‹ Notice biographique sur La FontaineChapitre 72 sur 153 · I. Voyez la fin du livre I · texte numérisé non relu

I. Voyez la fin du livre I

a. Nous l'avons dit nous-même dans la Notice biographique qui est en tête des OEuvres de Racine^ tome I, p. 63 et 64. L'opinion contraire paraît assez fondée pour que nous ne fassions pas difllculté de nous y ranger.

3.. Voyez les OEuvres complètes de la Fontaine (édition de M. Moland), tome VII, p. xxxix, et tome VI, dans V Introduction, p. x-xirr.

SUR I,A rONTAINE. xciii

(les ((uatrc interlocuteurs des Amours de J'.sjr/ic! Et comme, malgré sa verve spirildcilc, Chapelle est loin d'y figurer aussi bien! Si lié que fût la Fontaine avec Racine, il n'eilt certes pas, pour lui complaire, raye Molière du nombre de ses amis. La seule explication de ce qui embarrasse serait que, le grand poète comicpie ne pouvant plus alors se trouver avec l'auteur d'JiitlronuKiiie, la Fontaine, en historien exact, n'aurait pa voulu le faire assister à la lecture de son ouvrage, à l'époque où il fut terminé. Nous aimericms à conjecturer que les amis présentés au lecteur, des le début de Psyché, sous des traits qui les mettent de pair, étaient bien tout d'abord la Fontaine, Molière, Racine et Boileau, et que, dans la première rédaction, c'était Molièie qui, avec une éloquence digne de lui, défendait la Comédie ; mais qu'achevant l'ouvrage plus tard, l'auteur, pour ne pas mettre en présence ceux qui avaient cessé de se voir, changea les beaux et solides discours du premier Gélaste en frivoles badineries, convenables au second. Si cela est, nous y avons beaucoup perdu.

Racine et Boileau sont peints en traits qui les font merveilleusement revivre sous nos yeux ; et, ce qui n'est pas le moins intéressant, la Fontaine, sous le nom bien justifié de Polyphile, a laissé de lui-même une frappante image. Aussi bien que Racine, il aimait les fleurs, les ombrages; mais ce qui était son caractère particulier, « il aimoit toutes choses. » Il avait encore cette ressemblance avec Racine, qu'il penchait vers le lyrique; mais son ami avait quelque chose de plus touchant, lui de plus fleuri. Il mêlait toujours de la gaieté aux choses les plus sérieuses, même aux plus tristes; de ce défaut il ne parvenait pas à se corriger, en dépit de tous ses efforts. Il achève son propre portrait dans ce passage de l'hymne à la Volupté, qui est à la fin de son récit :

Volupté, Volupté, qui fus jadis maîtresse

Du plus bel esprit de la Grèce, Ne me dédaigne pas, viens-t'en loger chez moi;

Tu n'y seras pas sans emploi.

J'aime le jeu, l'amour, les livres, la musique, La ville et la campagne, enfin tout ; il n'est rien

Qui ne me soit souverain bien, Jusqu'au sombre plaisir d'un cœur mélancolique.

xciv NOTICE BIOGRAPHIQUE

Si l'on cherche où il nous a donné ses Mémoires^ c'est ici. Jamais épicurisme ne fut plus aimablement poétique. Lorsque tout charmait ainsi son âme, il n'est pas étonnant que sa lyre ait eu toutes les cordes.

La publication de ces Amours de Psyché^ oh nous avons recueilli de précieux souvenirs d'un temps antérieur, avait été précédée de celle des livres I à VI des Fables ^ que nous n'avons encore fait que mentionner. Ces six premiers livres furent même entièrement achevés avant le petit roman. La Fontaine dit, en effet, dans l'épilogue placé à la fin du livre VI des Fables : « Retournons à Psyché. » Et nous maintenant retournons aux Fables : nous en avons trop sommairement parlé.

C'est depuis cette première partie de la plus belle de ses œuvres qu'il a donné la véritable mesure de son génie. Pour la postérité, il est surtout le grand fabuliste.

On n'est jamais entré dans la gloire moins ambitieusement qu'il ne l'a fait. Ces six admirables livres, il les annonce comme « quelques essais 5>, qu'il présente à un prince enfant, le Dauphin de France. « C'est, lui dit-il dans son épître dédicatoire, un entretien convenable à vos premières années.... L'apparence en est puérile, je le confesse. » Puérile? non pas; quoique toujours ces fables, n'en déplaise à Rousseau*, aient été, chez nous, le livre incomparable à donner au jeune âge. « Nos enfants l'apprennent par cœur, a très-bien dit M. Taine'^, comme jadis ceux d'Athènes récitaient Homère.... Ce sont de petits contes d'enfants, comme \' Iliade et Y Odyssée^ qui sont de grands contes de nourrice. » Ce n'est pas nous qui accuserons le critique d'être ici paradoxal, lorsqu'il voit l'épopée de la France dans cet ensemble de petits poèmes, dont l'enfance est charmée, mais qui font, en même temps, les délices des esprits les plus formés par l'expérience de la vie et les plus sensibles aux beautés poétiques de premier ordre. Quand on leur contesterait le titre d'épopée, qu'on a pourtant donné au Roman de Renart^ il faudrait leur laisser celui d'œuvre française par excellence : aucune autre n'a mieux reçu lempreinte de notre génie national, tel que les siècles précédents l'avaient formé.

1. Voyez Emile, livre II (Amsterdam, 1763), tome I, p. 187-197.

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