‹ Notice biographique sur RabelaisChapitre 31 sur 59 · Voy. ci-après la petite guerre de la Ménagerie · texte numérisé non relu

Voy. ci-après la petite guerre de la Ménagerie

3. On peut voir dans ce dernier opuscule, p. 75 et suiv., comment l'admission d'Acanthe (PelUsson), dans le Pays de Tendre souleva l'opposition des habitants de VAncietine- Ville, assemblés chez le généreux Mégabase, qui forcèrent Sapho à lui faire faire quarantaine avant de l'admettre, parce que, avant de venir à Now elle- Amitié, il avait passé par un lieu où régnait une maladie contagieuse dont il avait failli mourir. Tout cela, dépouillé de la forme allégorique, semble indiquer que les anciens habitués du Samedi, à l'instigation du marquis de Montausier, voulurent forcer Pellisson à se contenter du titre d'ami, au lieu du sentiment plus tendre qu'il avait d'abord mis en avant.

k. « Il (Pellisson) donna de la jalousie à M. Conrart au su-

"M™^ du Plessis-Bellière, l'une des dames qui paraissaient quelquefois aux Samedis, avait fait connaître Pellisson et 31"^ de Seudéry à Fouquet, dont elle était parente. L'un et l'autre reçurent quelques marques de sa libéralité. Pellisson lui en adressa des remercîments en vers et en prose, et, à partir de I65G, devint un de ses principaux commis, sans que les relations avec Sapho en fussent interrompues. Les Papiers de Fouquet renferment des lettres qu'elle adressait à Pellisson pendant son voyage à Nantes oii il accompagnait le Surintendant. Elle-même venait d'assister aux fêtes de Vaux' et avait passé quelques jours aux Pressoirs du Roi, propriété située sur les bords de la Seine, près de Fontainebleau où se trouvait alors la Cour, et qui, bâtie sous François I", appartenait alors à une famille Jacquinot, amie de Fouquet et de M"^ de Seudéry. Celle-ci était inquiète du silence prolongé de Pellisson. On était au commencement de septembre 1661. L'orage grondait sur la tète du Surintendant. Dans ces lettres datées des Pressoirs, le jargon du Royaume de Tendre, sous la plume de M''® de Seudéry, a fait place aux accents du cœur: « Mandez-moi quand vous reviendrez, et m'écrivez un

jet de M"e de Seudéry, qui m'avoua elle-même, en me parlant un jour de leur mésintelligence, que c'en étoit là la cause. Elle ne put s'empêcher de déclarer enfin à M. Pellisson la passion qu'elle avoit pour lui, par des vers qu'elle fit sur le champ. » [Menagiana, 1693, p. I'i6.) 1. Marcou, Étude sur Pellisson, p. kS'è.

pauvre petit mot pour me consoler de votre absence qui m'est la plus rude du monde — Je ne vous demande pas de longue lettre; je ne veux qu'un mot qui me dise comment vous vous portez^ car pour peu que je sache que vous vivez^ je supposerai que vous m'aimez toujours. »

Entre deux êtres qui, à défaut de la jeunesse et de la beauté, pouvaient mettre en commun les trésors d'une affection aussi vive et aussi sérieuse à la fois, on s'étonnerait de ne pas voir apparaître ridée du mariage'. Elle se présenta au moins à leur entourage le plus immédiat, soit que cette éventualité ait excité ses railleries ou ses craintes. Les lettres que nous venons de citer renferment les passages suivants : « Si je ne craignois de vous fâcher, je vous dirois que v... m... (votre mère) dit et fait de si étranges choses tous les jours, que l'imagination ne peut aller jusque là, et tout le monde vous plaint d'avoir à essuyer une manière d'agir si injuste et si déraisonnable..,. » Et plus loin: « Votre mère a dit à M... (Ménage) des choses qui vous épouvanteroient si vous les saviez, tant elles sont déraisonnables, emportées et hors de toute raison \ »

Ce qu'il y a d'obscur dans ces allusions sera éclairci par une lettre inédite de l'abbé Bourdelot

1. « On a toujours cru qu'il y avoit entre M'i'^ de Scudéry et Pellisson un mariage de conscience. » (Note de Saint-Marc sur rÉpigramme un de Boileau.)

2. Ici quatre lignes effacées avec soin. Voir la Correspon dance.

que nous empruntons à la Correspondance de Nicaise\ « Je n'étois pas d'humeur à laisser passer ce que dit V Anli-Menagiana que, si Pellisson eût épousé M^'^ de Scudéry, c'eût été la faim qui auroit épousé la soif, et beaucoup d'autres impertinences de cette nature. A propos de Pellisson, il est bon de vous dire que ce que dit le Menagiana que sa mère offrit vingt mille livres à M^'® de Scudéry pour Tobliger à l'épouser est trèsfaux. Je sais de bonne part qu'elle ne craignoit rien tant que de la voir la femme de son fils. »

iMais, soit pruderie, soit indépendance, M''® de Scudéry professa un éloignement constant pour le mariage. Elle s'était expliquée là-dessus trèsnettement au t. X, 1. a du Cynis, et elle y revient encore dans des lettres de sa vieillesse, où, à l'occasion du mariage de ^P" de Chandiot, une de ses amies, elle écrit : « Le mariage est, suivant moi, la chose du monde la plus difficile à faire

bien à propos J'ai préféré trois fois dans ma

vie la liberté à la richesse, et je ne saurois m'en repentira » En revanche elle se forma toujours de l'amitié l'idée la plus haute. Nous allons la voir à l'épreuve.

A la date de la dernière des lettres de M"® de Scudéry citées plus haut, 7 septembre 1661, Pellisson était arrêté avec Fouquet à Nantes de-

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