RÉACTION LITTÉRAIRE
Scudéry et sa sœur, lors de leur retour dans la capitale, à la veille de la Fronde, ne retrouvèrent pas l'hôtel de Rambouillet dans l'état oi^i ils l'avaient laissé. La maîtresse du lieu, le chef de cette famille aristocratique, l'âme de cette réunion brillante et polie qui s'y groupait naguères autour d'elle, la marquise de Rambouillet, commençait à ressentir les atteintes de la vieillesse. Ses deux filles avaient suivi leurs maris en province. Les quatre années de guerre civile qui marquèrent la période aiguë de la Fronde, dispersèrent une partie des amis de la maison, quand elles ne les brouillèrent pas. En un mot, cette société qu'ils avaient vue si florissante penchait déjà vers son déclin, et, au moment môme (IG51) où paraissait dans le tome Vil du Grand Cyrus «. la description la plus fidèle, la plus complète, comme aussi la plus agréable qui soit parvenue jusqu'à nous, de ce
sanctuaire de la bonne compagnie au dix-septième siècle '■ M , elle allait bientôt se réduire au cercle étroit de la famille et de quelques amis.
M"""^ de Caylus, dans ses Souvenirs, cite les hôtels d'Albret, de Riclielieu, comme ayant été « une suite et une continuation de l'hôtel de Rambouillet » ; mais nous avons le témoignage de M"" de Scudéry elle-même sur les sociétés qui l'accueillirent au sortir du théâtre de ses premiers pas dans le monde.
Dans une lettre adressée^ suivant toute vraisemblance, à M. de Pomponne, et dont malheureusement nous n'avons pu recueillir que ce trop court passage, elle s'exprime ainsi : « Souvenez-vous, Monsieur, que j'ai commencé d'être connue des gens par l'hôtel de Rambouillet, et en suis sortie par l'hôtel de Nevers et 1 hôtel de Créqui\ »
Georges de Scudéry avait réuni en 1649 ses Poésies diverses, et, pour se poser en homme sérieux, il s'excusait ainsi, dans VAvis au lecteur, de ce que ce volume renfermait pour la dernière fois des vers d'amour : « Ce n'est pas que j'aie encore be-
1. Cousin, La Société française au dix-septième siècle, diaprés le Grand Cyrus de jU^'^ de Scudéry, 2« édition, 1. 1, p. 2k5.
2. Catalogue d'autographes du 16 mai 18^3, n* 471. LMiôtel de Nevers était sur rempIacemenL actuel de celui
des Monnaies. Il avait été acquis en 1641 par M. de Guénégaud. ^I. de Pomponne, dans une lettre du l^"" décembre 1644, a tracé le tableau de la société qui s'y réunissait.
L'hôtel de Créqui, habité par le maréchal de ce nom, perçait de la rue des Poulies dans le cul-de-sac des Pères de l'Oratoire. Il fut démoli lors des premiers travaux de la Colonnade du Louvre, en 166ô.
soin de beaucoup de poudre pour cacher la blancheur de mes cheveux, ni que ma vieillesse soit décrépite. Mais enfm, j'ai quarante-huit ans, et ma première maîtresse n'est plus belle, etc. » Admis à l'Académie l'année suivante, il gardait auprès de lui, avec une sollicitude jalouse, sa sœur Madeleine, qui lui rendait en collaboration utile et discrète* ce qu'elle recevait de lui comme notoriété, comme crédit auprès du public et des libraires, profitant ainsi, avec sa réserve ordinaire, du bruit fait autour d'un nom qui était aussi le sien. Cependant, on la voit prendre parti pour son compte dans la querelle des sonnets de Job et d'Uranie, où elle tient pour Uranie avec la duchesse de Longueville ^ Dans la guerre de la Fronde, qui éclata presqu'en même lemps, les Scudéry embrassèrent avec plus d'ardeur encore, et aussi avec plus de péril, le parti du grand Condé et de la belle du chesse. Tandis que le frère se compromettait pour les intérêts de M. le Prince, au point d'être obligé de se cacher', puis de quitter Paris, la sœur, ani-
1. Nous verrons plus loin que le Cyrus et la Clélie rapportèi'ent beaucoup d'argent, du moins au libraire. Mais il en passa une partie à remploi qu'indique avec ménagement, mais assez clairement du reste, l'auteur de V Éloge de A/"" de Scu- (lénj : « Riche des seuls biens de son esprit, elle crut qu'elle devoit en faire usage pour acquitter de grosses dettes qu'elle n avait pas contractées. »