Cours Je littérature^ \\yH I, chapitre tx, section n
SUR MOLIÈRE. i63
rille, si pétillant d'esprit, n'a pas cessé d'y avoir le même SQCcès.
Parmi les personnages que les actenrs italiens représentaient, ils avaient coutume d'en adiopter un comme favori et ffen prendre le nom. C'est ainsi que Molière paraît avoir dans les premiers temps adopté MmeariUe^ et l'on put croirs un moment que ce nom lui resterait. Pour n'avoir pas de peine à s'en débarbouiller, nous le trouverons bien-* tdt assez grand.
M. IVisard a parfaitement parlé du vers ferme, facile, naïf, de Molière dans ses premières comédies, «et a fait remarquer comme elles sont écrites dans le f^énie de notre langue; mais il â été pour elles au deli de l'admiration de leur style ^; Après avoir dit que tout en étant dans le même genre que h Menteur de Corneille, elles « sont plus près de la comédie de caractère, • » il ajoute : « L'aimdble création de tÉiourdi^ par exemple, bien qu'elle ne soit pas de force à porter tout le développement d'une comédie, est plus vraie que celle du Menteur. » Il la nomme parmi les premiers ouvrages qui, soi auteur en fiit-il resté là, auraient suffi pour qu'3 fût un des plus grands noms de notre scène. « n y a, dit-il, un écrivain de génie dans t Étourdi^ le Dépit amoureux, les Précieuses ridicules^ ^ SgétnareUe; il y a une comédie parfaite en«son genre. > L'excellent critique nous mène un peu plus loin que t Étourdi^ mais il ne l'excepte pas, le jugeant digne de ce qui va suivre dans la première manière, à peu près la même du moins, quoique progressivement modifiée. Personne ne lui contestera que l'œuvre de début n'ait fait entrer notre poète dans la carrière avec la supériorité évidente de ses forces.
Du séjoui'assee long que Molière fit à Lyon en i655, nous avons un témoin : il n'est antre que ce Dassonçy que nous avons vu en i65i faisant la rencontre de la troupe à Carcassonne. Dans ses Apentw^s^^ oi!i il a négligé de men-
1 . Sutotrê de la littératun franftùse (i i* ^didoD, i883), tome III, p. 87 et 89.
9. Les Avanturts ië Montiêur ^Auûucy, Paris, ckes Cl. Audinet, 1^7, \ vol. in-i». — Not ciutiont sont tirëes de cette édition.
i64 NOTICE BIOGRAPHIQUE
tionaer ses précédents voyages dans le Midi, le plaisant conteur nous a laissé des détails sur l'heureuse occasion qu'il eut de prendre du bon temps avec les comédiens an prince de Ckmti. A quelle époque? D n'a pas tourmenté sa mémoire pour y retj*oaver l'année. « Je ne sais, dit-îl, n ce fut l'an mil six cent cinquante-quatre ou cinquante-vinq qoe le grand désir que j'avois de retourner à Turin, auprès de leurs Altesses Royales, me fit sortir.de Paris ^... » Noos pouvons venir au secours de ses souvenirs, et mieux qne Ini nous savons que ce fut en i65S : car, après qu'U eat traversé la France, pour se rendre en Italie, toujours avec ses trop fameux pages de musique, la fin de cette même année le vit suivre Molière aux états déPézenas, dont nous torons tout à l'heure à dire la date. S'étant sans doute misenroote au printemps, son récit nous le montre voyaigeant avec one extrême lenteur, et ce fut seulement an commencement de juillet qu'il dut atteindre Lyon, Il nous dit en effet que c parmi les jeux, la comédie et les festins », il y demeura trois mois \ au bout desquels il s'embarqua sur le Rhône en compagnie de Molière, pour aller à Avignon : tout nous parait indiquer que ce dernier voyage se ^t vers le mois d!octobre. Puisqu'il avait alors passé trois mois à Lyon, M<^ère qui, depuis le 29 avril, et sans doute un peurplos tôt, y 'était déjà, y fit un séjour d'au moins six mois.
Dassoucy trouva « très honnête.» le peuple lyonnais, ]e beau monde de la ville très accueillant et caressant pour ce qu'il appelait ses deux Muses, .celle du poète et celle du musicien. « Mais ce qui m'y charma le. plus, dit-il *, ce fut la rencontre de Molière et de Messieui» les Béjares. Comme la comédie a des charmes, je ne pus sitôt quitter ces charmants amis. » Pour un homme beaucoup plus éloigné d'être un sot qu'un fou, c'était bien le moment de nous parier de la nonvdle comédie de Molière, qui nous semblerait avoir dû être à Lyon le ^and événement de cette année. U n'en dit pas le traître mot. De sa bizarre omission l'on a tiré
I. Les Apontures^ tome I, chapitre i, p. i et a. s. likUm^ chapitre ix, p. 996 et 197.