LeUre du 28 février
k. Lettre du 20 février 169^1.
de Clélie eL d'Ibrahim. Ces ouvrages ont toujours pour moi le charme de la nouveauté, et j'y trouve tant de choses propres pour réformer le monde, que je ne fais pas difficulté de vous avouer que, dans les sermons que je prépare pour la Cour, vous serez très-souvent à côté de saint Augustin et de saint Bernard, w A peine investi de la dignité épiscopale, il éprouve le besoin de raconter à sa vieille amie l'espèce d'ovation dont il a été l'objet dans son diocèse de Tulle, et il ajoute : a L'amitié des peuples, toute grossière qu'elle est, a par sa sincérité un charme qui se fait sentir et qui console de la perte des choses qui ont plus d'éclat à la vérité, mais moins de solidité. Je ne mets point dans ce rang. Mademoiselle, cette bonne et généreuse amitié dont vous m'honorez depuis si longtemps; rien ne peut consoler d'être éloigné de vous, que la persuasion d'être toujours dans votre souvenir, et d'avoir une petite place dans le cœur du monde le plus grand et le plus généreux. Je ne manquerai pas de faire copier les sermons que vous désirez. Je souhaite qu'ils puissent vous plaire; votre approbation me donnera une joie moins tumultueuse à la vérité, mais plus solide que celle de toute la cour, et votre sentiment réglera celui que j'en dois avoir. >>
Chargé en 1 675 de prononcer l'éloge de Turenne, il faisait part à M""" de Scudéry de l'embarras où le jetait le peu de temps qu'il avait pour se préparer à une semblable tâche. « Vous pouvez, ajoutait-il, m'aider à éviter ces inconvénients, si vous
avez la bonté de penser un peu à ce que vous diriez si vous étiez chargée du même emploi \ n
Moins ancienne^ mais non moins glorieuse pour M"" de Scudéry était l'amitié du grand Leibnitz. Nous en avons des témoignages plus sérieux que les vers adressés au perroquet de Saplio. A propos de la question de l'amour divin, débattue entre Bossuet et Fénelon, le philosophe avait dit : « De toutes les matières de théologie, il n'y en a point dont les dames soient plus en droit de juger, puisqu'il s'agit de la nature de l'amour Mais j'en
voudrois qui ressemblassent à M"" de Scudéry qui a si bien éclairci les caractères et les passions dans les romans et dans les conversations de morale^ »
De son côté, l'abbé Nicaise écrivait à Huet, le 9 août 1698 : « J'avois fait part à M"'' de Scudéry, qui est des amis de M. Leibnitz, de son sentiment sur l'amour désintéressé, en lui disant qu'il n'étoit contraire ni à M. de Meaux, ni à M. de Cambray, pour me venger un peu de quelques vers de sa façon dont elle m'avoit régalé. Elle me répond qu'elle ne veut point se mêler dans une dispute d'une matière si élevée, et qu'elle se tient
1. Lettre du 5 septembre 1675. — Des nouvellistes littéraires ont bâti sur cette donnée une véritable collaboration entre la romancière et le prédicateur. On a pu lire, à plusieurs reprises, dans les journaux, la découverte faite, dans un vieux château de Normandie, du manuscrit original de VOraison funèbre de Turenne, par Mascaron, couvert de notes manuscrites de la main de M^''^ de Scudéry.
2. Foucher de Gareil, Lettres et Opuscules inédits de Leibnitz, 185i», in-8°, p. 25i|.
en repos en se bornant aux Commandements de Dieu^ au Nouveau Testament et au Pater. Car je crois ^ dit-elle, qu'une prière que Jésus Christ a composée lui-môme ne contient pas un intérêt criminel;, quoique M""" Guyon la rei>arde comme une prière intéressée, ce qui renverseroit les fondements du christianisme '. »
Ces derniers mots nous amènent à la vieillesse de M"" de Scudéry, aux infirmités qui l'accompagnèrent et aux pensées sérieuses que lui inspirèrent les approches du moment suprême.
A ses amis qui lui promettaient l'immortalité, elle avait répondu :
J'en quitterois ma part pour un siècle de vie,
Ou mieux encore :
J'y renoncerois par tendresse Si mes amis n'étoient immortels comme moi'^
Ce siècle de vie, elle y toucha presque, et, depuis longtemps, les approches s'en faisaient sentir. Dès 1689, Richelet, dans son Choix des plua belles lettres, p. 295, insérant une épître de Balzac à elle, ajoutait en note : « Plût à Dieu qu'elle pCit continuer à travailler et qu'elle fût encore en état de contenter ce qu'il y a de plus fm et de plus délicat dans l'un et dans l'autre sexe! Mais
Non, elle cède aux ans et sa tète chenue
1. Cousin, Fragments philosophiques, h'' cd"". — Vliilusophie vioiJerne, 2'-' partie, 1866, in-8", t. II, p. 182 '2. Voy. les Poésies.
Lui dit qu'il faut quitter les hommes et le jour, Son sang se refroidit, sa force diminue, etc. »
En dépit des vers :
L'i.reille est le chemin du cœur Et le cœur l'est du reste,
vers qui ont été attribués à M"'' de Scudéry, la surdité fut une des infirmités qui se déclarèrent de bonne heure chez elle et s'accrurent avec l'âce. Il y eut à ce sujets au moins dès 1666, entre Cotin et Ménage, un échange d'épigrammes latines et françaises. Le premier engagea Faction par le quatrain suivant :
Suivre la Muse est une erreur bien lourde, De ses faveurs voyez le fruit ; Les écrits de Sapho menèrent tant de bruit Que cette nymphe en devint sourde.
Ménage riposta par une épigramme latine de 1 8 vers :
Proh scelus ! incautam carpis, malesane, puellam, Nec pudet, et surdam surdior ipse vocas, etc.
La querelle amsi commencée continua sur le même ton. Les pièces en ont été recueillies par Cotin lui-même sous le titre de la Ménagerie\ Elle eut cela de particulier que le premier auteur de la guerre protesta toujours de son respect pour celle qui en avait été l'occasion, et prétendit que