Conrart, Mémoires, p
de Tallemant et le sien propre. Elle en recevait un peu de toutes. mains, si l'on en croit ce que raconte le premier, comme le tenant de la bouche même de M"" de Scudéry ; « qu'un D. Gabriel, feuillant, qui étoit son confesseur, lui' ôta un livre de ce genre, oi^i elle prenoit beaucoup de plaisir, » mais pour lui en donner d'autres qui ne valoient guère mieux, et qu'il finit par lui laisser le tout, en disant à la mère « que sa fille avoit l'esprit trop bien fait pour se laisser gâter à de semblables lectures. » Il ajoute que le conseiller huguenot Claude Sarrau lui en prêta d'autres ensuite'.
Enfin il faut rapprocher ces renseignements de ce qu'elle nous apprend elle- même à ce sujet dans une lettre adressée à H net lors de la publication du Traité de ce dernier sur Vorigine des Romans (1G70). « Vous avez précisément choisi les romans qui ont fait les délices de ma première jeunesse et qui m'ont donné l'idée des romans raisonnables qui peuvent s'accommoder avec la décence et l'honnêteté, je veux dire Théagene et Chariclée, Théoghie et Charide, ainsi que {' Aslrée ; voilà proprement les vraies sources oii mon esprit a puisé les connoissances qui ont fait ses délices. J'ai seulement cru qu'il falloit un peu plus de morale,
1 . Tallemant des Réaux, Hàtoriettes ; Scudéry et sa sœur, t. VII, p, 49 et sulv., édition de MM. de Monmerqué et Paulin Paris. L'Historiette de M™*= de Villars, ibid.^ t. I, p. 218, nous fournit un nouvel exemple des renseignements que M^'*' de Scudéry avait fournis à Tallemant sur les hommes et les choses de sa jeunesse.
afin de les éloigner de ces romans ennemis des bonnes mœurs qui ne peuvent que faire perdre le temps. » Ajoutons que M"' de Scudéry, à l'âge de quatre-vingt-douze ans^ s'intéressait encore à « ces romans qui avoient fait les délices de sa première jeunesse, » car c'est sur sa demande que Huet lui écrivait la Lettre du 15 décembre 1699 touchant Honoré d'Urfé et Diane de Chasteaumoranâ, insérée dans les Dissertations de Tilladet, t. II, p. 100.
Suivant une tradition locale difficile à concilier avec ces témoignages relatifs à la jeunesse et à l'éducation de Madeleine en Normandie, elle aurait, vers Tannée 1620, accompagné son frère dans un pèlerinage en Provence au berceau de leur famille*, et c'est lors de leur passage à Valence qu'aurait eu lieu l'aventure de l'auberge sur laquelle nous reviendrons. Ce qui paraît certain, c'est que Georges fit en effet le voyage d'Apt où il retrouva quelques parents, entre autres sa grand'mère paternelle qui vécut cent huit ans% et que, pendant ce séjour, il adressa à une demoiselle du pays, Catherine de Rouyère, ses hommages et ses premiers vers'.
C'est aussi à cette époque, ou environ, qu'il faut
1. La maison des Scudéry, sise rue des Pénitents -Bleus, à Apt, était d'apparence modeste et occupée en 1840 par un menuisier. Voy. le Mercure aptésien du 24 mai 1840.