I. Voyez ci-desfus, p. i3i
SUR MOLIÈRE. iBg
La pièce, joaée à Paris au mois de janvier i65o, ne tomba dans le domaine public qu'après sa première impression, dont Vacheçé étifnprimer est du i3 août 1 65 1. Il se pourrait que, yen la fin de cette année 1 65 1, Dassoucy, qui rencontra Molière à Carcassonne, lui eût recommandé cette tragédie, aux yen de laquelle il avait, comme il disait modestement, c donné l'âme » par sa musique.
Noiis ayons dit que sur la liste des acteurs à* Andromède les Yanselle, qui nous sont déjà connus, étaient à remarquer* Jïs j sont trois, Jean-Baptiste de l'Hermite, sieur de Vauselle, sa femme, Marie Courtin de la Dehors (Mlle Vauselle), enfin la fiUe de ces peu recommandables époux, Mlle Magdelon, alors âgée d'environ treize ans.
La présence de ces Yanselle dans une troupe qui n'était guère moins celle de Madeleine Béjart que de Molière, est un exemple des singuliers rapprochements de personnes dont ne s'e^Tarouchaient pas ces sociétés de comédiens. Le sieur de Vauselle n'est pas le plus étonnant ici, quoique sa gentilhommerie ait dû lui rendre pénible la nécessité de monter sur un théâtre. Quant à être bien accueilli par les Béjart, il j avait les plus grands droits par son alliance avec leur famille et par les services que l'on sait. Mais il amenait avec lui sa femme qui notoirement était ou avait été la maltresse de l'ancien amant de la Béjart. Celle-ci, puissante dans la troupe, n'y aurait pas laissé entrer Mlle Vauselle, si elle eût ressenti comme une offense l'admission d'une rivale. Évidemment nous ne nous sommes pas trompé quand nous l'avons jugée de bonne composition. C'est ce qu'elle prouva encore plus tard lorsque, en 1661, elle acheta des Vauselle la grange de la SoyquetteS dont le seigneur de Modène leur avait fait en 1644 le don significatif sous le prétexte d'une vente qui était fictive. L'acquisition de la Souquette ne peut faire croire de la part de Madeleine Béjart à une spéculation plutôt qu'à un acte d'obligeance, dont on a cherché à donner des explications subtiles. Celle de la parenté des Courtin et des Béjart pourrait paraître la moins mau-
I. Recherchés sur Molière, p. 901 et io3. — Voyez ei-dcMUS. p. 94 et 95.
i4o NOTIGB BIOGRAPHIQUE
Tiiie; elle est encore bien peu satis&isante. L'esprit de famille rend-il siiffisamment raison de l'étrange complaisance d an^ femme i qui Ton a pris 'son amant? U reste depb en plus clair que la Bëjart échappe à tout soupçon de jalousie. Elle était fort au-dessus, si l'on n'aime mieux dire fort au-dessous, de ce sentiment. Dans ce que nous savons de u Tie on a trop souvent cru rencontrer des énigmes, où il eût été plus simple de voir qu*elle s'était fait sur l'amaur une philosophie à la Ninon de Lenclos. Prenons pour ce qu'elles étaient les femmes de théâtre an milieu desquelles Molièrea vécu, et parmi ces comédiennes, celles dont il a été pliuçue l'ami; il faut se défendre d'idéaliser naïvement le rommèes amours de sa jeunesse.
Magdelon, fille de ces Yauselle, a, comme eux, son non sur la liste. Rien alors ne pouvait faire prévoir que cette enfant se trouverait un jour sur le chemin de la Béjart, eomm s'y était trouvée sa mère, et y serait même beaucoop plus gênante, s'il était vrai comme on l'a cru, mais sacs prenres, quel'ancienne maîtresse du seigneur de Modène n'eût ianuis renoncé k l'espoir d'être épousée par lui. La fille de Marie Courtin de la Dehors, auprès un premier mariage qu'elle Et annuler, en contracta un second avec celui dont la liaison avec sa mère n'avait pas été un mystère. Elle devint comtesse de Modène en décembre i666«. A cette époque, Magdelon (Madeleine de l'Hermite de Souliers) avait environ vînfft-sii ans. Esprit de Modène en avait cinquante-huit. Madeleine Béjart ne paraît pas en avoir voulu à celm-ci de ce déraisonnable mariage, digne couronnement d une vie de désordres. Elle continua de se conduire avec lui en amie, et l'on ne peut pas dire : en amie jusqu'à la bourse.
Ce n'est pas sSement la distribuUon <ïe« rôles de la tra- .édiede Comeûle qui nous montre les Vauselle enrôl^dans u troupe de Molière. Un factum écrit en 1674 par Charles ï Rimond, frère du comte de Modène, contre Madeleine £ rHermit;., nous apprend qu'elle et sa mère, engagées
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i4a NOTICE BIOGRAPHIQUE
charmé de la bonne mine de la première ; mais leurs sentiments ne se trouvèrent pas conformes sur ce chapitre, et cette femme... traita Molière avec tant de mépris ({uecela l'obligea de tourner ses vœux du côté de la de Brie, dont il fut reçu plus favorablement, ce qui l'engagea si fort que, ne pouvant plus se résoudre à s'en séparer, il trouva le secret de l'attirer dans sa troupe avec la du Parc. La Béjart supporta cet engagement avec assez de chagrin ; cependant, comme elle vit que c'étoit un mal sans remède, elle prit le meilleur parti, qui étoit de s'en consoler, en conservant toujours sur Molière l'autorité qu'elle avoit eue^. » Ce récit prend un certain air de vraisemblance, quand on y voit marqué d'un trait si reconnaissable le caractère de Madeleine Béjart, qui, toujours préoccupée des affaires avant tout, modère son dépit et se résigne, à la condition que les droits utiles de son empire lui resteront.
On a voulu trouver dans quelques-unes des comédies de Molière des indices de sa passion pour Mlle de Brie. Les rôles désagréables qu'il faisait jouer au sieur de Brie ont donné le soupçon qu'il avait pris plaisir aux occasions de le maltraiter sur la scène ; par exemple, dans le Tewtuffe^ où il lui a fait représenter le déloyal M. Loyal, pendant que lui-même, qui était Orgon, exprimait le désir
[De] pouvoir, à plaisir, sur ce mufle assener
Le plus grand coup de poing qui se puisse donner*.
On a remarqué aussi que, dans V École des femmes^ de Brie était le Notaire, à qui Amolphe, représenté par Molière, fait la grimace, disant tout bas :
• La peste soit fait Thomme et sa chienne de face'.
Une fois préoccupé de ces intentions malignes que Ton n'admettrait pas sans les juger inconvenantes, on aurait pu supposer que, dans la même scène, deux vers plus haut,