‹ Notice des émaux, bijoux et objets divers exposés dans les galeries du Musée du LouvreChapitre 11 sur 125 · ÉMAUX EN TAILLE D'ÉPARGNE, XII* SIÈCLE · texte numérisé non relu

ÉMAUX EN TAILLE D'ÉPARGNE, XII* SIÈCLE

les prétentions d'émaux que je n'ai pu voir. Je n'en parlerai donc pas, préférant une lacune à une erreur. Toutefois, je dois mentionner deux monuments très intéressants. Us ont pour eux l'autorité respectable de MM. Potlier et Texier. C'est d'abord une crosse d'un charmant modèle (1), qui aurait été trouvée dans le tombeau de l'évêque de Chartres, Ragenfroy, Ragenfredus, où elle n'a pu être déposée que vers 960, époque de sa mort. Elle porte au-dessous du pommeau (2), épargnée en cuivre doré et se détachant dans une bande d'émail bleu, cette inscription :

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Jugeant l'âge de cette pièce sur le dessin de Willemin, et l'estimable auteur du texte de cet ouvrage n'avait pas d'autre secours, je lui conteste sa date, et par conséquent son origine (3). Cette crosse n'a pas la forme du bâton pastoral des évêques du X^ siècle; elle est décorée d'émaux qui appartiennent au XII«; enfin, les compositions dont le pommeau est revêtu sont épargnées en relief et gravées dans un style et un mouvement qui ne peuvent remonter plus haut' qu'à cette époque. Telles sont mes impressions à la vue de la planche de Willemin ; quand j'aurai vu le monument lui-même, mon opinion sera plus décisive. L'autre émail, un débris de châsse, appartient a M. l'abbé Texier; il est orné d'incrustations bleues et de rosaces de diverses couleurs. Une figure de saint est ménagée sur le plat du cuivre et comme niellée (je copie sa description). Elle représente un personnage vêtu de la tunique et de la dalmalique; sa main droite" porte un livre: à sa gauche, dans une ligne perpendiculaire, se lisent ces mots : FR. GLINAMVNDVS ME FECIT. M. Texier reporte le style du dessin et la forme des lettres au XI«= siècle, et il trouve, dans un passage de la bibliothèque de Labbe, qu'un

(1) Cette crosse est sortie de France , M. Meyrick l'a acquise de M. Douce et la possède aujourd'hui.

(2) Voyez la planche 30 de l'ouvrage de Willemin.

(3) Le tombeau de Tévêque Ragenfroy a été déplacé en 1541. Qui sait quelles substitutions ont pu avoir lieu à cette époque ?

flv<3itiê dû rtêrrie nom sctrlpia, en 1077, le lombeafu de Sfttirt^ FrîdÉt, à PëH-gue^x. • ,""-!>.- t.-- '^N ^n-.» i.:. ..m? ^'Hi«,«■^ 'Je n'ai pas Vu ce fragment,^ /î*?'^q«elq«!es'4ouleifefeUPtce Qliihamundus ; aussi je me hâte d'àri'iter aox émaux iki la châsse de saint Élienne de Muret, qui proviiennenl évidemment de Limoges, et qui vont nous servir à fixer d'une manière précise la manière des émailleurs de cette ville dans la première moitié du XII^ siècle.

Saint Etienne de Muret fonda l'ordre de Grandmont, près la ville de Limoges, en 1073; il mourut en 1124. Le maître-autel de l'église de l'abbaye de Grandmont fut décoré d'un revêtement de cuivre doré etémaillé pour la dédicace de ce nouveau temple de Dieu, qui eut lieu en 1165; enfin, le pieux moine, fondateur de l'ordre, ayant été canonisé en 1188, la châsse qui contenait ses reliques fut placée sur le maître-aulel. Le frère de Lagarde, religieux de cette abbaye, décrit ainsi, à la fin du XVI« siècle, et le revêtement et la châsse : Entre ces quatre piUiers est ledict grand-autel et tant le contre retable que le devant (ticeluy est de cuivre doré csmaillé. Et y sont les hystoires du vieux et nouveau testament, les treize apostres et aultres saints, le tout avec eslevalion en bosse et enrichi de petite pierrerie. Le tout fort bien ouvré et excellente aultant ou plus riche que si le tout cstoyt d'arge^it. Sur le contre retable, au plus éminent Heu dudict autel, est une fort belle eslevation et grand châsse dans laquelle repose le corps de saînct Etienne, confesseur, premier instituteur de Vordre de Grandmont. Ladict châsse est de cuyvre doré, esmaillée, enrichie de perles de cristal et auUre petite pierrerie, où est par personnaiges le pourtraict^ en bosse, de la vie dudict sainct, entièrement.

