Discours à Mme Je la Sablière, vers 72 et n
eu NOTICE BIOGRAPHIQUE
Outre qu'il ne pouvait s'empêcher d'être volage, il avait un caractère facile qui se prêtait à tout ce qu'on lui demandait. C'est de sa complaisance qu'il faut parler, bien plutôt que de son inconstance, lorsque, en la même année 1671, et avant les deux publications dont nous venons de parler, on le voit prêter son nom, rien à peu près, disons-le, que son nom, à un Recueil de poésies chrétiennes , auquel il semblait peu préparé à prendre part. Loraénie de Brienne, qui eut l'idée de la pieuse anthologie, destinée à être offerte au jeune prince de Conti (Louis-Armand de Bourbon), se disait ami de la Fontaine. Cet ami, d'humeur aussi changeante que notre poète, et moins innocemment changeante, homme d'esprit d'ailleurs, autant qu'un fou peut l'être par moments , avait alors avec Port-Royal de grandes liaisons, dont la solidité n'était pas à l'épreuve; et depuis sept ans l'Oratoire le comptait parmi ses confrères. Au temps où il préparait son Recueil, il n'avait pas encore quitté Saint-Magloire ; mais ses escapades l'en firent renvo3'er avant même que l'impression des volumes fût achevée ^. Port-Royal, dont les saints étaient plus sérieux que celui-là, avait mis la main à la publication et l'avait confiée à l'imprimerie de Pierre le Petit, d'où sortaient habituellement ses livres. On a attribué la Préface à Lancelot, précepteur des jeunes princes de Conti; il y a plus d'apparence qu'elle est de Nicole. Ce choix de poésies « où le pieux règne, » dit l'épître de la Fontaine, mais sans que l'on en ait banni le mélange « du profane innocent, » ni Brienne, ni les solitaires ne voulurent y attacher leur nom. La Fontaine les laissa, très-obligeamment, se servir du sien. Il donna de plus au recueil l'épître dédicatoire Au prince de Conti^ une paraphrase du psaume : Diligam te Domine^ imité aussi par Racine ^, des vers tirés de Psyché, quelques-unes de ses fables et de ses poésies déjà publiées.
Si quelque chose pouvait faire regretter à Mme de Sévigné qu'il ne s'en fût pas tenu à son talent de conter, c'était bien
1. Sainte-Beuve, Port-Royal, X.ov[ig\ , p. 19 et 23. — L'achevé d'imprimer du Recueil est du 20 décembre 1670. Le privilège avait été donné le 3 avril 1669.