Belphégor, vers
cxvi NOTICE BIOGRAPHIQUE
C'est l'occasion de rendre à la Fontaine cette justice qu'il n'a jamais parlé en homme à bonnes fortunes, ni cherché à faire croire que ses succès, comme galant, n'aient pas été au-dessous de son très-grand zèle. Dans un de ses contes, le premier du Iir livre, qu'il publia à l'âge de cinquante ans, il a dit ingénument :
J'ai servi des beautés de toutes les façons. Qu'ai-je gagné ? Très-peu de chose, Rien. Je m'aviserois sur le tard d'être cause Que la moindre de vous commit le moindre mal ' !
Il a mis la même franchise à ne pas laisser supposer qu'il eût eu part, avec beaucoup d'autres, aux bonnes grâces de la Champmeslé. Furetière a prétendu^ que la manière dont elle fit le payement de Bclphégor était connu de tout le monde. Mais rien de ce qu'il a dit de notre poète ne mérite créance. Tenons-nous-en à la déclaration très-nette, au bon certificat, antérieur, il est vrai, en date, que nous venons de trouver chez la Fontaine. Outre ses deux lettres et son « frontispice » de Belphégor^ il n'y a plus aucune trace de sa liaison avec la séduisante actrice, si ce n'est sa collaboration, telle quelle, à des comédies du mari. Nous en parlerons à propos de son théâtre. Malgré ses incorrigibles rechutes dans le péché des contes, il n'avait jamais cessé de travailler à ses fables. Mme de Sévigné' nous apprend qu'en 1672 on connaissait déjà, par les copies manuscrites qui circulaient, les fables du Curé et le Mort et de la Laitière et le Pot au lait. Elles ne furent imprimées que dans le premier des cinq livres publiés en 1678 et 1679. Ce Recueil * est précédé d'un Avertissement^ où la Fontaine dit qu'il doit la plus grande partie de ses nou-