Ce bel autel, y compris la châsse, fut acheté, dépecé et fondu en 1790 par le sieur Coulaud , fondeur à Limoges, qui réserva quebjues fragments dans l'espérance d'en tirer meilleur parti. Deux plaques émail lées furent proposées à M. du Sommerard, qui en enrichit sa collection. L'une de ces plaques représente le moine Élienne de Muret, sans nimbe, en entretien avec saint Nicolas, qui est nimbé. Elle est donc antérieure à la canonisation du fondateur de Grandmont; elle ne vient pas de lâchasse, mais du revêlement de l'autel. L'orfèvre a tracé cette iuscriplion, ou ce litre, au niveau des têtes de ses personnages : NICOLAZ ERT : PARLA. A MN ETEVE DE MVRËT, c'est-à-dire : Nicolas était parlant à monseigneur Etienne de Muret. Les caractères de celle ini-

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criplW'usQQt propres àLimojïf s, e^uous les retrouveroius siuf d'aulres iiionunieiils de sa fabrique. L'autre- pi aq^ie a pQwr sujet l'Adoraliou des Mages; loul^s deux ont e^.h^utçur 0^283, eteu largeur 0,180. Il yadens chosesàcousidc^rercl^l^ ces curieux et rares speciuien do i'éiwaillerie de Limoge»: d!abord le style du dessin, ensuite le ion des émaux et le procédé de leur application. Ces compositions ont tout le caractère français, sans autre intervention byzantine (1) que celle qui résulte de ce reflet général des productions apportées d'Orient par le commerce des Vénitiens (2). Ces émaux laissent dominer le bleu lapis comme ton général, et ses diverses nuances font, avec un émail couleur vert d'eau , d'une seule nuance, tous les frais des costumes. Excepté l'Enfant-Jésus, qui brille par la dorure du métal épargné, et dont la léte se détacbe en relief, toutes les figures entièrement émaillécs se découpent sur un fond entièrement épargné. Les carnations sont rendues par un émail rosé, avec un essai de modelé et de nuances très mal réussies. Le rouge mat, ou opaque, est employé dans la couverture d'un livre et dans les ornements(3), ainsi que dans les souliers de l'un des trois mages de l'autre

(1) L'histoire du do^e Orseolo, réfugié ù Limoges à la fin du X« siècle, est un fait positif, mais son inlluence sur l'atelier limousin par l'intervention des nombreux artistes grecs qu'il aurait amenés avec lui pour se distraire, parla culture des arts, de l'abandon de sa puissance, me semble un petit conte dont on n'avait pas besoin pour expliquer [9 courant d'inlluence byzantine qui passe par Limoges au X« siècle, ainsi que par le reste de l'Europe, et qui s'y continue plus longtemps qu'ailleurs par des raisons que j'aurai soin de mettre en évidence.

(2) J'exclus de cette notice l'examen des influences orientales. Il y a beaucoup à dire sur les émaux chinois , persans, arabes ; mais d'un côté des textes précis nous manquent pour fixer des époques certaines, de l'autre les collections orientales sont hors de mon domaine. J'indique cette lacune, car j'en sens toute l'importance.

(3) Mnsée de Ciuny, n" 934 du catalogue. M. A. -M. Migliarini, conservateur du Musée de Florence, m'a écrit ses observations sur l'emploi des diverses nuances d'émaux et sur l'utilité que pourrait avoir un tableau de leur introduction successive : Supporci r/ucsio abbozo utile, per rintracciarnc le cpoche hi quclli smatli clie si prescntano incogniti del tutlo e sono gli anlichissiitn. Je me suis appliqué à citer exactement toutes les nuances nouvelles qui apparaissent dans les émaux que je décris, je ne pouvais faire plus. Il apparti' nt à un savant spécial de comparer ces applications successives avec ce qu'où sait des

plaque (l). Dans celle-là, les couronnes des mages, de la forme de bonnets, sont jaunes, et la lampe, suspendue dans une arcade , est blanc opaque. Une particularité remarquable, propre à tous les émaux de cette époque, c'est an guillochage en creux qui marque toutes les tailles d'épargne, et une manière de rendre les cheveux et la barbe par un émail rouge mis dans des entailles faites au burin. Quant au procédé, il n'a rien de particulier, si ce n'est un travail de gravure , profond de plus de 2 millimètres, et aussi abrupte que peuvent l'être les lames de cuivre des émaux cloisonnés.

