‹ Notice biographique sur J.-B. MolièreChapitre 56 sur 236 · I. Voyez ci-dcMus, p · texte numérisé non relu

I. Voyez ci-dcMus, p

a. Lt Théâtre fran^ou, lirre III, chapitre xly.

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peut; mais notre troupe n'en était pas là; et même quand nous la Terrons visiter de petites tilles dans les environs de Pézenas, on peut être assuré qu'un local convenable était mis à sa disposition. Si Molière en province avait jamais paru, comme un Tabarin, sur de misérables tréteaux, Oialussay n'aurait pas manqué cette occasion de l'en railler; il aurait plutôt rencbéri. Il se borne à plaisan* ter sur la facile et sotte admiration des provinciaux, sur les places à cinq sols, sur la caisse à peine assez remplie pour 5û&re aux besoins de la troupe ^ Rien de moins vrai d'ailleurs que les petits goussets presque vides. Quand les comédiens revinrent à Paris, non seulement ils avaient grandi en considération, leurs affaires avaient prospéré.

Dès les premiers débuts en province de la troupe de Molière et des Béjart, réunie à celle de Charles du Fresne, le service auquel elle était engagée auprès du duc d'Épemon ne pouvait la laisser confondre avec la plupart des troupes de campagne.. H est vraisemblable, nous l'avons dit, qu'elle ne fit pas ce service à Bordeaux même ; on présume que ce fut tantôt au château de Cadillac, vraie demeure royale, tantôt à Àgen, où le duc n'étalait pas une moindre magnificence et donnait, en apparence à la duchesse, mais réellement à sa maîtresse, la fatneuse Nanon de Lartigue, des fêtes très somptueuses. Nous ignorons jusqu'à quel point ce fastueux gouverneur de la Guyenne était généreux pour ses comédiens; il leur procurait du moins l'avantage de jouer leurs pièces au milieu de splendeurs dont un théâtre ne se passe qu a regret. Le protecteur n'avait pas toujours besoin de sa troupe, qu'il laissait libre d'aller se montrer dans différentes villes, dans Celles, par exemple, que nous avons déjà nommées, Toulouse, puis AJbi, où elle eut l'honneur d'être mandée, pour le 27 juillet 1647» ^ l'occasion des fêtes de l'entrée du comte d'Aubijoux, ce lieutenant général pour le roi en Languedoc, dont Chapelle, dans son voyage, a célébré ^hospitalité. D'Aubijoux, qui aimait les gens d'esprit, a montré dans diverses occasions en quelle estime il tenait lifolière. Ce ne fut sans doute pas sa faute si la ville

t. Alomirê kjrpocotuke^ Scène 11 du Divorce comique^ p. 78. MoLixu, X 8

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d'Albî qui le fêtait, et que; regardaient par conséquent les frais des réjouissances publiques, fit beaucoup de difficultés pour payer les comédiens. Le comte de Breteuil, intendant de la province, qui trouva ceux-ci à Carcassonne au moU d'octobre suivant, avertit par cette lettre les consuls d'Àlbi de réparer le manque de mémoire qui leur avait fait négliger leur dette :

« Messieurs,

« étant arrivé en notre ville (de Carcassonne) ^l'dx trouvé la troupe des comédiens de M. le duc d'Épemon, qui m ont dit que votre ville les avoit mandés pour donner la comédie pendant que M. le comte d'Aubijoux y a demeuré, ce qu'ils ont fait sans qu'on leur ait tenu la promesse qu'on leur avoit faite, qui est qu'on leur avoit promis une somme de six cents livres et le port et conduite de leurs bagages. Cette troupe est remplie de fort bonnêtes gens et de très bons artistes, qui méritent d'être récompensés de leurs peines. Ils ont cru qu'à ma considération ils pourront obtenir votre grâce et que vous leur ferez donner satisfaction. C'est de quoi je vous prie, et de faire en sorte qu'ils puissent 4tre payés. Je vous en aurai obligation en mon particulier, etc.

