C. D. (Cqypeau Dassoucy
Si le personnage singulier qui, dès le temps de cette lettre, courait les provinces du Midi avec ses pages, ne nomme pas la ville où il a quitté Molière, il donne les moyens de la reconnaître. Il explique la précipitation de son départ par (a hâte de celui qui l'avait emmené dans son carrosse, et qu'il dit avoir éié député aux états par une cour. Sur ces données, on a pu découvrir, avec une vraisemblance qui ne permet guère d'bésitation, quel était ce députée Un Frétais (les noms alors étaient assez habituellement estropiés pour que Frezals ou Fresart, ce soit à peu près tout un) fut envoyé le ao décembre i65i, par la cour de parlement de Toulouse aux états siégeant à Carcassonne, afin de s'entendre avec eux sur le règlement d'un conflit d'attributions. Les délégués de Toulouse revinrent chez eux vers la fin de la session (lo janvier 1 65 a). Le date ci-dessus indiquée du privilège des Œuvres meslées ne laisse pas songer à la session suivante, ouverte à Pézenas le ij mars i6S3. Si l'on n'admettait pas la session de i65a à Carcassonne, il n'y aurait plus à choisir qu'entre une de celles qui l'ont précédée ; mais la circonstance qui fit députer aux états par la cour de Toulouse, en i65i, une commission, dont Frezals faisait partie, est trop particulière pour que l'on puisse croire la rencontrer plus d'une fois. Pour douter- que Dassoucy se soit trouvé avec Molière à Carcassonne pendant la session dite de i65a, la seule supposition qm resterait à faire serait que Frezals l'eût pris dans sa voiture non pas en revenant de sa mission, mais en partant de Toulouse, et que Molière fût alors resté dans cette ville, où rien ne nous apprend qu'il ait en ce temps-là fait un séjour. Il est bien autrement vraisemblable que le comte d'Aubijoux, qui fit
I. L'explication ingénieuse et plausible que nous donnons de la Ictue est tirée d'un article de M. Auguste Baluffç dans U Mo^ liériste de septembre i884.
SUR MOLIÈRE. lag
en i65i Vonverture des états, y appela Molière, très en faveur auprès de lui.
Depuis le mois de janvier i65a, qui vit à Carcassonne les états se séparer, les informations sur les voyages de la troupe manquent de nouveau jusqu'en décembre de la même année. Le 19 de ce mois de décembre, un de nos comédiens, Pierre Réveillon, est parrain dans l'église de Sainte-Croix à Lyon*. Bien que sa présence dans cette ville n'y prouve pu absolument celle de ses camarades à la même date, elle là rend des plus probables, lorsqu'on voit deux mois après Molière et Joseph Béjart signer là au contrat de mariage de René Berthelot, dit du Parc, le 19 février i653*.
Molière « vint à Lyon en 1 653 », dit la Préface de i68a. Ce serait donner à son témoignage un sens trop précis que de s'en armer contre la vraisemblance d'un séjour commencé dès la fin de i6^a, sinon même quelques mois plus tôt. La date donnée par les anciens biographes ne doit pas d'ailleurs faire penser que Molière ait été pour la première fois à Lyon en 1 65 3 ou en i65a. U nous a semblé probable qu'il s'y était arrêté en i65i, lorsque cette année-là nous l'avons trouvé à Vienne, au témoignage de Chorier'. La Préface de j€8a s'est attachée de préférence au souvenir de 1653, apparemment comme à celui de l'époque devenue fameuse par V Étourdi^ que cette comédie ait été alors représentée, ou seulement préparée sous l'influence d'un théâtre étranger très en vogue à Lyon.
Le mariage du comédien du Parc, qui, plus clairement encore que l'acte de baptême du 19 décembre i65a, nous a fait rencontrer Molière à Lyon, aurait par une autre raison mérité d'être noté. Soit à ce moment même, soit, comme il est plus problable, quelque temps après, la troupe, grâce i ce mariage, recruta une nouvelle actrice destinée à la célébrité par son talent et par des charmes qui ont exercé leur séduction sur les plus glorieux poètes du théâtre de ce
I. Lts Origvui du théâtre de Ljon^ par C. Brouchoud, in*8* (Lyon, 1845), DocmnnrrXI, p. 5i.