‹ Notice biographique sur J.-B. MolièreChapitre 9 sur 236 · ibidem, Documsr Y, p. i5o · texte numérisé non relu

ibidem, Documsr Y, p. i5o

Mouiax, X a

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de U comédie. Désirant en trouYer, il était à peu près certain qu'ils seraient heureax dans leurs recherches. Nons ne donnerons pas pour très sûres les découvertes qu'ils ont faites, et le fussent-elles, les conséquences à en tirer le seraient moins. On ne saura jamais bien à quelle heure la Muse comique a fait à Molière son premier signe. Que c'ait été plus tôt ou plus tard, le génie était en lui, et se serait passé de petites occasions pour s'éveiller. Nous ne devons pas cependant omettre les vieilles traditions, quoi qu'elles vaillent. Celle des amusements du théâtre avidement goûtés par l'enfant, grâce à la complicité de l'aïeul, douteuse peut-être dans le détail, ne paraît pas inacceptable.

Au temps, qui n'a pas été assez précisé, où l'on nous dit que Molière commença à connaître l'Hôtel de Bourgogne, ce théâtre, qui avait recueilli l'héritage des Sots et des Enfants sans^soucif gardait bien des vestiges des Pois pi^ lés» Si l'on y jouait probablement encore la Bradamante de Garnier et les pièces moins anciennes de Hardy, si Mairet y fil représenter Sophonisbe en 1629 et Corneille Mélite la même année, une grande place, la plus grande sans doute, était donnée à la farce, dans laquelle brillaient Turlupin, Bruscambille, Gaultier-Garguille, Gros-Guillaume. Dans les grosses facéties de ces fameux bouffons, plus peut-être que dans les pièces sérieuses du même théâtre, on a voulu nous faire reconnattre les humbles germes que le génie de Molière devait un jour développer merveilleusement. Il est vrai que ses premiers essais ont été des farces ; et qu'au temps même où il eut atteint le sommet de son art, il n'a jamais dédaigné le rire populaire.

Les spectacles de l'Hôtel de Bourgogne n'ont pas été seuls nommés parmi ceux qu'on a cru avoir charmé son enfance ; on a fait remarquer encore que son autre grand-père, son grand-père paternel, possédait deux loges dans l'enclos de la célèbre foire Saint-Germain. Ces loges, ou boutiques de marchands, appartinrent après sa mort à ses héritiers*. On a conjecturé qu'elles aussi avaient donné au jeune

I . Reeherchêt sur Molière, DocTnmrr XXXVII, p. 196. Voyez aussi les Nouvelles pièces sur Molière^ recneilliet par E.Campardon,p. 6.

Poqaelin l'occasion d'être égayé par les booffonneries qui amusaient le peuple de Paris. En effet, la foire Saint* Germain-des-Prés, ou plus tard prit naissance le Thédire de la foire, offrait à la foule qui s'y pressait pendant deux mois environ des représentations données par des troupes d'opérateurs et de bateleurs; La différence n^était sans doute pas très grande entre ces spectacles forains et les farces jouées par les enfarinés de la rue Mauconseil. Ceux-ci n'étaient pas gens à regarder de haut les charlatans de place publique; ils les traitaient plutôt en confrèrei. Dans la première moitié du dix-septième siècle deux opérateurs furent en grande Togue, Bary et l'Onriétan ; on a raconté que Molière aimait k se mêler à la foule attirée par leurs parades. Si ce n'est qu'une légende, il s'en est accrédité sur lui de plus invraîsemblables. Elle a été de très bonne heure recueiJIie, et, comme on peut croire, amplifiée par l'auteur d'Élomire typocondre. Avec sa méchanceté et sa mauvaise foi ordinaires, le Boulanger de Chalussav passe toute mesure, lorsqu'il fait non seulement avouer à Elomire qu'il a étudié des rôles chez les deux ch^drlatans , mais qu'il a brigué une place sur leurs tréteaux ; du moins, s'il le nie pour ceux de Bary, il en tombe d'accord pour ceux de l'Orviétan. La Béjart l'en raille, et l'appelle « le mangeur de vipères ^ ». L'absurdité de la caricature est évidente. Le proverbe « qui dit trop ne dit rien » n'est cependant pas toujours vrai. Si Chalussay n'eût pas connu quelque prétexte à ces grossières sottises, se fût-il flatté d'y faire trouver le moindre sel aux contemporains? Probablement, on se souvenait d'un temps où Molière s'arrêtait volontiers devant les tréteaux de la foire ou du Pont-Neuf. Quel fut ce temps? Éiomire hypo^ candre désigne celui on Molière était liencié en droit. C'est alors qu'on le représente fréquentant les spectacles des opérateurs. Mais ce put aussi être plus tôt : la comédie-pamphlet n'est pas une biographie sérieuse, où il y ait à chercher des dates certaines.

Puisque nous avons interrompu ce que nous commen-

X. Élamire hjrpo€ondrt^ acte IV, scène 11 du Divorce eomique^ p. S% et 83.

so NOTICE BIOGRAPHIQUE

cions k dire da collège de Clermont, pour parler d'une bien différente école, de celle des farceurs soit de l'Hôtel de Bourgogne, soit de la place publique, il faut une fois pour toutes épuiser le sujet. Si Ion peut croire assez vraisemblable que Molière a suivi cette école-*là dans son enfance et avant ses études savantes, il est incontestable que plus tard, et même étant déjà comédien, il prenait plaisir à la verve des bouffons, à leur comique, très bas sans doute, mais parfois plein de sel dans sa naïveté populaire. Il goûta surtout Tiberio Fiurelli, ce fameux Scaramouche, dont il est dit dans Élomire hxpocondre - i\M*t\om\Tt étudiait « le miroir en main » les contorsions et les postures*. En tête de la pièce une gravure nous montre « Scaramouche enseignant, Molière estudiant. » On peut citer k l'appui de cette tradition le quatrain gravé sous le portrait de Scaramouche qui orne sa Fie écrite par Angelo Constantini :

Cet illustre comédien Atuignit de son art l'agréable manière.

// fut le maure de MolUre^ Et la nature fut le tien.

Les témoignages concordent. On remarquera que le talent de l'acteur est celui qu'ils attribuent aux bouffons la gloire d'avoir formé chez Molière. Il est toutefois difficile de croire qu'il se soit borné à demander aux maîtres de la farce le secret de leur jeu, et n'ait pas, en même temps, fait son profit de leurs plus facétieuses idées. Lorsqu'on lit dans la préface des Véritables Prétieuses de Somaize qu'il « tire toute sa gloire des Mémoires de Guillot-Gorgeu *, qu'il a achetés de sa veuve et dont il s'adapte tous les ouvrages », on hausse les épaules ; mais cette méprisable accusation ^espérait trouver appui dans l'opinion répandue que l'auteur, et non pas seulement le comédien, devait quelque chose aux célèbres farceurs. Au surplus, Molière n'a jamais

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