Fonds Français, 9360, t. II, p
2. Lettre à M™« de Chandiot, du 18 décembre 1691. — Lettre à Tabbé Boisot, du même jour.
puis deux jours ; puis, sur un ordre du roi, il fut conduit au château d'Angers et de là à la Bastille. On peut voir à la Correspondance la lettre émue qu'elle écrivait à Huet sous le coup de cette nouvelle. A partir de ce moment, ce fut, de la part de M"^ de Scudéry, une série de démarches, d'écrits, de sollicitations de ruses pieuses, d'abord pour adoucir sa captivité, et ensuite pour la faire cesser. Pellisson avait su mettre dans ses intérêts un Allemand qu'on avait placé auprès de lui comme espion, et dont il fit un émissaire Par le moyen de cet homme, il eut avec son amie une correspondance journalière, dont on peut se faire une idée d'après ce qu'elle dit dans sa lettre du 12 mai 1694 à l'abbé Boisot : « J'ai brûlé plus de cinq cents lettres de M. de Pellisson, du temps de la Bastille. >>
Au moment où la saisie des fameuses cassettes du Surintendant provoquait de la part de Chapelain des paroles peu mesurées contre d'anciensamis*, et jetait la terreur parmi les femmes légères et les entremetteuses de la ville et de la Cour, on aime à voir ces deux honnêtes femmes, Scudéry et Se vigne, protester contre les défaillances et les calomnies, se soutenir mutuellement^,
1. « Est-ce être honnête homme, comme Pont tant prôné les flatteurs de Fouquet, les Scarron, les Pellisson, les Sapho, et toute la canaille intéressée?... » (Lettre à M""' de Sévigné, du 3 octobre 1661.!
2. Ce fut Mlle de Scudéry qui s'éleva avec le plus de force contre ceux qui, à l'occasion des cassettes de Fouquet, se permettaient des insinuations calomnieuses sur le compte de
encouraaçer les autres'^ et se donner la main dans cette œuvre de dévouement, jusqu'au moment où elles purent se présenter ainsi, avec leur ami libre grâce à elles, au courageux magistrat dont les conclusions avaient sauvé la vie à Fouquet^ En effet, tandis que l'une enrôlait à la cause du malheur ses correspondants séduits, entraînés par la magie de son style, Sapho espérant que le moment était venu où l'on allait se relâcher des premières rigueurs, écrivait à Colbert ^ une lettre éloquente pour le supplier d'adoucir la captivité du prisonnier, et de permettre qu'il put être visité par quelques parents et amis, à commencer par sa mère, celle-là même qui avait tenu au sujet de leur liaison des propos si peu charitables*. Mais près de deu\ ans s'écoulèrent encore avant que Pellisson n'obtînt cette ombre de liberté, comme il le disait lui-même dans une lettre écrite le 15 novembre 16G5^ à l'abbesse de Mal-
M™« de Sévigné. Celle-ci, dans sa lettre du 22 octobre 1661, charge Ménage d'en remercier leur amie commune.
1. « J'ai été voir notre chère voisine (M"e du Piessis-Guénégaud); nous avons bien parlé de notre cher ami. Elle avoit vu Sapho, qui lui a redonné du courage. » (Sévigné à M. de Pomponne, 27 novembre 166^4.)
2. « 9 février 1666. — M'"« de Sévigné m'amena Pellisson et M"« de Scudéry, qui me témoignèrent toute l'estime et l'amitié possible sur l'histoire du procès de M. Fouquet. «
Journal d'Olivier dOrmesson, t. II, p. 4'i6.)
3. Voir cette lettre, de décembre 166rJ, à la Correspondance.
4. M™« Pellisson avait obtenu en juin 1662 une permission restreinte qui lui avait été retirée depuis. (Fr. Ravaisson, Archives de la Bastille, t. II, p. 43.)