« Signé : OE Bretbuil.

a Careastoiine, 9* octobre 1647. »

Sur cette sommation courtoise, les consuls d'Albi ne purent faire autrement que de s'exécuter, comme le prouve cet extrait du Compte des frais de l'entrée de Monseigneur le comte d Aubijoux :

« La troupe de Mgr le duc d'Ëpernon étant venue exprès de la* ville de Tboloze en cette ville, avec leurs bardes et meubles, et demeurée pendant le séjour de Mgr le Comte, il leur fut accordé pour le dédommagement la somme de cinq cents livres payées et avancées par la susdite vlUe d'Alby, résultat par la quittance concédée par sieurs Charles du Fresne, J^ené Berthelot et Pierre Rebelhon, re-

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tenue par Jf* Bernard Brod» notaire, le 24* octobre dudit an 1647^ s

Cette quittance était bien dite eonoédée^ les consuls ayant lésiné sur la somme promise. Le coùsentement de la troupe était d'ailleurs forcé. En général nous trouverons la magistrature urbaine moins empressée à honorer les comédipis que ne l'ont été les grands seigneurs ; mais il se peut bien que ceux-ci aient quelquefois été prodigues surtout d'égards et d'affable familiarité, tandis que les villes ne trouvaient pas très bon qu'ils rejetassent sur elles la charge de leurs libéralités.

Les documents 'cités viennent de nous donner la certitude de la présence des comédiens du duc d'Épemon à Toulouse, à Albi, à Carcassonne, en 1647 * °^ûs plusieurs n'ont pas cru pouvoir en conclure sans hésitation celle de Molière dans cette dernière ville, la quittance n'étant pas signée par lai, non plus que par les Béjart« S'il fallait douter qu'il ait été plus que tout autre désigné par le comte de Breteuil comme un de ces très hws artistes ^ et fort homnétes gens^ on serait désappointé. Heureusement le scrupule paratt «xcessîf. 11 est difficile de penser que la troupe n'ait pas été au complet dans une occasion telle que les fêtes de l'entrée du b'entenant général ; et il n'y a jamais lie^ de s'étonner quand les comédiens ne sont pas tous nommés dans les quittances, baptistaires et autres pièces.

Molière, comme nous l'avons annoncé, l'est enfin à Nantes en avril 1648; et c'a été longtemps là que pour la- première fois on a constaté qu'il était entré dans la troupe du duc d'Épemon. Sur le registre des délibérations de l'hôtel de ville de Nantes, on lit à«U date du jeudi a3 de ce mois d'avril : « Ce jour est venu au Bureau le sieur Moriierre^ l'un des comédiens de la trOUpe du S* Dufresne, qui a remontré que le reste de ladite troupe doit arriver ce jour en cette villè^ et a supplié très humblement Messieurs leur permettre de monter sur le théâtre pour y représenter leurs comédies.

« Sur quoi, de l'avis commun du Bureau, a été arrêté

I. Le texte de cet pièces a été dopoé dans VButoin littéraire delà viUe d^jtlbi^ par M. Jules Rolland, p. 907 et soS.

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que la troupe desdits comédiens tardera de monter sur le théâtre jusques k dimanche prochain^ auquel jour il sera aWsé à cfi qui sera trouvé à propos. « Le nom de Molière, défiguré par le scribe, n'est pas sérieusement méconnaissable. On craindrait qu'il ne s'agit de quelque autre, si la troupe de du Fresne n'était pas nommée comme celle à laquelle ce MoHierre appartenait. Par un hasard curieux, . l'année suivante, à Poitiers, la plume dSm autre scribe a sembkblement estropié le nom dont la France et le monde entier savent aujourd'hui si bien l'orthographe*. Pour que l'erreur ne mette pas en défiance le jour où on la trouve renouvelée, il est heureux que la première fois elle ait été rectifiée par une qualification qui désigne parfaitement Molière. On a du reste dans les actes de cette époque de continuels exemples de noms écrits avec une singulière négligence, tels qu'ils avaient frappé une oreille inattentive.

Quelques jours avant celui où nous rencontrons Molière à Nantes; nous avons une preuve que du Fresne y était. C'est de cette ville que le 19 avril il prit à loyer pour trois semaines- 1q jeu de paumé de Fontenay-le-Comte. On l'apprend par une requête d'un procureur au siège royal, Pressée le 9 juin 1648 au lieutenant particulier de Fontenay, pour rappeler le mattre paumier à l'exécution de ses engagemeata*. La permission-de jouer, sollicitée à Nantes le a) avril par Molière, ne put être accordée sur-le-champ. Le maréchal de la'Meilleraye, qui gouvernait la Bretagne avec le titre de lieutepant général et des pouvoirs dont l'étendue était pardcnlière au gouvernement de cette province, venait alors de tomber dangereusement malade. Défenses lurent faites, le dimanche a6 avril, aux comédiens de monter sur le théâtre, tant que les inquiétudes puUiqueS ne seraient pas calmées'. On ne sait (^s précisément eombien de jours dura ce préjudiciable loisir fait à la troupe. Nous voyons seulement que le 18 mai elle donna au jeu de paume une représenta-

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