Seconde partie, 3* entrée
Nous n'apprendrons à personne qne Molière n'a pas en à prononcer cet ëloge de son talent, et qu'il ne l'avait pas lui-même composé. Les personnes qui paraissaient dans les baUets y faisaient un r51e muet, pendant que les vers à leur, louange, rendus parfois plus piquants par un assaisonnement de traits malins, étaient lus par les spectateurs dans le livre qu'on leur avait distribué*. On a pensé que les vers de la flaresgère pourraient bieiwêtre de Joseph Béjart. La conjectare ne serait pas plus* hasardée si on les supposait de Madeleine. Mais de quelque encensoir que ces vers louan- ^enrs soient sortis, de celui, si l'on veut, d'un camarade, d'an ami, ils attestent que dès ce temps-là il y avait des admirateurs de l'éloquence de Molière, que l'on connaissait de lui de beaux vers. Serait-ce donc une preuve qu'il ne faut pas retarder Jusqu'en i655 la représentation de VÉ'tourdi? Elle ne nous semblerait pas-décisive. Il n'est pas du tout dit qu'avant V Étourdi^ et sans parler même de Lucrèce traduit, on n'eût pas connaissance de quelques-uns de ses essais poétiques. Une autre explication est possible. Dans ce glorieux emploi^ que le style, devenu familier à sa mémoire de comédien, l'avait excité à donner à sa Jfitf^,* n'y aurait-il pas une aUnsion à quelque compliment en vers adressé par Im' soit k la princesse de C!onti, soit au prince revenu dans le Languedoc avec une moisson de lauriers ? Il y eut certainement à l'arrivée des altesses phis d'un hommage de ce genre; on en trouve même un exemple dans le Récit de la Nuit^ qui sert de prologue au ballet, et dont on n'a pas cru invraisemblable que Molière pût être l'auteur.
Ce serait au temps de ces états de i655, à Montpellier, que semblerait devoir être rapportée, si on la croyait digne de foi, la proposition faite à Molière par le prince de Conti, de l'introduire dans sa maison, ou, comme on disait alors, dans sa domesticité, en qualité de secrétaire. Nous n'avons là-dessus d'autre témoignage à citer que celui de Grimarest. Le prince « ayant remarqué en peu de temps, dit-il, toutes les bonnes qualités de Molière, son estime pour lui alla si loin qu'il le voulut faire son secrétaire. Mais il aimoit l'indépen-
I. y%jtz let Notés historiques sur la vit de Molièrt^ p. 90 et 91.
i6o NOTICE BIOGRAPHIQUE
dance, et il étoit si rempli du désir de faire valoir le talent qu'il se connoissoit, qu'il pria M. le prince de Gonti de le laisser continuer la comédie ; et la place qu'il auroit remplie fut donnée à Monsieur de Simonie » Comme il aime à prêter des discours à Molière, il lui en fait tenir un très SKge à ses amis, qui blAmaient son refus. Quelque circonstancié qu'il soit, le récit n'inspire pas une parfaite confiance. Il offre quelques difficultés. Le seul moment où nous sachions que la place de secrétaire ait été vacante dans la maison do prince de Conti est le commencement de, décembre i654, lorsqu'il arrivait à Montpellier. U eut alors la nouv^ie, venue de Pézenas, de la mort de Sarrasin, son secrétaire des commandements. U fit dès le soir même jouer la comédie chez lui, pour se consoler, et le lendemain il destina la place à Guilleragues, en ce temps-là retiré à Bordeaux*. La promptitude du nouveau choix est également attestée par Loret, qui annonce la mort de Sarrasin dans sa lettre en vers du 19 décembre i654, et son remplacement par Guilleragues dans la lettre suivante, datée du a6. Dans tout cela, il n'est pas question de Molière, et le temps a certainement manqué pour que le secrétariat lui ait été offert, pour qu'il ait pu réfléchir à l'offre et (aire agréer son refus. Est-on absolument en droit cependant de traiter de conte l'anecdote de Grimarest? On aura fait attention que dans son récit, la place refusée par Molière fut donnée non à Guilleragues, mais à ce M. de Simoni, qui ne nous est pas connu, mais qui ne saurait être un personnage de son invention. Guilleragues ne paraît pas être entré en fonction. « S'étant mis dans la tête, dit Cosnac', que la qualité de secrétaire n'était pas assez noble pour un Gascpn^, je lui fis donner des provisions ad honores avec quelques fonctions sur les domestiques. » Il ne serait donc pas impos-
I. la Vie de M, de Molière^ p. aS et 24. — Dans le Parnatte franfcit (1731), p« 3io, au lieu de Simoni^ on lit Simon, a. Mémoires de Daniel de Cosnac, tome I, p. 190 et 191.