‹ Notice biographique sur La FontaineChapitre 66 sur 153 · I. Réflexions sur la poésie, chapitre v, article · texte numérisé non relu

I. Réflexions sur la poésie, chapitre v, article

Lxxxvi NOTICE BIOGRAPHIQUE

simplicité jusqu'à croire que de pareils écrits n'avoient rien de dangereux. » Une faiblesse d'auteur pouvait aider beaucoup à l'illusion de la Fontaine. Il tenait fort à ses Contes et n'ignorait pas leur mérite, comme œuvre littéraire. Nous savons, par un intéressant passage d'une lettre de Maucroix*,

quelle opinion il en avait : « Je puis vous assurer en général

qu'il regardoit ses Fables comme le meilleur de ses ouvrages. Il disoit pourtant qu'il y avoit quelquefois plus d'esprit dans les poésies qui lui ont fait verser des larmes sur la fin de ses jours. » Perrault, admirateur du style des Contes, qui sont « de la même force, » disait-il, que les Fables^ en regrettait la licence, mais savait gré au poète du voile dont il l'a couverte : « Les images de l'amour y sont si vives qu'il y a peu de lectures plus dangereuses pour la jeunesse, quoique personne n'ait jamais parlé plus honnêtement des choses déshonnêtes^. » Qui pourrait trouver trop compromettant de se ranger à l'avis de Louis Racine et de Perrault ? Il faut seulement n'en rien retrancher et maintenir les distinctions et réserves, que leurs justes scrupules ne pouvaient manquer de faire.

Qu'on le juge plus ou moins coupable, la Fontaine était en veine de contes. A la première partie une seconde succéda rapidement, publiée chez Barbin, en 1666*, imprimée dès le 21 janvier. Dans une nouvelle préface, le poète se proposa de justifier ses hardiesses et ses licences : lesquelles? des licences de rimes et d'hiatus, permises, pensait-il, dans ce genre de poésies, qu'une afFectation de beauté plus régulière aurait rendues moins attrayantes et piquantes. Il défendait, en même temps, la liberté qu'il avait prise de tailler dans le bien d'autrui, retranchant, amplifiant. De la légèreté de ses nouvelles il ne s'excusait plus; et cependant il annonçait que c'étaient les derniers ouvrages de cette nature qui partiraient de ses mains. Rien n'indique

1. Maucroix, OEuvres diverses^ tome II, p. 233. — Cette lettre du 3o mars 1704 est adressée au Père de la compagnie de Jésus que nous avons dit (p. xvi, note 5) être probablement d'Olivet.

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