‹ Notice biographique sur J.-B. MolièreChapitre 74 sur 236 · Mémoires, tome I, p. 49 et 5o · texte numérisé non relu

Mémoires, tome I, p. 49 et 5o

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de Molière, parait bien être celui dont parlent les Mtoari^ nades^ un opérateur, longtemps connu sur le Pont-Neuf ^. JJne si indigne préférence était des plus blessantes.

L'injurieuse hésitation du prince de Conti ne put venir d'une erreur de son goût : il était pour cela trop loin d'être un sot comme sa maîtresse ; il faut l'attribuer à une faiblesse amoureuse, qui est une insuffisante excuse. Dans tout cela, on ne voit pas que les études faites ensemble au collège de Clermont aient été d'aucun poids. Il est clair que Molière n'eut pas la simplicité d'en invoquer le souvenir, qui n'aurait été compté pour rien. Les seuls arguments de Cosnac, dans sa négociation, adroitement secondée par le spirituel Normand Sarrasin, furent une promesse à tenir, le talent des acteurs et la richesse de leurs habits. Du mérite de Molière, comme auteur, il ne paratt pas avoir été question. Ce serait plus difficile à comprendre, si un peu avant, dans cette même année i653, V Étourdi eût été représenté il Lyon. N'en aurait-on pas entendu parler à la Grange? Cosnac, pour justifier ses instances, ne se serait-il pas appuyé sur le bruit que la pièce avait fait? Il est surtout invraisemblable que l'auteur ne l'eût pas choisie pour faire connaître au prince combien de droits il avait à sa protection. Au lieu de cela, lorsque Cosnac parle des représentations que Mme de Calvimont, dans l'entêtement de ses préventions, goûta peu, et que le prince de Conti eut la complaisance pour elle de ne pas d'abord goûter davantage, pas un mot n'est dit de V Étourdi, Voilà donc une nouvelle occasion de croire que Molière n'avait pas encore, pour se recommander, cette charmante comédie; et, malgré tout, il finit par se faire assez apprécier pour obtenir du prince une pension, en outre le titre, donné à sa troupe, de comédiens du prince de Conti.

Le protecteur ne demeura pas longtemps à la Grange en 1 65 3. Il devait se rendre à Paris pour son mariage avec Anne Martinozzî, nièce de Mazarin. Cette alliance, sur laquelle il avait été sondé pour la première fois durant son

X. Voyex VHittoire du Pont-Tituf^ par Éd. Fournier, tome I, p. 907 et 908, 95 X %% 95s.

SUR MOLIÈRE. i55

séjour à Cadillac, allait changer poui' loi une incomplète et précaire amnistie en réconciliation parfaite avec le ministre. On peut fixer approximativement à la mi-noyembre son départ de Fézenas. U alla d'abord à Montpellier, dont le gouTerneur, le comte d'Aubijoux, en grande familiarité avec lui, l'avait prié de s'y arrêter quelques jours. « Des le moment de son arrivée, dit Cosnac^, on ne songea qu'à festins, bab, ballets et comédies. » Pour ces divertissements, qui furent magnifiques, il ne se pouvait faire que la troupe du prioce de Gonti ne fût pas appelée. Quels autres comédiens plos dignes d'amuser l'altesse que l'on recevait? Nous sa- TODs d'ailleurs en quelle estime Aubijoux tenait Molière ; et probablement il f avait revu à la Grange, où Ton dit qu'il était venu plusieurs fois rendre ses devoirs au prince. En oatre on a la preuve que Molière, au commencement de 1654, était à Montpellier : il est parrain dans cette ville le 6 janvier, ayant pour commère Madeleine de l'Hermite, ({ui n'avait pas encore quitté la troupe. U est vrai qu'à cette date Gonti n'était plus là ; mais il est peu vraisemblable que ses comédiens ne fussent venus qu'après son départ, et seulement pour les états dont il va être parlé. Nous croyons donc que Molière, qui, à la Grange, avait déjà appris à connaître son nouveau protecteur, eut l'occasion, à Montpellier, d'acbever cette connaissance. Ce n'était point pour la lui faire juger plus respectable qu'à Pézenas. Aubijoux, qui ne se montra pas alors sous un plus beau jour que Gonti, l'engagea dans une nouvelle galanterie avec Mlle Rochette, celle qui devint Mme de Calvière. L'ami du prince se disait sans doute qu'il relevait la dignité de l'amant de Mme de Calvi» mont en lui faisant remplacer une sotte maltresse par une femme de beaucoup d'esprit. Que, malgré cet avantage, ce fiit là une singulière préparation au prochain mariage, apparemment il n'en avait souci. La préparation, au témoignage'de Cosnac, fut bien plus scandaleuse encore. Sans parler des débauches de bonne chère et de vin, il y en eut de pires auxquelles le prince se livra et qui devaient donner à la jeune Martinozzî un très dangereux mari. On aurait

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