‹ Notice des émaux, bijoux et objets divers exposés dans les galeries du Musée du LouvreChapitre 10 sur 125 · ÉMAUX DE LÎ-MOGES DU VIII« AU IX^ SIECLE · texte numérisé non relu

ÉMAUX DE LÎ-MOGES DU VIII« AU IX^ SIECLE

cpptions de rapine et de destr\icli,on, que le, luxe ^tai^ ^rand, et le goût pour les bijoux d'or orn^s de,piei:res,pré^ cieuse^ très répandu. S'il s'agit de montrer la pr^tiqjuç permanente de réoif»ilierie, nous pourrons citer Jes an-! neàux d or des évêques Eibelwulf (1) et Alhstaji (2)„(|jgi vivaient au IX^ siècle, et d'aulres bijoux émaillës qu^pn peut placer dans le X^; mais j'ai hâte d'arriver aux monuments qui forment la collection du Louvre, c'est-à-dire d'entrer à Limoges.

Cette brillante colonie romaine devient, sitôt le calme à peu près rétabli en France, un centre de fabrication d'orfèvrerie si fécond , qu'on ne saurait attribuer ce rapide développement à autre chose qu'à des traditions anciennes, qu'à un corps de métier établi de longue date et fortement organisé. L'histoire de ses orfèvres, par son caractère légendaire lui-même, prouve combien était célèbre et remontait haut leur habileté. C'est vers le milieu du XI^ siècle qu'on- voit, tant par les monuments qui subsistent, que par les textes, combien les émaux se perfectio-nnent et gagnent en vogue; Limoges leur donne son nom (3). Cet honneur lui appartient, parce que cette ville industrieuse n'avait pas cessé de pratiquer ce procédé, en l'associant à son orfèvrerie; et lorsque, par suite d'une tendance particulière, qui concorde avec le goût pour les vitraux peints, pour les grandes peintures murales, pour les costumes et les tapisseries de plus en plus riches et brillantes, l'orfèvrerie s'efforça de paraître revêtue, elle aussi, de ces couleurs éclatantes, alors chacun voulut posséder de ses produc-

(1) Elhehvulf vivait en 836 et mourut en 857; son anneau a passé au British Muséum. Je l'ai examiné avec soin : c'est une taille d'épargne garnie d'un émail bleu noir, solidement incorporé au métal par la fusion. Le caractère du dessin et les ornements sont saxons, et il me parak inutile de construire des généalogies, comme on Ta fait en Angleterre , pour établir que cet anneau a été exécuté en France. Un orfèvre saxon pouvait très bien s'acquitter de cette mince besogne.

(2) M» Samuel Pegge a décrit cet anneau et en a donné un dessin^ Archaeologia , tome IV, p. 47. ^

(3) Ce point important est établi par de nombreuses citations qu'it; eût été impossible d'introduire ici ; on trouvera dans le glossaire de^ la seconde partie de celte notice, au mot Esma'd de Limoges, Iç^^ passages tirés des chroniques, des ordonnances et règlements, de^; inventaires, etc.

ÉMAUX UE LIMOGES DU Xlt'' SIÈCLE. 3S

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lions, et celles-ci, qui n'avaient été comptées jusqu'alors qu'en raison de leur- matiefe, furent estimées^ cause -dé leurs couleurs. Le clergé lui-même, foiijours rebelle aux nouvelles modes, accepta le cuivre doré quand il Tut éniàillé. La vogue fut immense et l'engouement général. Linibges suffit à ces besoins nouveaux ; C'eU tout dire.

Prétendre toutefois que cette ville eut le monopole des émaux, c'est ignorer l'histoire de ce procédé qui nous apprend que les orlèvres de tous les pays en connaissaient l'usage; c'est aussi méconnaître les habitudes vagabondes et nomades des maîtres, et même des apprentis de tous les métiers, qui portaient au loin leurs secrets et leur habileté. Ainsi s'explique la présence sur la rive gauche du Rhin, à Cologne, à Mayence, et mieux encore dans un grand rayon autour d'Aix-la-Chapelle, ce vieux centre du luxe carlovingien, d'une abondance de pièces d'orfèvrerie émaillée, dont Limoges ne peut revendiquer ni le style, ni le caractère, ni la gamme de tons simple et sévère, compositions et coloration qui semblent découler plus directement des belles traditions de l'antiquité, que des.pratiques byzantines.

