SUR JOACHIM DU BELLAY. XVI
non comme poète, mais en qualité d'administrateur et d'homme d'affaires. Le cardinal, son parent, à qui il avait dédié son premier livre, la Deffence de la langue francoyfe , recherchait fort les personnes qui à une grande capacité joignaient beaucoup d'indépendance , des idées hardies et un haut mérite littéraire. Envoyé à Rome au mois de janvier i534, au sortir de son ambassade en Angleterre, il y avait emmené, comme médecin, Rabelais, qui ne demeura près de lui que six mois; près de vingt ans après, vers ibSi^'û. s'attacha Joachim Du Bellay^ -qu'il garda quatre ans et demi en Italie *.
A en croire le poëte, il commença ce funeste voyage sous les plus tristes auspices :
. . . Sur le fueil de Vhuis, d^vn finijlve prefage, le me bleffay le pied fortant de ma mai/on,
nous dit-il dans ses Regrets^. Une pièce de vers intitulée : D'vn fonge qiCil feit pajfant à S. Saphonn ', entre Roanne et Lyon , nous le montre ne pouvant dormir, se retournant « fur l'hofteliere plume » et voyant apparaître Guillaume Du Bellay, seigneur de Langey, frère du cardinal, qui, parti du Piémont en litière et fort malade, pour donner d'importants avis au Roi, avait expiré dans ce bourg le 9 janvier i5^3. Il ne faudrait pas prendre trop au sérieux le détail de ces récits où percent encore les imitations classiques, mais nous voyons du moins, à n'en point douter, que Du Bellay fut assez sérieusement malade pendant ce voyage, qu'il fut pris de fièvre, de délire, et ne fut guéri que
T. Voyez tome II. p. 25o, sonnet CLXVI, et ci-après le n" I de V Appendice.