencer leur liaison calante dès le tempe où se forma la troupe, il a été bon de reconnaître si vraisemblables, en ce même temps, l'absence du seigneur df Modène, le changement, d'une date antérieure, de son caprice en indifférence, et ses nouvelles amours. Quelque peu d'illusion qu'il y ait à se faire sur la vie de théâtre, on trouverait plus que déplaisant de voir le jeun^ Molière s'attacher à une femme que continuerait d'aimer et de protéger un ancien amant, et l'on est heureux de ne guère douter de l'éloignement du gentilhomme au moment où il serait de trop. La démonstration de son alibi ne paraîtraitelle pas esses convaincante, point de trace du moins d'une manifestation de sa jalousie, ni d'une aide quelconque prêtée par lui à l'Illustre théâtre dans ses embarras. Les documents ne laissent pas ignorer les noms de ceux dont la bourse s'ouvrit pour des prêts d'argent ou pour des cautions à fournir : il n'est question nulle part de Modène. Ce fut lui, au contraire, apparemment très besogneux, qui, plus d'une fois, eut recours aux générosités de Madeleine. Gêne ou avarice, n'ayant jamais rien donné ni prêté, on ne le voit pas non plus se montrer inquiet d'avoir un rival, il est facile de reconnaître un homme qui, de son côté, ne s'était point piqué de constance, et ne demandait pas mieux que d'habituer sa comédienne à lui laisser prendre sa retraite dans la simple amitié. On dira qu'il ne faut pas trop prétendre voir clair dans les amours de Madeleine Béjart, dans cette « galanterie si confuse », dont elle a été accusée ^ Nous croyons cependant n'avoir rien dit que d a peu près certain.
On a moins encore à craindre les critiques et la controverse dans une histoire beaucoup plus simple, ceUe des rudes épreuves de Tlllustre théâtre. Pour soutenir la troupe dans sa très lourde entreprise, ce ne put être assez ni des tragédies d'auteurs célèbres, représentées dans leur nouveauté, ni de l'avantage, probablement plus honorable que lucratif.
t. la Fameuse Comédienne^ p. 7.
d'être entretenue par Gaston. La gène se fait déjà sentir dans un acte du i^ juillet 1644 ^ 11 a pour objet de modifier le contrat de société du 3o juin 1643, dans une de ses clauses, qui permettait à quiconque voulait se retirer, après en avoir averti quatre mois d'avance, de se faire rembourser de sa part de tous les frais « pour les décorations et autres choses >. Désormais nul ne pouvait prétendre à ces remboonements, « attendu les dettes que la compagnie a contractées », L'acte du 9 septembre 1644, déjà cité pour hi mention qui s y trouve des tragédies de du Ryer et de Tristan', est, nous l'avons dit, la reconnaissance d'une dette de onze cents livres, empruntées par la troupe. Marie Hervé donna pour caution sa maison de la rue de la Perle, caution peu rassurante, cette maison étant déjà grevée d'une hypothèque de deux mille quatre cents livres. Par deux obligations datées da 17 décembre 1644' les comédiens reconnaissent devoir deux mille livres à un sieur Pommier, trois cents par la première, mille sept cents par la seconde. Pour le payement, les débiteurs consentent que tout ce qui peut revenir aux créanciers sur les recettes des représentations ordinaires et des visites, les frais du théâtre préalablement payés, soit retenu par eux jusqu'à concurrence de leur dû, et même qu'ils payent desdits deniers la somme de six cents livres non encore remboursée au sieur Baulot. On devait donc à ce moment deux mille six cents livres. Marie Hervé donne de nouveau sa garantie, mais seulement pour ses filles et pour Molière, qui ainsi a quelque peu l'air d'être entré dans la famille. D'autres comédiens ont, de leur côté, leurs répondants. Le même jour les associés s'engagent à
I. Voyez Us Points obscurs de la vie de Molière^ p. 878. Cet acte nous donne le nom d'un nouvel associé, Philippe Millot. L*acte du 9 septembre de la même année, que nous avons plusieurs fois mentionné, fait connaître une autre recrue, Pierre Dubois, maître brodeur. Mais il ne sera pas toujours utile de nommer ceux des camarades de Molière qui n'ont fait que passer dans la troupe, et n*y ont marqué d'aucune façon.
a. Voycx ci-dessus, p. 87.
3. Recherches sur Molière, Documbvts XII et XIII, p. 17 7-181 . Mouàax, X 7
employer toutes les recettes à l'acquittement des dettes jusqu'à leur entière extinction ^
Voilà un décourageant tableau, où se lit en traits trop clairs le présage d'une prochaine faillite des belles espéran* ces. Pour se résigner dès lors sans lutte à cette déception, Molière était entré dans sa nouvelle carrière avec trop d'ardeur et trop de confiance dans ses forces ; et puis l'autre chef de l'entreprise, Madeleine Béjart, était femme de tête. On ne se laissa donc pas si vite abattre, mais il fallait aviser. Dans un quartier qui dépayserait moins le beau monde, la fortune s'obstinerait peut-être moins à refuser quelques sourires. Le bail du jeu de paume des Mestayers fut résilié par acte du 14 décembre' 1644 . Un autre jeu de paume fut loué, celui de la Croix-Noire, rue des Barrés, proche l'Ave-Maria, ayant issue sur le quai des Ormes, au port Saint-Paul.
Chalussay a noté le déménagement, mais sans prendre plus de souci de faire suivre dans l'ordre vrai le premier tripot du second, qu'un personnage de Scarron de mettre dans le nom de Pascal Zapata, Pascal devant ou Pascal derrière. Il fait dire à Élomire, qui vient de peindre la détresse de sa troupe :
Chacun troussa sa malle.
N^accusant que le lieu d'un si flàcheux destin,
Du port Saint^Paul je passe au fauboui^g Saint^Germaiii*.
Ce fut l'inverse.
Le ao décembre 1644 un marché fut passé entre le maître charpentier Antoine Girault, qui devait, moyennant le prix de six cents livres, remonter le théâtre à la Croix- Noire et faire les réparations nécessaires au Mestayer que l'on quittait. Les travaux devaient commencer le aa décembre et être achevés le 8 janvier suivant*. Molière avait « troussé sa malle » : un acte du 3i mars 1645 nous apprend