‹ Notice biographique sur J.-B. MolièreChapitre 69 sur 236 · I. La F'ie de M, de Molière, p. il · texte numérisé non relu

I. La F'ie de M, de Molière, p. il

s. Voyez notre tome I, p. 79-86

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au public sa première comédie; c'est celle de rÉtoanU. > Despois a fait remarquer quelque équivoque dans cette phrase, qui ne dit pas « ce fut alors », mais « ce fut là ». Ce là est plus justement matière à procès que le fameux ou (avec ou sans pâté) de la promesse de Figaro à damoiselle Marceline. On craindrait cependant d'être accusé de chicane, si l'on n'ayait pas à produire le renseignement, cette fois exempt de toute ambiguïté, donné dans son Registre par La Çrange, qui est généralement regardé comme un des auteurs de la Préface de 16811 ^ : « Cette pièce de théâtre {V Étourdi) a été représentée pour la première fois à Lyon, l'an i655*. » Pour donner la préférence à i653, on allègue la confiance que mérite la Préface^ écrite plus tard que le Registre^ et où la date a pu être corrigée après mûr examen. L'argument tombe, si, comme Despois, on doute qu'il y ait manifeste contradiction entre les deux témoignages. On insistera sur le vrai sens de celui de 1682, en nous engageant à y lire la suite : « S'étant trouvé quelque temps après en Lai^guedoc, il alla offrir ses services à M. le prince de Conti. » Or c'est en 1 65 3 que ces offres de service furent faites pour la première fois.

Par une fatalité, la pleine lumière est à peine entrevue qu'un petit nuage vient l'obscurcir. Après les mots : « à M. le prince de Conti i», la Préface ajoute : « gouverneur de cette province [de Languedoc) et vice-roi de Catalogne ». Ce fut seulement en i654 que le prince eut le commandement de l'armée de Catalogne et le gouvernement de la Guyenne, non pas celui du Languedoc, qui ne lui fut donné que six ans après. Pour nous il est probable que l'inexactitude de cette mention du gouvernement de Languedoc doit s'expliquer ainsi : on a eu en vue la commission que reçut Conti de présider les états de cette province, commission postérieure en date à sa campagne de i655 dans le Roussillon. Il est donc permis de croire que l'engagement de Molière au service du prince de Conti, « quelque temps après » V Étourdi

I. Atcc Yinot. On Ta aussi attribuée au comédien Marcel. Voyez notre tome I, p. xxm.

a. iUgistre de La Grange, p. 4*

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joué à Lyon, est, dans la pensée de ces biographes, celui qui

fat de nooreta obtenu en i655. Une imparfaite netteté

dans leurs courtes lignes est moins étonnante qu'une erreur

dans le Hegistrt sur une date qui y a été inscrite du vivant

de Molière.

n y a beaucoup d'apparence que Molière a pris le goût des pièces italiennes pendant son long séjour à Lyon en i653. Mais alors il faut lui donner le temps de faire connaissance avec elles, puis d'écrire son imitation de Vlnapvertito et de mettre se» acteurs en état de la jouer. Il est surtout impossible de croire, à moins qu'il n'ait apporté à Lyon sa comédie déjà toute faite, qu'elle y ait été représentée dès le commencement de i653. Une des raisons, dût-on la jiïger un peu faible, qui nous feraient pencher pour i655, c'est qu'il plaît assez de ne pas éloigner de la première représentation de V Étourdi celle du D^pit amoureux^ où Molière a suivi le même filon et qui, sans contestation, est de i656. Stimulé par le succès, et une fois en train d'inspiration comique, notre poète, dans la première joie de son génie, a-t-il attendu trois ans pour le laisser continuer son élan, et pour exploiter une seconde fois la veine italienne? Nous ne voudrions pourtant pas être plus décisif et tranchant qu'il n'est juste. Despois nous a donné l'exemple d'une sage réserve : il a Isdssé quelque doute entre i655 et i653. Sans vouloir dire ce doute extrêmement fâcheux, nous aurions mieux aimé qu'il eût été possible de le lever. Si l'on n'a pas eu tort d'attacher quelque importance à la vraie date, longtemps méconnue, de la naissance de Molière dans le berceau où, comme tout autre enfant, il ne vécut d'abord que de la ▼ie végétative, cet autre jour dans lequel il a commencé, sur le théâtre, sa vie de grand poète est également celui d'une naissance dont il serait, ce nous semble, moins indifférent encore de découvrir l'acte dûment certifié.

