‹ Notice biographique sur RabelaisChapitre 47 sur 59 · Pierre Taisand, p · texte numérisé non relu

Pierre Taisand, p

Elle n'était encore qu'à l'état de ruelle. La maison de M"^ de Scudéry occupait le coin de cette rue et de celle des Oiseaux'. Elle continuait à y recevoir les samedis^ et parfois les mardis depuis deux heures jusqu'à cinq, ses amis des deux sexes dont le nombre s'éclaircissait peu à peu, et les visiteurs accidentels que sa réputation y attirait. Quelquefois l'entretien, commencé dans sa chambre, se continuait dans le jardin, ou même chez quelqu'une de ses voisines et amies de la rue de Berry, M"® Boquet ou IM"'" Aragonnais. Les arbres fruitiers ou d'agrément, les hôtes familiers ou de passage qui animaient l'enclos de la Vieille rue du Temple ne manquaient pas à celui de la rue de Beauce. La maîtresse du lieu aimait les animaux, croyait à leur intelligence\ On lui avait envoyé un petit perroquet et des caméléons qu'elle entreprit

1. La rue de Beauce, très-élroite, conduit de la rue d'Anjou à la rue de Bretagne. La rue des Oiseaux, très-courte, n'est plus qu'un passage menant au Marché des Entants-Rouges, autrefois Petit-Marché-du-Teinph'. L'angle des deux rues est occupé aujourd'hui par des constructions modernes affectées à des logements d'ouvriers. Tout près, et attenant à un lavoir public est un jardin qui peut être un reste de celui de M"» de Scudéry.

2. Voy. ses lettres à M"^ Descartes. Elle dit dans la première : « Ma croyance en faveur de mon chien n'ôte rien de l'estime infinie que j'ai pour feu monsieur votre oncle. Ce n'est pas l'amitié que j'ai pour les animaux qui me prévient à leur avantage, c'est celle qu'ils ont pour moi qui me prévient en leur faveur. » Elle disait aussi dans une lettre à Iluet (1689) : « Il y a longtemps que je me suis déclarée hautement contre certaines machines cartésiennes, sans employer pourtant contre le philosophe que mon chien, ma guenon et mon perroquet. »

d'élever. Le perroquet était probablement celui à qui le grand Leibnitz ne dédaigna pas d'adresser des vers latins où il lui promettait d'aller à l'immortalité avec sa maîtresse\ Qu;mt aux caméléons, leur liistoire est presque un épisode scientilique de la Chronique des samedis, et, comme telle, nous la laisserons raconter à l'un de nos naturalistes les plus distingués.

« L'illustre M"* de Scudéry, dit-il, avait reçu en présent trois caméléons envoyés d'Egypte. Elle les garda chez elle pendant plus de six. mois', et l'un d'eux passa même Tliiver; il lit les délices de la société choisie qui se donnait rendez- vous aux Samedis de la rue de Beauce. Là venait Claude Perrault, admirable anatomiste autant qu'excellent architecte, quoi qu'en ait dit Boileau. On institua des expériences sous sa direction, qui furent fort bien faites. On vit que l'animal devenait pâle toutes les nuits, qu'il prenait une couleur plus foncée au soleil ou quand on le tourmentait, et enfin qu'il fallait traiter de fable l'opinion que les caméléons prennent la couleur des objets environnants. Pour

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