Ibidem. DocumirT XXIII, p
SUR MOLIÈRE. io3
de lui payer trois cent vingt livres, si son fils ne les payait pas^. Mais de la présence de Catherine Bourgeois à Paris il n'y a rien àconclnre. Elle était probablement alors séparée de ses asaociés; on ne la retrouve plus parmi eux. Qmint à la promesse de Jean Poquelin, Molière a pu la solliciter de loin, et elle n'est point pour l'année 1646 une meilleure preuve contre son absence, que pour Tannée 1649 le paye* ment fait par son père au même Àubry de soixante-huit Urreê, qui restaient dues sur les trois cent vingt. L'inventaire fait après la mort de Jean Poquelin constate ce payement, ainsi que celui des cent vingt-cinq livres à la femme de Pommier, sollicité par Molière, suivant la mention écrite au dos d'une lettre ndui^e de celui-ci*. Il faut le dire en passant, si nous avions cette lettre, elle nous en apprendrait beaucoup sur le plus ou moins de cordialité dans les relations du père et du fils. Cest du reste assez de l'accueil Mt aux demandes de Molière pour autoriser à penser que ces relations n'étaient pas trop mauvaises.
Nous venons de montrer l'insuifisance des indices qui ont
empêché de croire que l'Illustre théâtre eût fermé ses portes
peu après l'acte passé au jeu de paume de la Croix-Noire le
i3 août 1645. Tout annonçait alors qu'à bout d'efforts dans
sa lotte contre la mauvaise fortune, la troupe était sur ses
uns. La meute des créanciers avait sonné l'hallali devant les
portes du Grand Châtelet. On n'était plus recommandé par
le nom de l'altesse royale. Si après le i3 août il y eut en-»
core des représentations, elles durent être en très petit
nombre. Notre résistance à la supposition faite par l'auteur
des Reckerchcs, guide d'ordinaire si sûr, nous paratt justifiée
par ce qui suit.
On lit dans les papiers de Trallage' : « Le S' Molière commença à jouer la comédie à Bourdeaux en 1644 ou 1645. M. d'Épemon étoît pour lors gouverneur de Guienne. Il estimoit cet acteur qui lui paroissoit avoir de l'esprit. »
X . Meeherehes sttr Molière, Docimirr XXXVII, cote quatre , p* 1 1 7* 9. ihidem, p. 918.
3. Voyez au folio i38, reeto, du tome IV de cet papiers, conterrés à la bibliothèque de rArsenal.
io4 NOTICE BIOGRAPHIQUE
Les faits précédemment exposés rendent la date de 1644 impossible. Celle de 1645 ne Test pas, mais à condition de n'admettre que ks derniers mois de cette année, comme Tont fait les frères Parfait S dans une citation, d'ailleurs peu exacte, du renseignement donné par Trallage. Ce renseignement approchait beaucoup de la vérité, et Trallage, bien qu'il hésît&t sur la date précise, n'était pas trop mal informé. Il avait bien su vers quel temps à peu près la troupe de Molière et de ses camarades, perdant le nom d'Illustre théâtre^ devint celle du duc d'Epernon. Son témoignage confirme ceux que nous allons rencontrer, de même qu'il est confirmé par eux. Ceux-ci ont, il est vrai, besoin d'être interprétés ; mais on jugera de l'extrême vraisemblance de l'interprétation, et combien est peu douteuse la réunion de nos comédiens, vers le commencement de 1646, sinon même un peu plus tôt, à ceux du duc d'Épemon*.
La dédicace de la tragédie de /oiap^* avait été déjà beaucoup remarquée. L'auteur était ce Magnon, dont nous avons cité la tragédie antérieure à*Artaxerce^ représentée par l'Illustre théâtre, auquel il avait ainsi témoigné son bon vouloir et son estime. U dédia son Josaphat au duc d'Epernon, Bernard de Nogaret, comte de Foix, gouverneur de la Guyenne. Ce passage de son Épitre a été depuis assez longtemps et souvent cité : « Cette protection et ce secours, Monseigneur, que vous avez donné à la plus malheureuse et à Tune des mieux méritantes comédiennes de France, n'est pas la moindre action de votre vie. Et si j'ose entrer dans vos sentiments, je veux croire que cette générosité ne vous déplatt pas; tout le Parnasse vous en est redevable et vous rend grâces par ma bouche. Vous avez tiré cette infor-