Les plus récentes études sur la vie de Molière placent généralement à Lyon, en l'année i653, une représentation qui, sans avoir un intérêt égal à celle de l'Étourdi, ne laisse pas d'en offrir un véritable. C'est la représentation de VJtidromède de Corneille. Elle a été connue par un exemplaire de cette tragédie (édition in-4^ de i65i, regardée comme la

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première), provenant de la bibliothèque da comte de Pontde-Veyle. Dans ce précieux exemplaire on a écrit, à côté du nom de chaque personnage, le nom de l'acteur qui le représentait. L'écriture est ancienne. On a voulu, mais sads avoir trouvé créance, que ce fût celle de Molière. U n'y a pas de doutes sur la distribution des rôles, qui évidemment n'a pas été inventée. Voici cette distribution ; elle nous donne de curieux renseignements : Jupiter^ du Parc ; Junon et Andrth mède^ Mlle Béjart ; Neptune^ de Brie ; Mercure et Un page de Phinée^ l'Éguisé [Louis B^Jart); le Soleil et Timanie, Béjart (Joseph); Vénus^ Cymodoce et Jglante, Mlle de Brie; Melpomêne et Céphalie, Mlle Hervé (Geneviève Béjart) ; Êole et Ammony Vauselle; Èpfyre^ Mlle Menou; Cydippe et Ziriope, Mlle Magdelon ; Huit vents^ valets ; Céphée^ du Fresne ; Cassiope^ Mlle Vauselle; Phinée^ Chasteauneuf; Persée^ Molière ; Chœur du peuple^ Lestang.

« Le rôle de Phinée^ dit M. Marty-Laveaux *, était d'abord donné à Molière, et celui de Persée à Chasteauneuf.. . . Le nom de Phorbas^ qui ne figure pas dans la liste imprimée des personnages, y a été ajouté, et ce rôle a été attribué à Mlle Hervé, déchargée sans doute de celui de Céphalie^ dont le nom a été remplacé à la main dans le courant de l'ouvrage par celui d'Aglante. » On ne sait pas en quel temps furent faits les changements.

Cette distribution nous apprend comment à un certain moment était composée la troupe de campagne de Molière. Plusieurs noms appellent l'attention, particulièrement ceux des Vauselle, et celui de Mlle Menou, .qui a donné aux biographes du poète un intéressant problème à résoudre. Nous serions tenté (est-ce à tort?) d'être averti par la lecture d'un tel document de ne pas nous exagérer l'excellence de cette troupe, que Chappuzeau ne jugeait pas dès lors inférieure à celle de l'Hôtel de Bourgogne. Pour jouer Andromède, pièce, il est vrai, très difQcile à monter, eUe était bien incomplète ; non seulement le grand nombre des personnages avait forcé d'en faire jouer plusieurs par le

I. Ao/fce ûuT Andromède, au tome V des OBuprei de P. Corneille, p. i55.

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même acteur, mais il avait fallu charger de simples gagistes de réciter, Dieu sait comme, des vers de Corneille, dignes de meilleurs interprètes.

H n*est guère yraisemblable que la pièce ainsi représentée par nos comédiens Tait été ailleurs qu'à Lyon, pour la première fois du moins. Cest dans une si grande ville surtout que l'on put songer d'abord à faire goûter un tel ouvrage, noble tragédie et grand opéra, avec l'esppir d y trouver une scène appropriée, bien que même là il ne faille point penser aux magnifiques décorations du théâtre où elle fut jouée par la troupe royale, ni aux machines de'Torelli.

