‹ Notice biographique sur RabelaisChapitre 19 sur 59 · Voy. sa lettre à Chapelain du 7 décembre 16'i · texte numérisé non relu

Voy. sa lettre à Chapelain du 7 décembre 16'i

3. On lit dans une lettre inédite du surintendant Servien h Mazarin, en date du 22 août 1654 : « Je crois certainement que celui que Ton étoit tant en peine de découvrir, qui écrivoit à M. le P... les lettres si importantes et si bien raisonnées que V. E. m'a fait quelquefois l'honneur de me montrer, c'est

mée d'un dévouement non moins chaleureux^ consacrait sa prose et ses vers à la défense des deux grands personnages dont la cause se confondait dans son esprit avec le patriotisme lui-même. Car les sentiments monarchiques, qui lui étaient communs avec l'immense majorité de la nation^ ne l'empêchaient pas de dire, avec un accent ému rare à cette époque : « L'amour de la patrie est bien avant dans mon cœur\ m Sur ce chapitre, elle pensait, comme M"" de Gournay, à la vieille françoise, et l'on voit, par exemple, dans une lettre à Conrart" qu'elle n'entendait pas raillerie lorsqu'il s'agissait de la vertu de l'héroïne que Chapelain s'apprêtait à chanter.

« M"" de Longueville, dit Tallemant, à propos du dévouement des Scudéry dans cette circonstance, n'ayant rien de meilleur à leur donner, leur envoya de son exil son portrait avec un cercle de diamants; il pouvoit valoir douze cents écus. » Une lettre inédite que nous possédons confirme et les services rendus et la reconnaissance de la duchesse. « Je ne prétends pas, écrivait-elle à Scudéry, de Moulins, le 29 août (1654), que le petit

Scudéry, qui se relire, à ce qu'on m'a dit, dans le palais d'Orléans. Je crois qu'il importe de le faire arrêter. »

1. Voy. sa belle lettre à Godeau du 22 février 1650, celle du mois d'octobre suivant, où se trouvent les vers si connus sur le Grand Condé.

Ses lettres de cette éi)oque sont de véritables chroniques de la Fronde, écrites à un certain point de vue, mais sous le coup des événements.

2. Jointe à celle adressée de Marseille à Marie Dumoulin, le 21 août 1647.

présent que je vous ai fait vous montre toute ma reconnoissance^, je prétends seulement qu'il vous la marque, et qu'en vous faisant souvenir de moi il vous remette dans la mémoire une personne qui a graA'é dans la sienne ce que vous avez fait pour elle, et qui, n'étant pas née tout à fait bassement, ne peut être aussi touchée de votre générosité sans souhaiter qu une meilleure fortune lui fournisse les occasions de contribuer à rendre la vôtre proportionnée à votre mérite.... Je vous prie que M"*" de Scudéry sache par votre moyen que je conserve pour elle toute l'estime qu'elle mérite. » , Mais ce dévouement, cette admiration des Scudéry pour les Condé — le glorieux auteur A'Àlaric n'aurait pas parlé autrement — se révélaient d'une manière encore plus éclatante dans un roman qui faisait alors beaucoup de bruit et qui, sans inaugurer un genre tout à fait nouveau, passait du moins pour en être le modèle le plus accompli. Artamhie ou le Grand Cyrus avait paru en dix parties ou volumes, publiés depuis le commencement de 1649 jusqu'à la fin de 1653, sous le nom de M. de Scudéry, gouverneur de Notre- Dame-de-la-Garde. C'était, ainsi que le proclamaient, dans tout le cours de la publication, les dédicaces, les portraits, les chiffres, les illustrations des volumes, une glorification perpétuelle de la maison de Condé. M™* de Longueville figurait en tête et à la fin de l'ouvrage dont les diverses parties lui étaient adressées, au fur et à mesure de leur apparition, par ]>!"'' de Scudéry, soit à

riiôtel de Longueville et à celui de Condé, soit à Stenay et à Montreuil-Bellay^ partout où les portait la bonne et la mauvaise fortune. Tout le monde, à commencer par les intéressés eux-mêmes, reconnaissait^ sous des noms persans, mèdes, assyriens, le vainqueur de Rocroy et de Lens dans Cyrus; sa sœur dans la blonde Mandane, douce et fière à la fois; les lieutenants du prince dans les guerriers d'Asie qui accompagnaient le héros persan; les beautés célèbres de la cour d'Anne d'Autriche dans les belles dames des cours d'Ecbatane, de Sardes, de Babylone; l'hôtel de Rambouillet dans le palais de Cléomire , enfin dans Sapho , cette fille savante, aimable et sage de Mytilène, « dont la beauté n'étoit pas sans défauts, ni le teint de la dernière blancheur, mais généreuse, désintéressée, fidèle dans ses amitiés, à la conversation si naturelle, si aisée et si galante, » M"* de Scudéry ellemême qui, entre les divers noms sous lesquels ses contemporains la désignèrent, — Philoclée dans le Royaume de coquetterie de l'abbé d'Aubignac, Polymathie dans le Roman bourgeois, la bergère Acacie dans des vers de Gonrart, Artélice dans YEurymédon, Daphné dans M"" de la Suze, la docte Sophie dans Somaize, etc., etc., — choisit et adopta définitivement celui de Sapho qui lui est resté.

Déjà en 1641, avant le voyage de Marseille, avait paru un premier roman : Ibrahim ou V Illustre Bassa , sous le nom de Scudéry qui , deux ans après, en avait fait une tragi-comédie, déclarant

hardiment dans la Préface, u qu'il avoit été trop heureux en roman pour ne pas l'être en comédie. » On y trouve deux épisodes que reprirent depuis les historiens et les dramaturges : celui du comte de Lavagne (conjuration de Fiesque), et celui de Mustapha et Zéangir. Guéret, dans son Parnasse réformé, insinue que Georges n'en était pas l'auteur; et Tallemant s'exprime d'une manière encore plus positive dans son Hislorietle des Scudéry : « Elle a fait une partie des harangues des Femmes illustres* et tout Y Illustre Bassa.-» Segrais, de son côté, dit qu'avant Vllluslre Bassa M"" de Scudéry avait beaucoup contribué aux tragédies de son frère. Il est certain, comme nous l'avons déjà indiqué, qu'il y eut de bonne heure entre le frère et la sœur une collaboration à laquelle chacun d'eux trouvait son compte. C'était chose sous-entendue dans leur entourage littéraire le plus intime. Par exemple, Balzac, dans sa Correspondance ^, charge Conrart de remercier Scudéry de l'envoi du Grand Cyrus; mais, en disant : «J'ai déjà été régalé du 9" volume », il ajoute : « Je vous demande un compliment de votre façon pour M. et M"' de Scudéry. » « Ceux qui laconnoissoient un peu, dit encore Tallemant, virent bien dès les premiers volumes de Cyrus que Georges ne faisoit que la préface et les épîtres dédicatoires. La Calprenède le lui dit une fois en présence de sa sœur, et ils se

1. Les Femmes illustres ou les Harangues héroïques. Paris, 1665, in-12.

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