Tome II, p
6. Jal, Dictionnaire critiijue de biographie et d'histoire, p. 74^'
SUR LA FONTAINE. cxcv
un coup douloureux pour la Fr)ntaino. Lorsqu'il fut rétabli, il lui fallut quitter cette maison, si louf^'lenips hospitalière, de la rue Saiut-Ilonoré. On raconte* qu'il se préparait à en sortir, lorsqu'il rencontra M. d'IIervart, qui lui offrit de venir demeurer chez lui. « J'y allais, » ré[)ondit-il. C'est un des mots les plus charmants qu'ait jamais inspirés l'amitié confiante. 11 est (ligne de l'auteur de la fable des Deux Jmrs; et cette fois nous ne craif,'nons guère d'avoir affaire ;\ la légende, qui n'a pas coutume d'inventer si bien. L'hôtel d'Hervart, qui s'ouvrit alors à l'illustre vieillard et fut l'abri de ses derniers jours, était situé rue de la Plâtrière^. Mignard l'avait décoré de deux plafonds peints, l'un sur toile, l'autre à fresque. Le premier représentait l'apothéose de Psyché, le second quelques traits de l'histoire d'Apollon^. La Fontaine ne prévoyait pas qu'il finirait sa vie dans cette somptueuse demeure, le our où il disait :
Je ne dormirai point sous de riches lambris.
Mais voit-on que le somme en perde de son prix*?
Au reste le doux somme et le bienfaisant repos peuvent se trouver aussi dans les riches hôtels, voire dans les palais, quand on y sent près de soi la tendre amitié ; et, quoique le poète fût d'humeur à se contenter d'un humble toit, il ne dut
1. Voyez la note i8 d'Adry sur la Fie de la Fontaine par Fréron, p. XXVIII. Adry dit que ce trait est rapporté par Marmontel; il n'indique pas où, et nous ne l'avons pas trouvé. La plus ancienne mention que nous en ayons pu constater est dans VEloge de la Fontaine par Chamfort (1774).
2. Aujourd'hui rue Jean-Jacques Rousseau. Cet ancien hôtel d'Épernon était devenu l'hôtel d'Hervart (appelé quelquefois par corruption Dherval ou Derval)^ depuis que Barthélémy Herwarth l'avait acheté, et fait reconstruire plus somptueusement. Il fut ensuite acquis par Fleuriau d'Armenonville, qui le fit, à son tour, rebâtir, et enfin par Louis XV, en 1757, pour y établir l'hôtel royal des Postes.
3 Piganiol de la Force, Description historique de la ville de Paris, 1770), tome III, p. 217-223. Voyez aussi la Fie de Pierre Mignard^ par l'abbé de Monville (1730), p. 87-90.