‹ Notice biographique sur La FontaineChapitre 109 sur 153 · Œuvres inédites de J. de la Fontaine, p. Sao · texte numérisé non relu

Œuvres inédites de J. de la Fontaine, p. Sao

cxLviii NOTICE BIOGRAPHIQUE

L'amour de ces malheureux jetons était le reproche banal que volontiers, en ce temps-là, on jetait à la tête des académiciens. Mais la Fontaine, à l'Académie, comme ailleurs, montrait un désintéressement que Louis Racine a loué et dont il a cité cet exemple : « Il entroit à l'Académie, et la barre étant tirée au bas des noms, il ne devoit pas, suivant l'usage, avoir part aux jetons de cette séance. Les académiciens, qui l'aimoient tous, dirent d'un commun accord qu'il falloit, en sa faveur, faire une exception à la règle : « Non, Messieurs, leur « dit-il, cela ne seroit pas juste. Je suis venu trop tard, c'est « ma faute. » Ce qui fut d'autant mieux remarqué qu'un moment auparavant, un académicien extrêmement riche, et qui, logé au Louvre, n'a voit que la peine de descendre de son appartement pour venir à l'Académie, en avoit entr'ouvert la porte, et, ayant vu qu'il arrivoit trop lard,... étoit remonté chez lui *. » L'autre querelle'académique ne devint pas un scandale comme celle qu'envenimèrent les facturas de Furetière. Charles Perrault, qui la souleva, le 27 janvier 1687, par la lecture de son poëme du Siècle de Louis le Grand dans une séance de l'Académie, était fort loin d'avoir les emportements du virulent abbé. Son manifeste contre l'antiquité, qui ne fut pas du goût des plus illustres de ses confrères, appartient à l'histoire de la guerre des anciens et des modernes. On a souvent raconté la colère de Boileau, les malices de l'ironie de Racine. Si la Fontaine laissa parler ses amis, il partageait leur sentiment, et ne tarda pas à témoigner qu'il se rangeait sous le même drapeau. Quelques jours après l'orageuse séance, il écrivit sa belle épître à Daniel Huet, un des académiciens défenseurs déclarés de l'antiquité, en lui envoyant un Quintilien traduit par Toscanella, Les souvenirs de Huet l'ont trompé sur la date du présent de son confrère ^ ; mais il a très-bien dit, dans ses Mémoires ^ pour la défense de quelle cause avaient été écrits les charmants vers de la Fontaine. On pourrait traduire

I. Mémoires sur la vie de J. Racine^ dans les OEuvres de Jean Racine^ tome I, p. 3i6 et 837.

j. D semble donner pour cette date l'année 1674; mais VÉpitre de la Fontaine est adressée A Mgr l'évêque de Soissons, Huet ne fut nommé à cet évéché qu'en i685. Il devint évêque d'Avranches

SUR LA FONTAINE. cxnx

ainsi son élégant latin, sans prétendre égaler la justesse de ses expressions' : « Jean de la Fontaine, cet auteur de fables pleines degrûce et de finesse, mais parmi lesquelles il y en a d'un peu trop licencieuses*, ayant appris que je désirais avoir la traduction italienne des Institutions de Quintilien^ ouvrage d'Orazio ïoscanella, ne se contenta pas de m'en faire le don généreux, mais accompagna son présent d'un brillant morceau poétique qu'il m'adressa, et dans lequel il s'élève contre la folie de ceux qui opposent et même préfèrent le siècle présent à l'antiquité. En quoi l'on peut admirer la candeur de la Fontaine; car, bien qu'il se soit placé parmi les plus délicieux écrivains de notre nation, il a mieux aimé plaider contre luimême que de frustrer les anciens de l'hommage qui leur est dû '. »

Il ne nous est pas aussi agréable d'avoir à suivre la Fontaine dans d'autres sociétés que celle de l'Académie, dans des sociétés moins graves, moins sages, et qui ont fait moins d'honneur à son illustre vieillesse. On peut regarder cette vieillesse sous deux aspects différents. Elle a été très-anacréontique, très-semblable à celle qui lui avait autrefois paru si heureuse chez son parent, le Pidoux de Chdtellerault. Il faut parler franchement: elle n'a pas été un modèle de dignité, lorsqu'on ne la voit que dans son épicurisme, dans ses faiblesses, dont même les moins inexcusables n'étaient plus de saison, enfin dans la nécessité, où la mit de plus en plus une négligence

en 1689. Il est certain que l'épître est de 1687 et que le poëme de Perrault en fut l'occasion. Elle fut imprimée séparément, dans le format in-4°, en 1688.

I. Mathieu Marais (p. 64 et 65) a donné le texte latin de ce passage des Mémoires de Huet, intitulés Petr. Dan. Huetd Commentarius de rébus ad eum pertlnentibus (Amsterdam, 1718, in- 12).

1. Sous le nom de Fables [fabularum) il est clair que Huet entend aussi parler des Contes, car il n'y a pas de fables de la Fontaine qui soient licencieuses.

3. On peut voir ce même passage aux pages 194 et igS de la traduction que M. Charles Nisard a donnée des Mémoires de Daniel Huet, I vol. in-S», Paris, Hachette, i853. Nous regrettons de ne pas l'avoir eue sous les yeux, avant d'avoir fait imprimer cette page.

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