‹ Notice biographique sur La FontaineChapitre 73 sur 153 · La Fontaine et ses fables (6« édition, 1875), p · texte numérisé non relu

La Fontaine et ses fables (6« édition, 1875), p

SUR LA FONTAINE. xcv

Mais on n'attend pas de nous, simple biographe, cpic nous commentions ces cliefs-d'œuvre. Ce serait d'ailleurs porter du bois à la forêt après tant d'analyses excellentes qui en ont été faites au siècle dernier, et, avec un sens plus profond, dans celui-ci, |)ar les Saint-Marc Girardin et les Taine. Il nous paraîtrait superflu aussi de disscrtei-, à cette place, sur l'apologue dans rinde, en Grèce, à Rome et chez nous avant la Fontaine. Il sulllt de dire à ce sujet que Pilpay, Ésope, Phèdre, beaucoup d'autres, et les fabliaux de notre moyen âge, comme on le verra dans les notes de notre édition, ont fourni des sujets à la Fontaine, mais que, restant original, il a élevé un genre secondaire à une hauteur où il ne craint la comparaison avec aucune autre poésie. Devant nous renfermer dans l'histoire proprement dite de ses fables, nous n'avons que peu de mots à ajouter sur celles du premier Recueil.

11 parut avec une préface aussi modeste que l'épître Au Dauphin; nous y apprenons que quelques fables étaient déjà connues et avaient été jugées avec « indulgence y>. Oh. et quand avaient-elles été publiées? On ne l'a pas encore découvert. Peut-être n'avaient-elles été répandues que par des copies.

« Un des maîtres de notre éloquence »,nous dit la Fontaine, avait désapprouvé le dessein de mettre en vers les vieux apologues, auxquels la poésie ferait perdre, selon lui, la brièveté nécessaire. Le conseiller mal avisé était Patru. C'était le cas de dire à celui-ci, comme Boileau, jouant sur son nom, très-voisin du mot latin patruus^ « un oncle, » personnage parfois sévère et gênant : Ne sis Patru mihi^. Si ce Quintilien français, cet oracle infaillible du goût (on le tenait pour tel) avait été écouté, nous n'aurions ni Y Art poétique de Boileau, ni les Fables de la Fontaine^. Voilà, s'il en fut jamais, une « serpe, instrument de dommage^ ».

La paresse de la Fontaine est un lieu commun des mieux établis. Il l'a lui-même fort accrédité, se plaisant à confesser son goût pour « ce pays où l'on dort, » où l'on fait plus, a on n'y fait nulle chose ". » Rêveur cependant bien plutôt que

I. Lettre de Boileau à Brossette, 2 août iyo3, 1. D'Olivet, Histoire de l'Académie, p. 178.

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