‹ Notice biographique sur J.-B. MolièreChapitre 53 sur 236 · Ibidem, Documirr XVIII, p · texte numérisé non relu

Ibidem, Documirr XVIII, p

loo NOTICE BIOGRAPHIQUE

lui fut accordée pour six, à sa caution juratoire, en cas qu'il ne fût pas détenu pour autre cause. Mais le même jour, nouvelle recommandation aux mêmes prisons par le sieur François Pommier pour une somme de deux mille livres, qui lui était due (il le prétendait du moins), comme s'y étant obligé à la demande des comédiens, envers Louis Baulot, leur créancier. Il fut cette fois encore ordonné que Molière sortirait des prisons, s'il donnait suffisante garantie de payer par semaine quarante livres pendant deux mois. Il semble donc que trois cent vingt livres étaient jugées suffire pour désintéresser Pommier, et que Molière avait affaire à des usuriers dont il fallait réduire les créances. Le paveur des bâtiments du roi, le bon Léonard Aubry, que nous connaissons déjà, se rendit caution pour les quarante livres à payer par semaine ^ Molière fut-il libre alors, puis, dès le lendemain, emprisonné de nouveau? ou avait-il été retenu au moment où il allait sortir du Châtelet ? Il est certain que, malgré la sentence favorable obtenue le 2 août, il eut, le 4, à présenter au lieutenant civil une requête par laquelle il réclamait encore, pour différents motifs, sa liberté, Dubourg, linger à Paris, l'ayant fait arrêter pour une dette de cent cinquante-cinq livres*. On lui demanda cette fois encore, pour le mettre hors de prison, sa caution juratoire. On est dispose à s'indigner contre les exigeants créanciers qui prétendaient tenir sous les verrous une glorieuse destinée. Il faut être juste cependant, ils ne pouvaient savoir ce qu'ils faisaient, à quel génie, .alors inconnu, ils s'efforçaient de lier les ailes. L'auraient-ils su, il est probable qu'en faveur même du Misanthropcy ils n'auraient pas désarmé leurs droits. L'homme pratique, l'homme d'argent, est toujours prêt à dire :

Je vis de bons éctu et non de beau langage.

Que Ton juge naturels ou non leurs durs procédés, voilà Fausser, le mattre chandelier. Pommier, le faiseur d'affaires, Dubourg, le linger, parvenus, ou plutôt tratnés, à la postérité pour ce fait, qui ne saurait la laisser de sang-

I. Recherches sur Molière, DogumshtsXIX et XX, p. 187 et 188. ». Ibidem. Documirr XXI, p. 189.

SUR MOLIÂRE. loi

froid, remprisonnement de celui qui sera dans quelques années le grand Molière.

Il est Irute de ne pouvoir finir l'histoire de TlUustre théâtre que par le récit, trop peu littéraire, de ces embarras d'argeat. La croissante menace d'une complète ruine avait sans doute découragé la moitié des comédiens de l'époque de la fondation. Dans un acte du i3 août 1645, on ne trouve plus Denys Bejs, Pinel, Bonnenfant, Catherine des Urlis, gui s'étaient retirés à différents moments, ainsi que le comédien auteur Desfontaines, venu, comme nous l'avons vu, un peu plus tard dans l'association : ont seuls signé Molière, Madeleine Béjart, sa soeur Geneviève, son frère Joseph, Clérin et Catherine Bourgeois, avec eux un nouveau camarade, du nom de Germain Rabel.

Dans sa requête de'prisonnier adressée au lieutenant civil, Molière avait encore pris le titre de « comédien de Son Àïtesse Royale *. L'acte du i3 août ne fait plus mention de la protection de Gaston. Ou l'on avait senti que Ton ne faisait plus assez d'honneur à cette haute protection, ou il avait paru au protecteur lui-même qu'une troupe devenu^ insolvable compromettait son nom ; et il lui eût été désagréable d'entendre dire, probablement avec quelque vérité, que ses comédiens, mis au Châtelet, devaient n'avoir pas été trop bien entretenus par lui.

Le même acte qui nous avertit de cette déchéance, et qui est une obligation à Aubry des comédiens restés fidèles à riUustre théâtre*, est dans les RechercJies de Soulié, le dernier qui les dise « assemblés au jeu de paume de la Croix- Noire ». Il n'est resté de trace dans aucun document relatif i nos comédiens d'un autre jeu de paume, dit de la Croix- Blanche, dont a parlé Grimarest, et qu'avec l'espoir opiniâtre d'y relever sa fortune, la troupe s'éloignant du port Saint-Paul, aurait été chercher au faubourg Saint-Germain, mal recommandé cependant par une première épreuve. Le contemporain Chappuzeau, dans son Théâtre françois*, ne nomme que « les fossés de Nesle et le quartier de Saint-

I. Recherches sur Molière, Document xxn, p. 189 et igo. a. Voyez au lirre III, chapitre xxxTin.

loa NOTICE BIOGRAPHIQUE

Paul ».* Ce qui, même à première vue, fait croire à mie erreur de Grimarest, c'est qu'il a passé sous silence le jea de paume des Mestayers et celui de la Croix-Noire. U était donc bien mal informé et aura confondu les deux Croix. M. Yita dit avoir constaté que la maison de la Croix-Blanche, rue de Bucy, ne renfermait pas un jeu de paume, mais un jeu de boules, lequel ne se prêtait pas à l'établissement d'un thé&tre^ On a voulu donner au témoignage de Grimarest l'appui de celui de Chalussay, qui fait passer les comédiens du port Saint-Paul au faubourg Saint-Germain*. Mais c'est visiblement, ainsi que nous l'avons déjà dit, un quiproquo par lequel Tordre est interverti. En vérité, le moment aurait été bien choisi pour faire les frais d'une nouvelle installation, lorsqu'il était si clair que Ton succombait sous les dettes, et que la ruine ne pouvait plus, sans miracle, être conjurée ! H n'est pas même vraisemblable que l'on ait trouvé moyen de se soutenir longtemps à la Croix-Noire. Soulié a pensé que la troupe y avait prolongé jusqu'à la fin de 1646' une vie devenue si difficile. C'est faire singulièrement durer l'agonie. Du i3 août 1645 aux derniers jours de 1646, il y a seize grands mois, pendant lesquels les affaires des comédiens avec leurs créanciers et avec leurs prêteurs auraient certainement donné lieu à des actes nombreux, et il n'en a pas été découvert un seul de ce temps-là, qui constate clairement la continuation à Paris de l'existence de nilustre théâtre.

Soulié cite deux documents qui la lui ont fait supposer : d'abord une quittance de François Pommier à Catherine Bourgeois, en date du 4 novembre 1646^. La comédienne lui avait payé cent vingt livres pour sa part dans l'obligation, souscrite à ce créancier, de dix-sept cents livres, et la quittance, donnée à. Paris, porte sa signature avec celle de Pommier. Puis c'est une promesse, signée le 24 décembre de la même année, faite par Jean Poquelin à Léonard Aubry

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