Nous pouvons rattacher à cette catégorie un petit nombre d'émaux (2), qui nous conduisent à la plaque funéraire, ou

conquêtes de la chimie en général et de la découverte des couleurs vltrifiables en particulier.

(1) «usée de Cliiny, n° 935.

(2) nusée de Ciimy, n° 9Zi8, le Christ sur la croix, l'inscription en lettresromaines.Hauteur,0,153; largeur, 0,0/i2.— collection soltikoff. Croix en cuivre émaillé , draperie bleu lapis , la ceinture bleu clair pointillée en jaune, bordure jaune pointillée en rouge, les cheveux et la barbe en rouge, les côtes marquées, l'inscription en caractères romains. Hauteur, 0,380; largeur, 0,250. — collection Failly. Croix en cuivre émaillé, montée sur bois. Même caractère, mômes particularités de travail et de distribution des émaux que sur la croix de M. SoltikofF décrite précédemment. Les têtes, aux cheveux rouges, se détachent sur des nimbes verts bordés de jaune. Cette croix appartenait ù M. Didier Petit, de Lyon, qui ne l'a pas comprise dans sa vente. La jupe de couleur bleue qui couvre le Christ est refaite. — collection oermea». Une troisième grande croix provenant de la même source et acquise, à Limoges même, par l'honorable collectionneur. Le Christ est figuré sur une croix émaillée en vert, qui se détache sur le fond bleu de la croix. Toutes les carnations sont d'un blanc rosé, les traits des cheveux et de la barbe sont remplis d'émail bleu. Au-dessous du Christ est figuré saint Pierre, audessus cette inscription divisée en trois lignes : DNS — IHS — IPS. Il y a, dans les traits des personnages et dans l'ensemble du travail, une brutalité primitive étrange. Hauteur, 0,650; largeur des branches, 0,335.— collection Saint-Aldegoude. Quatrième grande croix, produite vers la même époque et par le même atelier limousin. Les têtes sont teintées avec un émail de couleur rose, tenant au violet ; les carnations du reste du corps sont blanches , les cheveux rouges , l'ensemble d'un caractère sévère. Hauteur, 0,660; largeur des bras, 0,420; largeur de la croix qui s'évase aux extrémités, 0,047. — collection etermeau. Un reliquaire, forme d'église, avec une porte à l'extrémité. D'un côté quatre figures en relief, de l'autre saint

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plutôt comméniorative (1), qu'on appendit aux murs de J'église cathédrale du Mans après la mort de Geoffroy Planlagenet, en llol, et qu'on peut étudier aujourd'hui dans le musée de cette ville (2). Cette plaque a pris un aspect différent par l'emploi de l'émail couleur vert d'eau, qui domine, comme ton général, en formant le fond de tapisserie sur lequel se détache la figure : le bleu éclatant ne vient qu'ensuite frapper les yeux. Le caractère du dessin

Pierre et saint Paul, et entre eux saint Jean. Les carnations d'un blanc rosé: le bleu est de deux nuances, l'un turquoise, l'autre bleu lapis pale et d'une nuance fausse; le rouge est employé dans les auréoles et dans les livres; les fonds sont dorés et gnillochés avec beaucoup d'art; les traits, épargnés dans le métal, ne portent pas ces petits points que j'ai remarqués sur les émaux précédemment décrits. Hauteur, 0,220; longueur, 0,2/i5.

(1) Cette plaque, sorte de tableau votif, était appendue dans l'église en souvenir du défunt, et elle n'a rien de commun avec les plaques dont on couvrait les tombeaux. Elle a en hauteur 0,633, largeur 0,340.

(2) Un doute s'est élevé dans l'esprit de M. J.-R. Planché au sujet de cette plaque. Le père Menestrier n'en parle pas; le père Anselme (Hist. gén. , vol. VI, p. 19, éd. de 1726-33) la citait en 1725, et Montfaucon en donnait la figure en 1730 (Tome II, pi. XII, page 70), comme se trouvant à cette époque appendue dans l'église Saint- Julien du Mans. Nous savons en outre qu'elle a disparu pendant un certain temps, entre son enlèvement de l'église et son exposition dans le Musée du Mans. Or, il y avait dans cette mêmeéglise, en 1647, deux plaques émaillées qui représentaient deux guerriers avec leurs l)oucliers couverts des nîêmts armoiries; au moins voici ce qu'on lit dans Sandford"s genealogicalbistory,pagell/|, édition de 1677, àl'articîe de Guillaume Longespée, comte de Salisbury : hi tlic cathcdral church of Mans, m thc cou7dy ofMain, tlic figure of TJ'iUiam d'Evcrcux or Fitz Patrick Is enamellcd upon a coppcr plate afjioced io a pUlar in tlie souih aislc nearthe cross of thc said church, bcing aboiit a fcot and a halfhigh, armed in mail andiviih his Icft arJH tcaning upon In Ion iriangular shicld, upon ivhicli are thc si.v lions , but by rcason of ihe cniboiving thcreof, only four ofthc lions arc obvions to your sight. Sir Edward Walkcr hnigld, garicr principal King ofarms, being in thosc parts uponhisview ofthc said calhcdral, mode this observations. Ann. 1647. — Ce Guillaume mourut le 18 avril 1118, et Geoffroy Plantagenet le 7 septembre 1151; au point de vue de mes recherches sur la marche du procédé de l'émail, ces trente années n'ont pas une grande importance, je renvoie donc aux: Remarks on an enamelled tablet, preserved in the Muséum at Mans. Tome I, page 29, du Journal of the british archxological association.

