‹ Notice biographique sur J.-B. MolièreChapitre 93 sur 236 · I. Préface^ p. xr · texte numérisé non relu

I. Préface^ p. xr

singes « de petites bonrgeoises parisiennes. Il reste /donc rcmirqoakle «pi'elles soient des provinciales. On peut trouver ttgnîficttif aussi le nom de MascariUe, qu'à Paris, du moins après cette comédie, Molière a laissé de côté, et qui peut paraître là nne dernière trace de son théâtre de province. MasciriOe est dans le Réeii de Mlle des Jardins. Le faux YÎeomte, son ami, n'y est pas nommé, non plus que les deoz amants rebutés. Si, au lieu d'y être anonymes, ces personnages avaient été désignés par les noms qu'ils ont portés depuis 1659, il n'y aurait plus à douter que le Récit neât été écrit à Paris, puisque c'est à Paris seulement ^e La (jrange, du GroUy et Jodelet sont entrés dans la troupe. Le hasard y a mis de la malice, si c'est lui qui nous a privés, dans le petit écrit, d'an moyen facile de mettre la province hors de cause. Puisque nous en sommes sur les noms, notons encore, sans prétendre toutefois trouver là rien de décisif, que Cathos et Madelon, suivant l'auteur du Mécii^ demandent à leur père d'être appelées ClymèneetPhilimène, et non, comme plus tard, Polyxène et Aminte. Ces changements de noms ne nous apprennent pas, il est vrai, où et quand la pièce a subi des transformations. En résumé, l'on a, ce semble, quelques raisons de regarder comme tout au moins spécieuse la conjecture d'Edouard Foumier, que le Bécit de MUe des Jardins a été écrit, non à Paris, mais dans quelqu'une des villes où elle rencontra Molière et sa troupe ambulante. Nous n'irons pas jusqu'à dire qu'il y ait là des preuves assez fortes pour trancher la question ; elle est une de celles qui sont en suspens devant le juge.

Les jours qui virent le génie de Molière s'annoncer brillamméht en province par deux comédies, peut-être par trois, étaient comme les avant-coureurs de celui qui bientôt ramènerait le poète à Paris, où il y aurait un théfttre digne de ses «uvres. Voici donc nos regards déjà tournés verA cette perspective. Il faut cependant attendre encore quelque temps /occasion favorable qui ouvrira enfin aux fondateurs de rUlustre théâtre le retour définitif dans la ville d'où la mauvaise fortune les avait exilés.

La troupe n'attendit pas, pour quitter Béziers, la clôture de la session des états; car il est certain qu'elle était à Lyon

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en mai 1657, un mois avant cette clôture. Avant de s'y rendre, s'était-elle affrétée à Ntmes, comme on l'a pensé? La preuve qui en a été proposée est contestable. Le i a avril, Madeleine Béjart, qui poursuivait le jugement d'une obligation de trois mille deux cents livres souscrite par un certain Antoine Banlier, receveur des tailles, avait o|>tenu du juge en la cour de Ntmes une permission de poursuivre l'exécution de cette obligation^ Mais il faudrait savoir si sa présence avait été nécessaire ; et, même dans ce cas, il a pu suffire d'un court voyage, fait de Béâers à Nîmes par elle seule, tandis que les autres comédiens continuaient leur route vers Lyon, ou y étaient déjà arrivés. Au sortir de Béziers, des séjours plus ou moins longs à Montpellier, à Nîmes, à Avignon, à Orange, ont été indiqués, sans que l'on ait cité de documents qui les attestent, si ce n'est pour Nîmes; mais nous venons de faire remarquer combien la sentence qui y fut obtenue est peu décisive. U en est autrement de la présence de la troupe à Lyon, au printemps de 1657. C'est le prince de Gonti luimême qui nous<a rendu le service de la constater. De Lyon, où, après avoir séjourné l'année i656 à Paris, il fut de passage, pour aller prendre avec le duc de Modène, notre aUié, le commandement de l'armée d'Italie, il écrivait le i5 mai 1657 à l'abbé de Ciron : « Il y a des comédiens ici qui portaient mon nom autrefois : je leur ai fait dire de le quitter, et vous croyez bien que je n'ai eu garde de les aller voir*. 9 Ce ne dut pas être une surprise pour Molière qui, depuis les entretiens, nullement ignorés, du protecteur avec l'évêque d'Aleth à Pézenas, en i656, n'avait plus à attendre que l'heure oh la disgrâce serait déclarée. Ce qu'il en pensa, comment il la ressentit, on ne peut que le conjecturer ; mais il serait peu étonnant que les pieux motifs de cette rigueur eussent médiocrement édifié* un homme que sa profession, son genre de vie et les leçons reçues autrefois dans la maison de Luillier n'avaient pas disposé à la dévotion. On trouverait là, sans trop d'invraisemblance,

I. Recherches sur Molière^ p. 48, et DocUMnr XLII, cote deux, p. a54.

a. Port-Moyal^ tome V, p. 3.

une des explications des « bigots mis en jeu^ » Le Traité de la comédie du prince de Conti ne fut imprimé qu'en 1666, après la mort de son auteur ; le Tartuffe est d'une date antérieure ; mais on voit dès quel temps la sensible blessure avait été faite. On douterait moins encore que le souvenir de cette blc[ssure ait été pour beaucoup dans le sanglant coup de fouet de 1664, si l'on admettait, avec l'abbé de Choisy et avec Saint-Simon, que Molière ait eu particulièrement en vue, comme modèle de son hypocrite, un des domestiques do prince de Conti, le grand vicaire de ses abbayes, l'abbé de Hoquette. Il est difficile que le bruit qui en courut si généralement n'ait pas averti le prince que sur le dos d'un de ses familiers c'était à lui qu'on avait voulu rendre coup pour coup. Pour Conti, rendons-lui cette justice, il ne fut nullement lui-même un tartuffe. Quelque étrange que soit le contraste entre ses anathèmes contre la comédie et le goût si vif qu'il avait eu pour elle, entre la vie de désordres qui avait succédé à sa première vocation ecclésiastique et son zèle final de converti, sa conversion fut sincère.

Au moment où Molière fut abandonné et renié par le protecteur de sa troupe, il parattrait s'être souvenu de celui qui l'avait été avant Conti; car après Lyon, il alla à Dijon, où était Épemon, gouverneur de la Bourgogne depuis le mois de mai i65i'. Les anciens comédiens de ce duc purent y retrouver avec lui Nanon de Lartigue, dont il ne s'était pas séparé. Us obtinrent, le i5 juin, la permission du conseil de ville de Dijon de donner des représentations dans le tripot de la Poissonnerie*. Le titre de Comédiens du prince de Conti leur était conservé dans cette permission, soit qu'on l'eût rédigée sans connaître encore la défense qui leur avait été faite de continuer à le prendre et peut-être sur une demande adressée de Lyon au conseil avant la signification de cette défense, soit que la troupe n'ait pas craint de différer

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