‹ Notice biographique sur J.-B. MolièreChapitre 84 sur 236 · Défense du traiié..,, p · texte numérisé non relu

Défense du traiié..,, p

SUR MOLIÈRE. i^i

divcrtisftepaeDt; et ne se contentant pas ^e voir les représentations dn théâtre, il conféroit souvent avec le chef de leur troupe, qui est le plus habile comédien de France, de ce qaeleor art a de plus excellent et de plus charmant. Et lisant sourent avec' lui les plus beaux endroits et les plus délicats des comédies tant ancietines que modernes, il prenoît plaisir i les lui faire exprimer naïvement ; de sorte qn'il j avoit peu de personnes qui pussent mieux juger d'une pièce de tliéltre que ce prince. »

Ce Ufmoignage, qui n'est pas suspect de partialité pour un cméàieii si peu ménagé dans le Traiié^ dont l'abbé écrivait la défense, nous montre quelle place Molière s'était déjà faite par la distinction 4e son esprit, et comme il savait donner des preuves d'une sérieuse étude des meilleurs modèles de son art, étude l>ien difficile cependant dans ces années si reftiplies par /es occupations de son méties. Nous apprenons Kosi iâ quelle fut un moment l'intimité de ses relations avec le prince spirituel et lettré, qui n'y cherchait pas seulement un amusement frivole.

Une laveur danslaquelle la plus juste estime semblait avoir solidement établi notre poète, ne pouvait se perdre en un jour. Nous croyons que les remords éveillés par l'évéque d'Aleth mirent quelque temps à faire leur œuvre. Il est clair par Je récit de Dassoucy que, durant la session de Pézenas, la troupe jpe s'éloigna pas. Le prince de Gontin'en était pas encore 1 se priver de la comédie et à en priver les états. Le parasite de la troupe parle de < tout un hiver » pendant lequel il fut régalé par elle. Si les comédiens ne se lassèrent pas, comme il dit, de le voir à leur table, il s'en lassa luimême moins encore.

En cette douce compagnie

Que Je repaissois d'hannonle.

Au ndlieu de sept ou huit plats,

Exempt de soin et dVmbarras,

Je passob doucement la rie. *

Jamais plus gueux ne fut plus gras;

I. Voyes, à la tnite de ce TVaiV, VJvertûiemeni qui précède les Souiminu des Pires de PÉglise^ p. s4.

El quoi qu'on chaste, et quoi qu'on die De ces beaux measîeurs des ëuu.

Qui tous les jours \>nt six ducats, La Musique et la Comédie, A cette table bien garnie, .

Parmi les plus friands muscats.

C'est moi qui soufiSoit la rôtie Et qui beuYoit plus d'ypocras*.

n trouvait de tels amphitryons bien dignes de représenter réellement dans le monde les personnages des princea qu'ils représentaient tous les jours sur le théâtre. Et vraîment, pour donner, de tels festins, il fallait que, sans être de grands princes, ils fissent assez bien leurs affaires.

Dassoucy se vante d'avoir reçu des présents considérables « du prince de Conti, du généreux Monsieur de Guilleragues et de plusieurs personnes de cette cour ». Ce fut surtout sans doute à la recommandation de Molière, peut-être aussi comme musicien et comme joyeux esprit; ce qui pourrait confirmer la conjecture que dans l'esprit de Conti le renonceftient aux amusements était encore en balance, et qu'il y avait lutte entre l'influence de l'évéque rigoriste et celle des bons vivants dont le prince étajit entouré. « Six bons mois » passés « dans cette cocagne », tel est le compte de Dassoucy, resté un peu au-dessous de la vérité ; car il veut évidemment y faire entrer les mois de séjour à Lyon, puis à Avignon. Il nous fait savoir dans quelle ville Molière aUa, lorsqu'il quitta Pézenas. Il raconte qu'il le suivit jusqu'à Narbonne, où lui-même, pour son malheur, ne resta pas, ayant voulu se rendre à Montpellier, qui lui réservait la déplorable aventure si malicieusement tjmpanisée dans le rojrage de Chapelle.

Avant de trouver la troupe de Molière à Narbonne, comme Dassoucy vient de nous l'annoncer, quelques mots restent encore à dire de son séjour à Pézenas pendant la session des états.

Les députés, qui prenaient très volontiers le divertisse-

!• Les A9amiur€s de Monsieur d^Assoucy^ chapitre ix, p. 3i6 et 317.