est solennel. C'est le style français encore influencé par,; les. inodèles byzantins, mais marchant déjà daus sa propre voie; les dômes et coupoles, surmontes de croissants et de boules^ qui remplissent la partie supérieure de la plaque, n'ont rien de réellement oriental ; ils appartienuentà cette architecture de conrention qu'employèrent si souvent les enlumineurs français du XI^ au XIII-^ siècle dans les encadrements des miniatures de nos manuscrits. I.es carnations sont rendues par un émail rosé qu'on a eu la prétention de nuancer et de modeler. Les yeux sont bleu clair.

Ces émaux aux carnations teintées ont subi une modification dans les mains de quelques émailleurs, qui ont laissé dominer davantage le brillant du métal en en tirant parti. Les silhouettes des têtes sont enlièremenl épargnées dans le cuivre, et les détails des traits du visage et des cheveux sont gravés en creux. Ces entailles sont remplies d'émail rouge ; les figures émaillées se détachent sur le métal, dont l'éclat est rompu par un guillochage finement exécuté en creux et du meilleur goût (1). De ces émaux aux carnations teintées et de la modification dont je viens de parler, nous passons à une autre série qui présente celle différence, que les carnalions sont rendues par un émail blanc opaque, employé encore dans d'autres parties. Le caractère du dessin, l'esprit des compositions, sont un peu plus modernes, et nous pouvons leur assigner une date au moyen de la plaque émaillée que je vais décrire :

1, — Vision de saint François- d'Assise. — Plaque de cuivre doré, émaillé y provenant d'un autel portatif ou d\in reliquaire. XII ï^ siècle. — Hauteur, 0,210.

La plaque est de forme circulaire, composée de quatre circonférences placées en croix et en pénétrant une cinquième de même diamètre qui forme le cenire. La circonférence supérieure est occupée par une figure symbolique figurant la vision de saint Fnnçois-dAssise qui vit descendredu ciel un séraphin et Jésus crucifié . et se senlil comme pénétré aux pieds , aux mains et au côte des blessures de N.-S., dont il conserva les traces sanglantes. La figure symbolique rappelle à la fois lange par les ailes qui s'élèvent au-dessus de la tête, par d'autres étendues audessous des bras , par de plus grandes repliées en avant, et Jésus-Christ.

(1) collection -sioltiliolî. Un reliquaire. Hauteur, 0,210; lou.J^ gueur, 0,190. jjj

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crucifié par la position horizontale des bras, parles traces des cîou* inrtwpiées sur les mains et Irs pieds, et par le nrmbe qui entonre la ^êt^, ' Sa iiU François t pieds nus, esl deboul, élevant les mains, la têt»^ découverte et tonsurée ; il esl vêtu d'une robe à capuchon de pou^leilr bleu foncé , ceinte par un grand cordon à nœuds tombant verlicalettienl sur le milieu du corps; le visage, le crâne, les mains et litige partie de la poitrine, que la robe laisse à découvert, sont en émail blanc tirant sur la couleur de chair, avec des taches d'émail rouge qui figurent les blessures. Le visage, les bras, les mains et les pieds de la figure symbolique, sont émaillés de même. Un nimbe démail rouge enveloppe la tète du saint de même que celle du Christ symbolique. De chaque côté du saint François s'élèvent, en s'élendant h droite et à gauche , sur le? circonférences latérales, deux groupes d'arbres dont les troncs et le.« rameaux sont émaillés de vert, et les lleuronsofTrent un mélange d'émaux verts, jaunes et noirs sur l'un; démaux bleus, blancs et noirs sur l'autre. Le saint François, la vision et les arbres se détachent, en émaux, sur la plaque de cuivre doré qui est ornée d'un guillochage gravé légèrement en creux; la circonférence supérieure esl contournée d'un cercle émaillé de bleu clair profilé de blanc, avec quelques indications de nuages vers le bas, figurés par des émaux bleus, blancs et noirs. Un filet bleu turquoise suit les contours des autres circonférences. Le revers n'est pas eraaillé. — (Acquisition de 1851 M. L., n» 84.)

