‹ Notice biographique sur La FontaineChapitre 59 sur 153 · Tome I, p · texte numérisé non relu

Tome I, p

SUR LA l'OiNJAINB. j.xxvii

lo.'iii-Tliiony.ccoù se trouvait la diuliesse de Bouillon. » Il n'y a rien là (|ii(! de fort piohahle. Il ne restait jamais très-lonf,'tetn|)S sans venir laiicî (|nel(|iie Sf'Jour dans sa ville natale. Déjà, depuis la cliulo de Koucquct, il y était rentré en 1662, année où, pour nsin-pation de noblesse, il fut en butte aux persécutions «lu partisan Cornay * :

J'étois lors en Champagne,

Dormant, rêvant, allant par la campagne*.

Dès lors, et sans avoir attendu son retour du Limousin, il avait pu voir, à Château-Thierry, la jeune femme qui, le 20 avril 1662, était devenue duchesse de Bouillon. Dans son épître au duc, dont il demandait la protection contre Cornay, il souhaitait aussi l'entremise de la duchesse, dont il vantait le cœur, l'esprit, le don de charmera Nous supposerions volontiers qu'avant même son mariage elle le connaissait. De très-bonne heure elle rechercha les beaux esprits , qui la louaient à l'envi comme une petite Muse : c'est le nom que lui donne Bensserade dans le Ballet des Saisons^ dansé en 1661. Loret, dans une lettre en vers du 22 avril 1662, se glorifiait d'avoir eu d'elle maint doux regard, qu'il savait n'être point pour sa personne, mais « pour sa rime. » La Fontaine, dont la rime était un peu meilleure, avait probablement rencontré un de ces coups d'œil favorables, dans les années de sa renommée poétique à la cour de Vaux. A quelque moment qu'il ait été admis près de la spirituelle duchesse, il la trouva bientôt très-gracieuse pour lui. Il ne manqua pas de lui offrir son encens. Il le lui devait, comme à la protectrice naturelle de Château-Thierry, qui reconnaissait pour ses seigneurs les ducs de Bouillon, depuis que Frédéric-Maurice de la Tour, frère de

1. M. Louis Moland {OEuvres de la Fontaine^ tome VII, p. xxxii) dit qu'il y eut deux factums pour la Fontaine contre Cornay, et que M. Benjamin Fillon a donné (nous ignorons où) le titre du second : Deuxième factum pour Mire Jean de la Fontaine, maistre particulier des eaux et forests de Cliasteau-Tliierrjr, ou Response aux dits du sieur Cornay de la P'allée^ in-4° de 7 pages (sans nom de lieu ni d'imprimeur et sans date). Nous n'avons pu trouver ce factura que M. Fillon semblerait avoir eu sous les yeux.

2. Epître Au duc de Bouillon, vers 55 et 56. — 3. Vers 140-142.

Lxxviii NOTICE BIOGRAPHIQUE

Turenne, avait reçu (i65i) les duchés de Château-ïhierry et d'Albret en échange de sa principauté de Sedan. De nouvelles provisions de l'acte d'échange avaient été données à son fils Godefroy-Maurice, en 1662, l'année même où il épousa une des nièces de Mazarin, Marie-Anne Mancini, la jeune duchesse dont nous parlons. Cette signora Anna avait aux hommages de la Fontaine d'autres titres encore que ceux de sa seigneurie de Champagne. Nous avons dit qu'elle aimait les vers; et puis, notons ces deux points auxquels notre poète n'était point indifférent, elle était jolie et sans pruderie. On sait que le temps ne se fit pas beaucoup attendre où elle n'en eut vraiment pas assez. Il y avait plaisir à lui faire sa cour. Dans une lettre mêlée de vers, que lui écrivit la Fontaine en 1671^, le poëte vantait familièrement sa vivacité aimable, son « pied blanc et mignon, » sa « brune et longue tresse, » qui lui paraissait « un charme. » La dédicace à la même duchesse des Amours de Psyché (1669) est d'un autre style tout à fait respectueux, le seul assurément qui là ne fût pas déplacé. On pourrait cependant aussi avoir à tenir compte de la différence des deux dates et croire que le poète ne fut pas tout d'abord au degré de faveur qui, plus tard, en 1671, autorisait ce langage de la galanterie :

La mère des Amours et la reine des Grâces, C'est Bouillon, et Vénus lui cède ses emplois*.

1. Elle fut publiée à la Haye en 1694. Ces vers de la lettre :

Peut-on s'ennuyer en des lieux Honorés par les pas, éclairés par les yeux D'une aimable et vive princesse...,

ont été répétés par la Fontaine dans la fable des Deux Pigeons :■

les lieux

Honorés par les pas, éclairés par les yeux

De l'aimable et jeune bergère

Pour qui, sous le fils de Cjthère, Je servis engagé par mes premiers serments.

Là, si on lit tout le passage, la Fontaine, dans un langage ému, parle (chose rare chez lui) d'un sérieux amour. Mais, de l'emprunt qu'il s'est fait à lui-même, il ne faudrait pas conclure que la bergère, si tendrement aimée, ait été la duchesse de Bouillon. Aucun fait connu ne justifierait cette supposition.

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