I. Art poétique, chant iv, vers
SUR LA FONTAINE. lxxxv
Cette fois la Préfnn- tentait une réponse à des scrupules que la Konta'uie voulait paraître seulement prévoir, mais (|ui probablement avaient ('t<' exprim('s déjà. Si l'on trouvait dans ses badinagcs un peu trop de liberté, « la nature du conte le vouloit ainsi. » Il avouait d'ailleurs qu' « il faut garder en cela des bornes et que les plus étroites sont les meilleures. » Il ne croyait pas mettre la morale en péril, la gaieté ne faisant pas sur les âmes une impression aussi dangereuse que la douce mélancolie des romans les plus chastes et les plus modestes.
C'est à lui-même que nous avons laissé la parole, sans lui accorder le moins du monde que son apologie soit sans réplique. Un des traits les plus plaisants de ce court plaidoyer est celui-ci : « Cicéron fait consister [la bienséance] à dire ce qu'il est à propos qu'on dise eu égard au lieu, au temps et aux personnes qu'on entretient. Ce principe une fois posé, ce n'est pas une faute de jugement que d'entretenir les gens d'aujourd'hui de contes un peu libres. 53 Voilà bien sa malice piquante, avec un mélange ou sous un air de naïveté.
Longtemps après, et, avec beaucoup d'esprit, dans des vers du premier conte de son troisième livre, il a essayé encore de défendre l'innocence de ses Contes bleus, ou comme dans sa Dissertation^ disait Boileau, de ses Contes de ma mère toie. Là, en habile avocat, la Fontaine ne disait pas certaines vérités, sans en laisser de côté quelques autres. Mais ce n'est pas à nous, à cette place moins qu'ailleurs, d'ériger un tribunal; nous ne voulons faire froncer le sourcil ni aux Muses indulgentes ni à la sévère sagesse. Remarquons seulement que l'austère Louis Racine lui-même, sans songer, on le pense bien, à une apologie des contes, à laquelle il était moins disposé que personne, n'a pas craint de solliciter du moins quelque indulgence |)our les intentions de la Fontaine : « Dans ses écrits licencieux, a-t-il dit*, on n'aperçoit point cet esprit libertin et ce cœur corrompu , que tant d'écrits du même genre font remarquer dans leurs auteurs. On voit un homme qui se laisse entraîner par un malheureux talent, dont il ne prévoit pas les suites funestes Il poussa son étonnante