I. Lettre du 5 septembre i
a. Lettre du 3 septembre i663.
Lxxvi NOTICE BIOGRAPHIQUE
m'attachai tellement à la lecture de Tite-Live, qu'il se passa plus d'une bonne heure sans que je (isse réflexion sur mon appétit. Un valet de ce logis m' ayant averti de cette méprise, je courus au lieu où nous étions descendus, et j'arrivai assez à temps pour compter. » Cette rêverie sur le monument du « bon apôtie de roi », puis cette docte lecture, à laquelle son esprit s'appliquait avec ardeur, prouvent que ses distraclions avaient ordinairement pour cause l'intensité de sa pensée. Mathieu Marais ne les a pas mal nommées philosophiques . Il en donne un autre exemple intéressant : « La Fontaine étoit à
Antony avec ses amis Il ne se trouva point à dîner, un jour ;
on l'appela, on le sonna, il ne vint point. Enfin il parut après le dîner ; on lui demanda d'où il venoit. Il dit qu'il venoit de l'enterrement d'une fourmi ; qu'il avoit suivi le convoi dans le jardin, qu'il avoit reconduit la famille jusqu'à la maison (qui était la fourmilière), et fit là-dessus une description naïve du gouvernement de ces petits animaux'. » N'est-ce pas bien là celui qui, grimpé sur un arbre, pour y foudroyer les lapins, s'oubliait à observer leurs mouvements et leurs mœurs* ?
Dans la dernière lettre écrite pendant son voyage et datée de Limoges, qui en était le terme, le 19 septembre i663, la Fontaine disait : « Il ne reste à vous apprendre que ce qui concerne le lieu de notre retraite : cela mérite une lettre entière. » A-t-il écrit cette lettre? Elle ne s'est pas retrouvée. II semble qu'il se proposait de partager, au moins pendant quelque temps, l'exil de son oncle. Quant à le croire relégué lui-même, il n'y a pas la moindre apparence :
Les petits en toute affaire Esquivent fort aisément 5.
Il n'a jamais été grand que sur les domaines poétiques; il n'avait pas l'embarras d'u/ze tête empanachée.
L'indication du moment précis de son retour nous manque. Ce fut sans doute à la fin de i663 ou au commencement de 1664. Walckenaer dit 'que ce retour le ramena d'abord à Châ-
I . Histoire de ta vie et des ouvrages de J. de la Fontaine, p. laaetial.
a. Les Lapins, fable xv du livre X.