I. Voyez la Comédie de Molière, p. 17 et
s. Dans l'inTentaire mentionné ci-dessus, p. 10, il est dit que BlUrie Cressé moumt le quinzième jour de mai i63a. M. Tasehereaa (3* édition, p. 108) donne son acte d'inhumation, que lui avait communiqué Befiara, et d'après lequel cette inhumation aurait eu lieu le mardi 11 mai. A-t-on bien lu sur les registres de Saint-Eusttche, et n'y fallait-il pas lire le mardi 18 mai?
la NOTICE BIOGRAPHIQUE
il était dans sa onzième année. Il avait deux frères, Jean, que l'on nomme le jeune, pour le distinguer de son atné, et Nicolas; il avait aussi une sœur, Marie-Madeleine. Deux autres enfants de Marie Cressé étaient morts avant elle.
Un an après son veuvage, le père de Molière se remaria. Sa seconde femme fut Catherine Fleurette, fille d'Eustache Fleurette, marchand et bourgeois de Paris. Les fiançailles furent célébrées le 1 1 avril i633, le mariage le 3o mai suivant, sur la paroisse Saint-Germain TAuxerrois. Jean Poquelin eut deux enfants du second lit : Catherine, née en i634, qui devait un jour entrer au couvent de Sainte- Marie de Montargis, et Marguerite, dont la naissance coûta la vie à sa mère, et qui ne lui survécut que peu de jours. La belle-mère de Molière mourut le la novembre i636.
On aime toujours à se trouver d'accord avec l'ingénieux érudit qui a entrepris, souvent avec succès, de porter la lumière dans les coins les moins éclairés de la biographie de notre poète. Mais nous aurions peine à le suivre dans la conjecture que Catherine Fleurette est peinte sous les traits odieux de la marâtre Béline du Malade imaginaire^. La rancune de Molière, après plus de sept lustres, aurait vraiment été trop durable, lui supposât-on l'excuse des mauvais traitements durant les trois années du second mariage. On cherche trop souvent dans ses comédies des allusions aux événements de sa vie. Pour nier qu'il y en ait quelquesunes, il faudrait récuser l'autorité, généralement très grande, de la Préface de l'édition de i68a. Elle affirme que Molière, dans ses comédies, « s'est joué le premier sur des affaires de sa famille et qui regardoient ce qui se passoit dans son domestique'». Mais comme les auteurs de cette préface n'ont pas désigné les allusions qu'ils avaient en vue, le champ des suppositions reste sans limites, et il est imprudent de s'y hasarder quand on ne trouve pas de quelque autre côté des indices presque certains pour se guider. Nous n'avons
I . Les PointJ obscurs de la vie de Molière, par Jules Loiseleur (Paris, 1877), p. a4.
a. Préface de 1681, p. xvi. — Les pages de cette préface auxquelles nous renroyons sont celles de notre tome I.
sua MOLIERE. i3
aucun témoignage direct sur le caractère de Catherine Fleurette et sur sa conduite à l'égard des enfants du premier lit. Pour l'accuser et la faire détester à la postérité, il faut donc uniquement aller chercher le noir portrait de la femme d'Argan, comme si un auteur comique ne pouvait imaginer une belle-mère méchante sans se souvenir de la sienne. Et de qui Molière s'est-il souvenu lorsque, dans son Tartuffe^ il a peint, comme la plus aimable et la plus aimée des belles-mères, celle de Mariane et de Damis ? Sans aller chercher dans la maison de Jean Poquelin remarié le modèle de l'hypocrite et perfide Béline, ne serait-il pas plus naturel de le trouver dans la tragédie de Nieomède souvent jouée par Molière? Cest là qu'Arsinoé, seconde femme de Prusias, lui dit :
Je n'aime point si mal que de ne vous pas suivre Sitôt qu'entre mes bras vous cesserez de Tirre*,
avec la même fausseté que Béline dit à Argan : c S'il vient faute de vous, mon fils, je ne veux plus rester au monde ' ». 11 y a des preuves dans Tartuffe aussi que Molière se souvenadt de la marâtre Arsinoé'.
Le père de Molière nous serait aussi peu connu que ses deux femmes, dans son caractère et dans sa vie, si nous n'avions pour nous renseigner que la Préface de 1681. Du