SITR ATOLIERE. 173

ment de k comëdie, étaient moins empressét d'en faire les frais, fis dorent cependant s'exécuter, sous la pression vraisemblablement du prince de Gontî. Voici le reçu dont l'original, écrit tout entier de la main de Molière*, est conservé aux arckives du département de l'Hérault :

« J'ay receu d^ Monsieur le Secq thrésorier de la bource des Estats dnlanguedoc la somme de six mille livres a nous accordez par Messieurs du Bureau des comptes de laquelle somme je ie quitte. Faict à Pézenas ce vingt-quatriesme jour de /eixirier i656.

« MouxiB.

« Quittance de mx nulle livres. »

U est k peine de notre sujet de dire qu'à la même date Joseph Béjart reçut des états quinze cents livres pour son RÊCuetldesiitrfff, qmdités^ blasons et armes des seigneurs barons des États généraua de la province du Languedoc. Ces Béjart entendaient tous les affaires. Ce ne fut pas alors comme comédien que celui-ci parvint à se faire ouvrir la bourse des états; mais il est probable qu'il fut beaucoup aidé par la bienveillance de Conti pour tout ce qui tenait à sa troupe. Lorsque Dassoucy nous dit que Messieurs des états avaient tous les jours la comédie', c'est peut-être une façon de par-* \er. Et puis, il n'y avait pas là qu'une seule troupe de comédiens. Les nôtres, pendant un si long séjour, ne purent manquer d'avoir des intervalles de liberté. Us en profitaient pour deê excursions dans les viNes voisines. Le souvenir en a été conservé par une tradition, qui ne saurait nous trouver entièrement incrédules; mais elle est venue jusqu'à nous toute chargée d'anecdotes très suspectes par leur air de légendes : n'onUions pas c[ue dans ce Languedoc nous sommes au pays des bons contes. Quelque amusants que soient ceux-ci, il suffit dans une biographie sérieuse de les indiquer très sommairement, et de renvoyer, pour le détail, ides ouvrages sur la vie de Molière qui sont d^ns toutes les

mains. On y trouvera le Déjeuner de Mêze, dont Molière, en

z. Mv de ]|i Pij^rdière, archinste de ce dëpartemeat, en a publié en 1873 le fac-timilé.

s. Voycx ci-dessus, p. 17s.

le contant à Pésenas, fiûsait une scène réjouissante, l'histo* nette de ia Fontaine de GigmÊC avec son inscription tradvile par lui en un distique peu flatteur pour les habitants, c^e de ia Falise perdue près de Montagnac, les açaoors de Molière et de la chfttelaîne de Layagnac. Ces récits du Languedoc ont été recueillis par M. Galibert^ de la bouche du Languedocien Cailhaya*, qui se proposait de les publier; on souvenir moins piquant, mais qui aurait drdt à plus de confiance, est celui d'un voyage à Marseillan. On a trouvé, dit-on*, dans les archives de cette petite ville, la mention d'une imposition mise sur elle pour indemniser Molière, qui y avait donné des j-eprésentations. On parle aussi de la quittance d'un voiturier qui avait reçu trente livres pour avoir conduit nos comédiens à ce même Marseillan et les avoir ramenés à Pétenas. Ces deux villes toutefois étant assez éloignées, il se peut que le petit voyage «oit plutdt du temps du séjour à Bériers en i656.

Ce qui, dans tout cela, nous semble le plus intéressant, c'est que, une juste part étant faite aux fables qu'eA venue y mêler l'imagination populaire, la mémoire du passage de Molière est restée dans tout ce pays, et non seulement celle de ses excursions dans les environs <ie Pésenas, mais de son séjour à Pézenas même. La boutique de son perm* quier-barbier Gély est demeurée célèbre. Dans ce qui en a été raconté, il peut bien y avoir quelques broderies, mais tout ne parait pas inventé. Le fauteuil où Molière se tenait assis dans la boutique, pendant que les gens du pays y venaient jaser en se faisant accommoder, est un témoin que son ancienneté recommande ; 6n dit avoir de bonnes preuves qu'il n'a jamais été perdu de vue\ On prisera d'ailleurs

I . Voyez VJSistoire da o^égrimations de MoiUre dans le iJamgm^ doc^ p. 61-9S.

9. Ibidem, p. 81. — M. Taichereau a raconté auMÎ une partie des mêmes anecdotes, p. 17 et x8, d'après des notes manuscrites de M. Astruc, officier de santé à Pëzenas.

3. Voyer une lettre de Poiterin (de Saint-Cristol) à Cailhava, dans les Études sur Molière, p. 3o5-3o7.

Page 1