‹ Notice biographique sur J.-B. MolièreChapitre 86 sur 236 · Par M. Auguste Baluffe · texte numérisé non relu

Par M. Auguste Baluffe

4* La scène vii de Taou II.

Nouis n'oublions pas que dans là même comédie on trouve des baragouins flamand, picard, suisse; mais ils paraissent supposer bien moins une véritable connaissance des langages imités. Monsieur de Pmurceaugnac et la. àomiesse d^RsoarhO' gnas sont les pièces de Molière où sont le plu4 visibles les traces des souvenirs rapportés de la province. On . croirait volontiers qu'elles ont été faites d'après d'anciennes esquisses, sinon d'après fie simples notes, longtemps oubliées dans son portefeuille, ou, comme on disait alors, dans son ca- 6f /!«/, pour en être tirées, l'une en 1669, l'autre en 1671. la Conuesse J Esocirbagnas est regardée comme une preuve d'an ou de plusieurs séjours à Angouléme, qui même, sans cette comédie, nuraient été vraisemblables, mais dont les dates sont incertaines. Pourceaugnac, avec plus d'apparence encore, indic[ue un passage de la troupe à Limoges, 00 l'on a recueilli cette tradition, plus ou moins digne de confiance, qu'elle avait été sifflée' : ce serait l'explication du ridicule jeté sur les Limousins. Le Languedoc, ou nous a laissé notre récit, ne semblait pas devoir nous amener k limoges et à Angoulémé. Mais nous n'avions pas su, en l'absence de documents, où placer ces villes, que MoUère connaissait bien, comme il l'a prouvé dans deux de ses comédies; et nous ne croyons pas qu'on en trouve la mention hors de propos au moment où nous cherchons jusqu'à quel point notre auteur s'est souvenu, pour en tirer parti, de ce qu'il avait' observé dans, les mœurs provinciales. Pourceau' gnac^ d'ailleurs,avec le rôle de Lucette, ne nous a pas éloigné du Languedoc, que l'on a cru retrouver aussi dans les médecins de la même pièce. Ce dernier point toutefois n'est pas certain : on peut se tromper en cherchant dans l'ancienne faculté de Montpellier des modèles qui ont pu tout aussi bien s'offirir ailleurs.

Lorsque Molière quitta Pésenas, il se rendit à Narbonne, où Dassoncy nous a appris qu'il s'était séparé de lui. Son témoignage est confirmé par une délibération du conseil de cette ville, en date du a6 février i656. En voici le texte : « Sur ce que M. le premier consul a représenté cfue

!• Voyez Molière^ sa vie et sa œuvres^ par Jules Claretie, p. 48.

les comédiens de S. k, de Conty, sortant de Pézenasde îoaer pendant la ternie des états, et s'en allant à Bonrdeans pour attendre Son Altesse, où Elle doit aller à son retour de Paris, désireroient de passer quinze jours dans cette ville pour la satisfaction publique; et, comme il n'y a point d'autre lieu i représenter que la grand' salle de la maison consnlaire, ils U demandent, et avec eux toutes les honnêtes gens delairâlle : à l'assemblée d'y délibérer.

« Sur qooi M^ les consuls ayant conféré, ont été d'avis de remercier lesdits comédiens et leur donner la salle*. »

la troupe yenait d'arriver; car la quittance de six mille iirres si^ée par Molière à Pézenas est datée du a4 février*. Le séjour a T^arbonne, qm devait être seulement de quinze jours, se serait prolongé fort au delà, si la continuation de la présence des comédiens était absolument prouvée par un accord passé le 3 mai i656, devant le juge royal de Nar« boDnej entçe MeJchior Dufort et Joseph Cassaignes, d'une part, Molière et Madeleine Béjart, d'autre part'. Cet accord a piqué la curiosité. Malheureusement il ne nous semble pas qu'il sorte une clarté parfiûte des discussions auxquelles il a donné lieu. On nous dit qu'après la session des états, le prince de Conti avait fait remettre à Molière une assignation de cinq mijie livres sur le fonds des étapes de la province*. Molière dans ieméme temps avait reçu six mille livres des états, leur dette étant ainsi payée, pourquoi donc encore les cinq mille livres? Etait-ce la dette personnelle du prince, peutêtre la pension dont il avait pris l'engagement en i653? Et faat-il croire que, ne pouvant ou ne voulant trouver lasonune dans sa bourse, il lui aurait été commode de donner un papier que l'on se serait trouvé dans la nécessité de négocier? La supposition qu'il était le débiteur a été faite, sans que l'on voulût d'ailleurs admettre que le bon pour cinq mille ^yreSf qui n'engageait que la signature de Conti, ait été qua-

T. Voyez le Môliéritte d'avril 1881, p. aa et a3. a. Voyez ci-deMiu, p. 173.

3. Voyez VSistoire des pérégriiuUionâ de Molière dans le Languedûc, p. io5 et 106.

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