E. Miller, Pierre Taisand, p
4. Lettre du 5 mars 1683. Une lettre de remercîment écrite par M'i" de Scudéry au roi en octobre 1663 (voy. la Correspondance) prouve qu'elle avait dès lors reçu quelque marque de sa libéralité.
Le chancelier Bouclierat, avec qui elle était en relation dès 1 675^ établit sur le sceau en sa faveur une pension que Pontcliartrain lui continua. Ces pensions n'étaient pas toujours exactement payées, comme le témoigne maint passage de sa correspondance. « Je ne suis payée de nulle part, » écrivait-elle à l'abbé Boisot le 16 juin 1694', et le 10 juillet : « Je vous envoie, Monsieur, les deux journaux qui contiennent votre excellent extrait. Mais, quoique le port d'un écrit si bien fait ne puisse être trouvé trop cher, j'ai coupé le papier blanc pour le diminuer, car, pendant cette rigoureuse année, les petites épargnes ne sont pas honteuses, quoi qu'assez contraires à mon humeur. »
Vers la même époque, et comme un allégement providentiel à l'état de gêne que révèlent ces dernières confidences, une amie de quarante ans, M"" de Clisson^ comprenait M"^ de Scudéry dans des legs faits en faveur de quelques personnes qu'elle affectionnait. Quoique cette libéralité vînt pour elle on ne peut pas plus à propos, nous la voyons, dans les lettres de cette époque, moins préoccupée de ses propres intérêts que des devoirs de l'amitié. « Bien que ma fortune soit très-mau-
1. Même plainte dans une lettre à Huet, qui doit être de la même époque, et un fragment de lettre de M^^ de Maintenon, probablement de 1691, porte : « J'ai mandé à Manseau qui est à Paris de donner à M^'»^ de Scudéry ce qu'elle auroit dû toucher au mois de juillet. »
2. Constance-Françoise de Bretagne, sœur de la duchesse de Montbazon et de M^'e de Vertus, morte à Paris le 19 décembre 1695.
vaise^ je ne sens en cette occasion que la perte d'une amie qui étoit touchée de mon malheur, et qui m'a voulu secourir en mourant.... Comme on m'a dit qu'il y a un grand nombre de legs, je voudrois bien savoir si le nom de Vaumale ou de Valcroissant ne se trouve pas parmi ceux à qui cette généreuse personne en a laissé * . »
Pour compléter ce chapitre des affaires domestiqueSj on nous permettra d'ajouter ici quelques détails sur l'intérieur de M"' de Scudéry, tel que nous pouvons nous le figurer jusqu'à sa mort. Dans le postscriplum d'une lettre au jurisconsulte Taisand, datée du 1" septembre 1675, elle disait: « Je loge à présent rue de Beausse, derrière le Petit- Marché, au ^Marais du Temple. » Il nous paraît évident, comme à M. Miller % que cette formule indique un changement récent de domicile, mais — et ceci explique l'erreur de ceux qui font remonter à une époque antérieure son installation rue de Beauce — elle était restée fidèle au quar ■ tier du Temple, à la paroisse Saint-Nicolas des Champs, à ce milieu de jardins, de cultures, que le projet inachevé de Henri IV avait créé dans cette partie de Paris demi-rurale, oii des noms de provinces donnés à toutes les rues prêtaient encore à l'illusion.
Tracée en 1626, sur la Culture du Temple, la rue de Beauce n'avait été achevée qu'en 1630.