Sur la date de la représentation on trouve des indications dans la liste des acteurs. Le Chœur du peuple se fit entendre par la bouche de TEstang (Cyprien Ragueneau). Le Registre de La Grange, qui épousa sa fille en 167a, constate' qu'il « mourut à Lyon, le 18 août i654 ». Voilà donc, pour le temps où il put jouer son rôle dans Andromède, une limite marquée. En i653, Ragueneau avait fixé sa résidence à Lyon par un bail de trois ans, qu'il y signa le i5 octobre. Ce fut, selon toute apparence, en cette même année i653,et à Lyon, comme nous le pensions déjà, qu'on lui confia un bout de rôle dans la tragédie de Corneille. Ce brave homme, poète et pâtissier, plus pâtissier que poète, qui parut un moment dans la troupe de Molière, est une figure originale. Dassoucy l'a célébré avec sa verve plaisante '. U le nomme le « père nourricier des Muses ». Ragueneau avait tenu boutique de pâtisserie dans la rue Saint- Honoré ; il prodiguait ses pâtés et son argent à tout le Parnasse. Il eut, à ce prix, l'amitié des poètes et des comédiens. Dans leur commerce il avait contracté la maladie de la rime, aidé, dîsait-on, dans ses productions poétiques par Charles de Beys. L'éloge funèbre, dont le sieur Dassoucy se plut à réjouir son ombre, fut une manière de le rembourser de ses prêts et de se mettre en règle avec sa mémoire. Le reconnaissant débiteur nous apprend que son généreux prêteur,

I. BegUtre^ au Terso de la première page. 9. Iju jÉ9€uUurês d'Italie (Antoine de Rafflé, 1677), chapitre xn, p. a83-s99.

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miné par les libéralités dont il avait comblé les enfants d'Apollon, fut contraint de quitter Paris avec femme et en» fants, et d'entrer dans une troupe de campagne, qui le jugea bientôt le plus méchant comédien du monde, et lui fit moncher les chandelles. Blessé dans sa fierté de poète, il se sépara de cette troupe, puis en trouva une autre qui Ini donna encore quelques vers à prononcer, jusqu'au jour où elle comprit, elle aussi, que l'emploi jugé humiliant par lai était décidément celui qui lui convenait le mieux. Cette se* conde troupe nous semble bien être celle qui dans la tragédie de Corneille l'éleva à la dignité de Chœur du peuple^ et lui donna ainsi une nouvelle occasion de prouver qu'il méritait une place plus modeste encore. On nous pardonnera de lui en avoir fait une trop large ici, l'ayant trouvé assez divertissant. H eût peut-être suffi de dire que, pour fixer à peu près une date à l'intéressante distribution des rôles, son nom nous venait en aide ; l'absence de celui de Mlle du Parc y peut servir aussi.

Quand il n'y aurait pas eu tant de difficultés pour faire représenter tous les personnages à* Andromède^ il serait impossible de comprendre que la du Parc n'y eût rempli aucun rôle, si elle eût été déjà dans la troupe. Les Mémoires de Cosnac, que nous aurons tout à l'heure à citer plus longuement, nous apprennent, comme il a été dit plus haut S qu'elle en faisait partie dès i653, mais l'atteste seulement pour le temps où cette troupe fut admise à jouer devant le prince de Conti. Il y a là une objection à la conjecture, assez naturelle d'ailleurs, qu'en 1 653 la représentation à'An^ dromède^ au lieu d'être donnée à Lyon, a pu l'être dans le château de la Grange, Conti étant assez grand prince pour en faire les frais et mettre à la disposition de Molière un théâtre qui ne rendtt pas la tentative ridicule. Il n'y faut pas songer, puisque alors on aurait le nom de Mlle du Parc dans la distribution des rôles.

Andromède fut dc^c jouée avant l'automne de i653. Mais ne peut-on pas remonter plus haut ? Tout au plus jusqu'à la fin de i65a, où l'on croit déjà trouver Molière à Lyon.

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