Mais quand l'art se fait industrie , quand il devient une branche du commerce d'exportation; s'il est aux mains d'une populalioa industrieuse, souple et active, il prend pied dans un pays ou dans une ville, et tient la tête dans le grand courant de la concurrence ; ainsi ht Limoges. Aumilieudelapralique, partout répandue, de l'émaillerie, elle a exporté au loin ses produits et ses artistes euxmêmes; mais en même temps elle a rempli le centre de la France des objets fabriqués dans ses ateliers, en si grande abondance, que les révolutions de la mode et de la politique ont vainement mis au pillage les trésors de ses églises et les biens des particuliers; c'est là que se retrouvent les plus nombreuses et les plus belles productions de cet art (1).

(1) Les richesses, en ce genre et à travers les dévastations, sont aussi une preuve en faveur de l'origine des émaux; or, il n'y a nulle part une aussi grande quantité d'émaux en taille d'épargne sur cuivre qu'en France. J'ai fait mes réserves pour les pays s tués aux environs d'Aix-la-Chapelle et jusqu'aux bords du Rhin; quant aux collection» étrangères, et ù quelques églises hors de nos frontières qui possèdent desëinaux, elles les ont achetés en France aune époque assez moderne,

Résumons ce qui vient d'être dit, au moment où, terminant ces préliminaires, nous allons décrire les monuments réunis dans le Musée du Louvre. L'antiquité n'a pas connu l'émail, elle s'est ingéniée de mille manières pour suppléer à ses applications variées. Nos pères ont trouvé le vrai procédé, et à partir du III^ siècle de notre ère, comme l'avait appris Philostrate, ils appliquaient l'émail à l'orfèvrerie, et cela, non pas dans un lieu isolé, dans une ville ; mais partout où travaillaient leurs orfèvres. La ville de Limoges se montra sous ce rapport la plus industrieuse; une grande réputation s'attacha à ses artistes, et elle donna son nom aux émaux. Les preuves abondent à pariir du Xle siècle, pour nous montrer son activité, pour signaler son abondante production, et presque son monopole. Nous attribuerons donc indistinctement à cette ville tous les émaux sur cuivre que ne réclament pas les autres pays, qu'ils ne réclament pas avec les raisons solides et incontestables fixées par la critique moderne.

Les émaux auxquels je puis donner une date certaine ne remontent pa§ plus haut que le milieu du X1I<^ siècle, et il va sans dire que ce ne sont pas les plus anciennes productions de Limoges; mais j'évite le champ des conjectures, où je n'ai encore trouvé qu'erreur et confusion. Nombre d'anciens monuments de l'émaillerie m'ont été annoncés comme des productions des VIl^ et Vlll«^ siècles; à la première vue je leur ai trouvé tous les caractères du XIII^. On conçoit dès lors quelle réserve m'imposent

M. l'abbé Texier s'exprime ainsi \ La seule abbaye de Grandmont, pillée au XII^ siècle par Henry le jeune, au XIF' et au AT'" siècle par les compatriotes de cejeune prince, dévastée au Xf^I" siècte par le comte de Sainl-Germaiyi à la tète des protestants, possédait en 1787 plus de cinquante reliquaires anciens, cmaillcs pour la plupart ; p. 92. — Grâce aux inventaires des églises de Limoges, nous établissons, pièces en main, que la seule ville épiscopale, sans y comprendre les propriétés particulières, possédait quatre cent trente-huit reliquaires ; p. 93. Ce chiffre suffit, et je serais disposé à croire que les pillages de la guerre ont moins ruiné l'orfèvrerie émaillée que les variations de la mode et la destruction organisée en 1792-93. Il ne faut pas oublier que les pillards de la guerre ne recherchent que l'or et l'argent, ils n'ont pas le temps de tirer parti du cuivre; c'est en pleine paix que les fondeurs et les chaudronniers se sont abattus sur les châsses et les reliquaires émaillés«

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