‹ Notice biographique sur La FontaineChapitre 108 sur 153 · I. DaDs la scène xi · texte numérisé non relu

I. DaDs la scène xi

La Fontaine, z j

cxLvi NOTICE BIOGRAPHIQUE

l'intérêt qu'il pourrait offrir, si, clairement et franchement, il nous mettait à même de mesurer une erreur de son talent; et le seul qui lui reste est un intérêt biographique. Il témoigne des liaisons dans lesquelles il se compromettait.

On a peut-être fait attention que la première en date de ces pièces était dans sa nouveauté tout juste au moment où la Fontaine fut reçu à l'Académie. Il était heureux qu'elle fût donnée sous le nom seul de Champmeslé. Se présenter, escorté de Ragotin, dans l'illustre Compagnie, n'eût pas été d'un bon effet pour notre poète, quand on l'invitait à laisser ses Contes à la porte, malgré le charme et le goût si fin de leur style.

La Fontaine, à cela près qu'il était à surveiller dans ses écarts, fut toujours très-aimé de la plupart de ceux qui l'avaient fait siéger au milieu d'eux. Lui-même se plaisait beaucoup dans leurs assemblées. Il trouvait même, et il l'a dit, qu'on s'y amusait*, bien que l'on y dormît quelquefois :

Nous.... dormons comme d'autres,

Aux ouvrages d'autrui, quelquefois même aux nôtres*.

Cela n'était pas pour lui être désagréable. Pavillon, crayonnant^ suivant son expression, une de ces assemblées, disait :

La Fontaine n'y peut parler, Il dort^

Il se réveillait pourtant, quand il le fallait. Nous le trouvons même, lui d'ordinaire très-paisible, mêlé à deux querelles de l'Académie, où il fit bien son devoir. Dans l'une d'elles, il lui échut de recevoir tout particulièrement les coups. Ce fut dans celle de Furetière.

Elle éclata très-peu de temps après la réception de la Fontaine. L'abbé Furetière, par son Dictionnaire, qui était un attentat contre le privilège de sa compagnie, obtenu le 28 juin 1674, se mit en guerre avec elle. Après avoir en vain négocié avec le confrère révolté, l'Académie décida son exclusion dans

I. Lettre à Maucroix, du 10 février lôgS, a. Lettre à M. de Bonrepaux, 3i août 1687. 3. Lettre à M. fabbé Furetière, dams les OEuvres d^ Etienne Pavillon, Amsterdam, i75o, in-ia, i" partie, p. 144-

SUR LA FONTAINE. cxlvii

la séance du ">.•>. janvier i683. La Fontaine y était présent. Il était ami du coupable; mais il sentit trôs-bien que l'amitié ne devait pas prévaloir contre le droit, plus ou moins fâcheux, mais certain, de son corjis ; et il eut la fermeté de voter pour l'exclusion. C'est toutefois de faiblesse, si l'on en croyait Brossette*, que l'aurait accusé Boilcau, pour n'avoir pas tenu compte d'une ancienne liaison ; et c'est à l'occasion de cet acte de bon académicien, et en pensant à l'esprit de société qu'on s'accordait à refuser au poète, qu'il aurait dit :

Que les vers ne soient pas votre ëternel emploi \ Cultivez vos amis, soyez de bonne foi.

C'est peu d'iitre agréable et cliarmant dans un livre, Il faut savoir encore et converser et vivre*.

« On dit pourtant, pour la justification de la Fontaine, ajoute le commentateur dans la même note, qu'il avoit bien résolu d'être favorable à Furetière, mais que, par distraction, il lui avoit donné une boule noire. » Refusons, avec Mathieu Marais', d'ajouter foi à ce double conte de la désapprobation de Boileau et de l'erreur sur la couleur de la boule. Furetière ne se serait pas livré à tant de fureurs contre notre poète, s'il n'avait cru qu'à une maladresse de sa rêverie. Nul doute qu'il n'ait su très-volontaire la boule noire. Nous avons eu déjà plusieurs occasions de citer des passages de ses odieux factums. Il aurait pu être intéressant comme victime d'un ridicule monopole ; ses grossières injures n'ont plus laissé voir en lui qu'un Zoïle. La Fontaine se contenta de répondre à l'une des moindres accusations de l'atrabilaire par une épigramme et à un malhonnête sonnet, écrit par lui sur bouts-rimés, par un semblable jeu d'esprit, qui n'était pas plus charitable. Furetière, dans ce duel de satires, trouva des seconds. On cite une épigramme contre la Fontaine où il est comparé à Judas, comme

un semblable traître,

Qui vend son bon ami pour gagner trois jetons*.

I. Dans sa note sur le vers 121 du chant iv de Y Art poétique^ OEuvres de M. Bo'deau-Despréaux .... (Genève, 17 16), tome I, p. 346. a. Art poétique^ vers iai-i34'

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