‹ Notice biographique sur La FontaineChapitre 64 sur 153 · A la page déjà citée de ses Mémoires · texte numérisé non relu

A la page déjà citée de ses Mémoires

4. Ibidem. — Boileau, dans la Dissertation, dont il va être question, dit cent pistoles.

5. Voyez V Histoire de la vie et des ouvrages de Molière par Taschereau (5« édition), p. i3o. « M. de Bouillon, y est-il dit, était mort secrétaire de Monsieur, » Il eût mieux valu dire : a de feu Monsieur, » On pourrait croire qu'il s'agit du frère de Louis XIV, d'autant plus que Taschereau continue ainsi : « en celte qualité, il avait été à même de rendre plus d'un service à Molière et à sa troupe. Il n'était probablement pas étranger aux nombreux témoignages d'intérêt que le prince, leur patron, leur avait prodigués. » Cela ne semblerait-il pas s'appliquer à Philippe de France plutôt qu'à Gaston? Celui-ci toutefois avait entretenu et protégé la troupe de l'Illustre Théâtre. Voyez les Recherches sur Molière^ ])ar Eud. Soulié, p. 3g.

SUR LA FONTAINE. Lxxxm

avait qui pr(^tcn(laiont tenir ('f,Mlc loiir balance dc'(laif,'nciisc entre ses vers Irrs-plats et les vers charmants de la Fontaine. « 11 est i\ craindre, disait le Journal des Savants^ ^ qn'il n'arrive à ces deux j)ièces la même chose qui est arrivée à ces deux sonnets qui divisèrent le Parnasse en deux factions si célèbres sous les noms de Jobelins et d'Uranins, Car étant examinés de plus près, ils perdirent beaucoup de leur prix et de leur estime. •>■> Quelle judicieuse impartialité ! Boileau ne l'entendait pas ainsi. Non content de montrer qu'il n'y avait nulle comparaison entre les deux ouvrages, il déclara celui de la Fontaine excellent, malgré quelques négligences, et supérieur même au modèle italien. Sa Dissertation fut imprimée, pour la première fois, en 1GG9 seulement, dans une édition des Contes de la Fontaine, publiée à Lejde*; mais il est évident qu'elle avait été écrite et répandue par des copies, dès le temps où la nouvelle de la Fontaine venait de paraître; car Boileau nous y apprend que la gageure attendait encore des arbitres. Il ne les nomme pas; mais c'étaient, dit-il, « trois des plus galants hommes de France. »

Outre l'appréciation littéraire, ce que la Dissertation a de remarquable, c'est que son auteur ne paraît voir dans la Nouvelle qu'une narration fleurie et enjouée, dont la naïveté inimitable lui rappelle Horace et ïérence, sans qu'il ait un mot de blâme pour le caractère licencieux de l'ouvrage. Nous ne cherchons pas pour la Fontaine une autorité qui le justifie; mais le silence de Boileau sur la question morale ne fait-il pas comprendre comment notre poète n'eut pas la crainte de trop choquer et scandaliser son époque ? Ce silence indulgent étonnerait chez un sage*, si l'on oubliait qu'alors on était habitué à passer aux rimeurs de grandes légèretés. Ne donnons pas cependant à Boileau un brevet de sagesse antidaté. Dans son

1. Ces petits articles du 26 janvier i665 ont été attribués à Denis deSallo, le fondateur du Journal. Quelques-uns pensent qu'ils pourraient bien être de Chapelain, un de ses collaborateurs.

2. Voyez les OEuvres de Boileau, édition de Berriat-Saint-Prix, tome I, p. cxxxviii, et tome III, p. 3, note 2.

3. Boileau, il est vrai, n'avoua pas publiquement son petit écrit, qui a été inséré, pour la première fois, dans ses OEuvres, par Brossette.

Lxxxiv NOTICE BIOGRAPHIQUE

Art poétique, il n'a pas été doux pour les auteurs qui, déserteurs infâmes de l^ honneur dans leurs vers,

Aux yeux de leurs lecteurs rendent le vice aimable' \

et Brossette a même cru qu'il avait dirigé ces traits impitoyables contre les contes de la Fontaine. Pour que nous l'admettions, ses expressions sont trop injurieuses. Il est clair toutefois qu'alors il devait voir Joconde et tous les Contes d'un œil plus sévère. Mais, assez jeune en i665, il n'était pas encore l'austère moraliste qu'il fut plus tard, et, quelque temps, comme Racine, il hurla plus ou moins avec les loups.

Dans son court Avertissement de la première des éditions de i665, la Fontaine ne s'inquiète, comme Boileau, que de la question littéraire. Il fait observer que ses deux nouvelles sont d'un style bien différent; que dans la seconde seulement, dans celle qui est tirée de Boccace, il a cherché les grâces du vieux langage; qu'il a tenté ainsi « deux voies, sans être certain laquelle est la bonne, » et qu'il attend de connaître le sentiment de ses lecteurs. Il n'a depuis renoncé ni à l'une ni à l'autre voie, et, les voyant bonnes toutes deux, il les a, tour à tour, laissé prendre à sa muse de conteur.

Lorsqu'il fit cette publication de deux premiers contes, comme un essai qui tâterait le goût du public, ce n'étaient pas les seuls qu'il eût déjà composés. Il reconnut bientôt qu'il pouvait faire imprimer ce qu'il avait gardé dans son portefeuille, ou, comme il disait, en son cabinet; car « ces bagatelles » avaient eu du succès, et l'on « étoit en train d'y prendre plaisir. » Il ne fallait donc pas laisser refroidir la curiosité de voir la suite, qui était « encore en son premier feu. » Nous savons cela parla préface de la seconde édition, publiée, comme la première, sous la date de i665 et qui avait été achevée d'imprimer dès le lo janvier de cette année, c'est-à-dire bien peu de temps après la publication de la première. Cette seconde édition contient dix contes, par conséquent huit nouveaux. Pour grossir le petit volume, il tira de ses papiers une imitation des Arrêts d'amour, de Martial d'Auvergne, et un fragment du Songe de Faux sur les amours de Mars et de Vénus.

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