Giraud, Histoire de Saint-Évremond^ p
3. L'abbé de Pure, témoin non suspect, préfère sans hésiter la conversation de W^^ de Scudéry à ses ouvrages. « Elle est capable de ternir toutes ses belles productions par sa seule conversation, car elle y est si bonne et si aimable qu'on aime encor mieux la voir que la lire : ce n'est que bonté, que douceur; l'esprit n'éclate qu'avec tant de modestie, les sentiments n'en sortent qu'avec tant de retenue, elle ne parle qu'avec tant de discrétion, et tout ce qu'elle dit est si à propos et si raison nable, qu'on ne peut s'empêcher de l'admirer et de l'aimer tout ensemble. » La Précieuse, l'« partie, p. 382.
de bel air et d'agrément, et avec lequel elle avait eu quelques relations. Laissons-la parler sur ce point délicat^ et honni soit qui mal y pense ! « Les plus honnêtes femmes du monde, dit-elle^ quand elles sont un orand nombre ensemble, ne disent presque jamais rien qui vaille, et s'ennuient plus que si elles étoient seules.. . Au contraire^ il y a je ne sais quoi, que je ne sais comment exprimer, qui fait qu'un honnête homme réjouit et divertit plus une compagnie de dames, que la plus aimable femme de la terre ne sauroit le faire. »
On trouve, soit dans cet article, soit dans ceux qui suivent, bien des choses fines et délicates, intéressantes comme peinture de la société du temps, et qui sont restées vraies dans le nôtre. Certains sujets de critique littéraire y sont touchés à l'occasion. Les conversations &ut la manière d'inventer une fable — sur la manière d'écnre les lettres, etc., prouvent que l'auteur avait réfléchi aux règles des divers genres de littérature, quoiqu'elle n'ait pas toujours réussi à les mettre en pratique. On est étonné d'y rencontrer, au milieu d'une Nouvelle soi-disant historique et assez ennuyeuse, une espèce d'histoire de la poésie française au seizième siècle, qui suppose des connaissances réelles sur ce point alors peu étudié, et qui montre, par exemple, que M"'' de Scudéry avait mieux connu et jugé Ronsard que l'auteur de VArt poétique^
1. Conversations nouvelles sur divers sujetf^, 1684, t. II, pp. 770 à 887.
De môme que les portraits du Cyrus et de la Clelie avaient donné naissance à ceux qui furent à la mode quelque temps après chez Mademoiselle de Montpensier^ les Conversai ions de M"'' de Scudéry suggérèrent à M™^ de Maintenon, qui avait été son amie avant d'être sa protectrice, l'idée d'en composer de plus simples destinées à être récitées par les demoiselles de Saint-Cyr'. Cela résulte nonseulement d'une lettre de M™° de Sévigné, déjà indiquée, mais d'un passage de celle de M""' de Brinon leur première supérieure, à M"" de Scudéry, en date du 3 août 1 088. On les trouvera l'une et l'autre dans la Correspondance.
En 1071, le premier prix de prose, fondé par Balzac, fut décerné à M"" de Scudéry pour son Discours de la Gloire, qui certes n'ajoutera rien à celle de l'auteur. Il ne fiiut point y chercher de l'éloquence. On demandait, dans ÏEcril portant établissement des prix de prose et de poésie, que le premier traitât de certaines matières pieuses déterminées par le fondateur ; qu'il fût revêtu d'une approbation de la Faculté de ïiiéoiogie, et qu'il se terminât par une courte prière à Jésus- Christ'. La chose tenait à la fois du sermon et de l'amplification de collège.
A la mort de la savante Hélène Cornaro, l'Aca-
1. Conversations inédites de M'"^ de Maintenon, Paris, Biaise, 1828, in-18.
2. Relation contenant l'histinre de PAcadémie française, 1672, in-12, p. bb^. Le Discours de la Gloire se trouve à la suite, p. 661.
demie des Ricovrati de Padoue fit écrire par Charles Patin une lettre des plus flatteuses à M"" de Scudéry pour lui donner place dans cette société qui se faisait gloire de compter dans son sein un certain nombre de dames françaises, telles que la marquise de Rambouillet, les comtesses d'Aulnoy et de la Suze, Mesdames Deshoulières, de Villedieu, Dacier, etc. Au milieu de ces Muses françaises qui avaient chacune leur épithète : la Lumière de Rome, l Immortelle, l'Eloquente, etc., Sapho était surnommée l'(Jniv'rselle\
Il aurait même éîé question de suivre cet exemple en France, et M"'' de S.udéry figurait la première sur une liste de dames illustres par leur esprit et par leur savoir qu'il fut question d'admetlre à l'Académie française. La proposition attestée par Ménage, et appuyée par Charpentier qui invoqua le précédent des Ricovxiti de Padoue, n'eut pas de suite ^
Ses romans, ainsi qu'elle l'a rappelé plusieurs fois, avec une certaine complaisance, dans ses lettres, étaient traduits en anglais, en allemand, en italien, et même en arabe, à ce que lui écrivait un de ses amis et obligés, Bonnecorse, de Syrie oii il était consul à Seyde. M, Lair, professeur à Caen, et Charlotte Patin traduisaient en vers latins ses poésies. Sa correspondance, soit dans la partie que