‹ Notice biographique sur J.-B. MolièreChapitre 90 sur 236 · Registre, p · texte numérisé non relu

Registre, p

3. Le comte de Bioule ou de Bieule ne présidait pas les éuts, mais les tenait conune eonunissaire du roi. L'inexactitude du Registre sur ce point est sans iAiportance. Voyes notre tome I, p. 385, note 4.

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de compter sur des juges éclaires. Aucun témoignage cependant ne nous apprend si ces juges reconnurent -tout le prix de l'œuvre charmante ; et l'on a été tenté de craindre que Molière n'ait chanté à des sourds, lorsqu'on a yu ces états de Béziers traiter la troupe avec une dureté qui poa« vait parattre offensante. Dans leprocès-verhalde leur séance du i6 décembre ils firent insérer cette délibération : • Sur les plaintes c[ui ont été portées aux états par plusieurs députés de l'assemblée, que la troupe des comédiens qui est dans la ville de Béziers fait distribuer plusieurs billets aux députés de cette compagnie, pour les faire entrer k la comédie sans rien payer, dans l'espérance de retirer quelque gratification : a été arrêté qu'il leur sera notifié par Loyseau, archer des gardes du Roi en la prévôté de l'hôtel, de retirer les billets qu'ils ont distribués, et défaire payer, si bon leur semble, les députés qui iront à la comédie, l'Assemblée ayant résolu et arrêté qu'il n'y sera fait aucune considération, et défendu par exprès à messieurs du bureau des comptes de, directement ou indirectement, leur accorder aucunes sommes, ni au trésorier de la bourse de les payer, à peine de pure perte et d'en répondre en son propre et privé nom. » Mais ne nous hâtons pas d'accuser de barbarie les députés si décidés à refuser toute gratification. D'abord, il est peu probable que la pièce nouvelle fût déjà connue; et puis, dans la pensée des états, il j avait sans doute moins un parti pris contre les comédiens, qu'une protestation contre une comptabilité irrégulière. Les libéralités qu'un bon plaisir trop sans façon leur avait imposées dans la session précédente les mettaient de méchante humeur. C'est donc vraisemblablement à ceux qui prétendaient disposer sans droit de leur bourse qu'ils voulaient donner une leçon. Us étaient las de se laisser tondre, ainsi qu'ils le montrèrent par un autre acte de sévérité auquel personne ne contestera l'à-propos, comme on pourrait être tenté de le contester à celui du i6 décembre. Joseph Béjart, qui avait reçu en février i656 quinze .cents livres pour son Recueil de titres ei blasons^ avait pris goût à des hommages si bien payés, U les renouvela en offrant aux états un supplément à ce travail lucratif; mais il ne tira d'eux

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cette fois cpe cinq cents livres, et ils lui donnèrent cet ayer^ tissement, consigné dans le procès- verbal du i6 avril 1657, qn i l'avenir on ne prendrait en considération aucun livre qu'il présenterait, sans avoir reçu de l'assemblée l'ordre exprès de le composer.

Ne cherchons pas la première représentation à Béziers du Dépit amoureux au delà de Tannée i656, marquée , nous XvwM dit, dans le Eegistre de La Grange. Nous la croyons da jDoîs de décembre, après le 16, étant vraisemblable que \m Mtis refusés à cette date avaient été distribués pour cetXt comédie.

Qae tout le mérite en ait été senti ou non à *Béziers, il Test aujourd'hui unanimement, il le fut même, comme nous aurons à le dire, dès qu'on la joua à Paris, deux ans après. Molière j avait, comme dans V Étourdi^ imité un modèle italien, mais, cette fois, moins bien choisi, V Interesse de Jiicolo SecchL Avoir empêtré son génie dans un mauvais imhrogUo fîit mie faute, imparfaitement atténuée par le bon goût qui en corrigea les traits les plus choquants et par •l'élégante facilité du style. L'erreur de Molière lui fut du moins utile, si, lorsqu'il l'eut reconnue, elle le décida à ne s'inspirer désormais qu'avec une originalité plus libre d'un théâtre qui l'égarait loin de sa véritable voie. Mais U y a beaucoup mieux à dire : nous n'avons pas eu tort d'appeler tout à l'heure sa seconde comédie une « œuvre charmante » ; elle l'est en effet, en dépit du méchant modèle. Bien loin que Molière, depuis son premier et brillant essai, eût fait un pas en arrière, le second fut un progrès : on sait grâce à quelle heureuse idée. Pour sortir de la route ingrate où semblait l'avoir engagé sans issue le choix du sujet, il s'avisa d'introduire dans la pièce imitée quelques scènes, qui, tout accessoires qu'elles semblent, se sont trouvées être, à elles seules, une petite comédie, un délicieux chef-d'œuvre. Il s'y révèle l'heureux imitateur, non plus du théâtre italien, mais de Térence et d'Horace, ces peintres si vrais et si fins des brouilleries et des raccommodements de l'amour. Disons ce qui n'appartient qu'à lui seul. Après le naïf duo de colère jalouse, puis de tendresse repentante qui rend les armes, il l'a fait répéter

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sur un ton bien différent par des bouches popuiûres, ignorantes de toute délicatesse dans l'expression de leurs sentiments. C'est du meilleur comique ; et il n'y a pas \ï I seulement une plaisante parodie, mais la mise en action de | cette vérité, digne du poète philosophe, que la bassesse même | de l'expression laisse reconnaître les mouvements naturels i de la passion, semblables dans toutes les conditions, qu'eu un mot, comme Molière l'a dit ailleurs, « il est toujours de l'homme dans tous les cœurs * ». Ce fut vraisemblablement après avoir achevé sa pièce, rapidement écrite, et peut-être commencée sans qu'il eût alors pensé à rien ajouter ii celle de l'auteur italien, qu'il se décida à lui donner le titre du Dépit amoureux^ sentant bien dans quelles scènes il avait mis sa vraie marque, cette marque dont on est là plus frappé encore que dans l'Étourdi, La Harpe a dit justement que dans la partie excellente de sa seconde comédie, Molière « fait voir les premiers traits du talent qui lui était propre », et que des scènes si parfaites « annonçaient l'iiomme qui allait ramener la comédie à son but, à l'imiution de la nature* ».

Avec rÉtourdi et le Dépit amoureux, Grimarest nomme les précieuses ridicules comme représentées avant le retour de la troupe à Paris. « Cette pièce, dit-il, quoique jouée dans les provinces pendant longtemps, eut cependant à Paris tout le mérite de la nouveauté. » Voltaire a dit semblablement dans le sommaire des Précieuses qu'elles avaient été a faites d'abord pour la province' »; et dans sa F'ie de Molière, il veut qu'elles aient été représentées, aussi biea que V Étourdi et le Dépit amoureux, devant le 'prince de Gonti*. Des lignes qui précèdent immédiatement on devrait conclure que ce fut en i6S6, à Béziers, où Voltaire croyait que les états de Languedoc avaient été tenus par Conti. Il ignorait qu'ils avaient été assemblés, non par le prince,

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