SainlFrançois d'Assise, nëen 1182, eut sa vision en i224; il mourut en 1226, et fut canonisé par Grégoire IX. Le caractère du dessin de cet émail le place tout naturellement à cette époque; mais la nature des émaux me dispose à croire qu'il est un des derniers de celle série à laquelle on peut assigner, comme limite extrême, les dernières années du XII' siècle et le premier quart du XIIl»^.

Les émaux ne conservent pas exclusivement ce caractère ; d'autres orfèvres ignorent ces teintes rosées, ces carnations blanches; peul-être aussi les rcjellenl-ils, préférant exprimer les chairs et les mains par le mêlai doré, épargné en relief. Ces émaux se distinguent par des tons crus, assez vifs, par des blancs purs, des bleus turquoise éclatants, et un caractère de dessin assez solennel (1). Jene

(1) Les colleclions publiques et particulières conservent quelques émaux qui appartiennent à cette série : Collection iza C/artoryska. Plaque arrondie par le bas et détachée d'une châsse ou d'un reliquaire. L'ange, les ailes déployées, étend ses bras vers les trois Juifs placés dans un cercle de feu et qui portent leurs noms ainsi écrits audessus de leurs têtes : AZARL\S-AM.\L\S-MISAEL (Daniel, III). Les carnations sont rendues avec un émail blanc, les yeux et les cheveux atec un émail bleu foncé. On remarque en outre le vert se fondant en jaune et le rouge pur. La plaque, bordée par un rang de perles, est très épaisse et n'est pas éinaillée au revers. C'est une production remarquable qui forme le point de jonction ou de pas«nge des plus anciens émaux aux émaux nuancés que je déciis sous les n"' 24 à 29. Hauteur, 0,207; largeur, 0,226. — collection soltikolT. Coffret de

îue crois donc pas autorisé à établir d'une manière positive que les figures et leurs carnations furent rendues par l'émail jusqu'à la fin du Xll*^ siècle, et qu'à partir de ce moment, au contraire, on réserva les figures dans le métal pour ne creuser et n'émailler que les fonds. Rien n'est ainsi tranché dans les arts. Il y a une persistance de traditions ou de routines qui lutte contre les novateurs et, par des concessions successives, enchevêtre les anciens avec les nouveaux procédés; toutefois, et en admettant de nombreuses exceptions, on pourrait établir ainsi la marche générale :

Figures émaillées, chairs teintées, fond de métal doré. — Xle et Xlle siècles.

Figures mi-partie émaillées et épargnées, carnations blanches. — Fin du XII^.

Figures dont la silhouette est épargnée dans le métal, dont les détails sont gravés en creux, se détachant sur fond d'émail d'abord verdâtre, bleu et jaune, puis bleu d'azur éclatant. — Commencement du XIII'.

Uniformité des émaux, dans leurs teintes, pendant deux siècles entiers (XIII^ et XIV^) ; les distinctions d'époques ne peuvent être établies que par le caractère du dessin et par la fermeté de la gravure. Pour les émaux en relief, c'est la ciselure qui sert de guide.

forme oblongue. (Debruge, n° 662.) Cette pièce peut être d'une vingtaine d'années plus ancienne que la plaque de saint François ; elle est placée dans le XI « siècle par M. Labarte. Hauteur, 0,080 ; longueur, 0,220 ; largeur, 0,130. —Musée de Rouen. Un médaillon en cuivre représentant le prophète Osée, en buste. Les carnations sont un peu rosées, l'auréole bleu turquoise, les vêtements de trois nuances de bleu clair. La figure émaillée se détache sur le fond doré de la plaque, dans lequel est gravé le nom OSE — AE. Largeur de la plaque, environ 6 centimètres. — collection railly. Petit reliquaire de forme allongée , décoré sur chacune de ses faces de huit médaillons, et, aux extrémités, de deux autres médaillons qu'occupent des anges représentés en buste. Ils sont épargnés en reUef dans le métal, mais ils se détachent sur un émail blanc qui forme le fond : c'est le passage à une autre série. La décoration aussi bien que le style des figures placent ce reliquaire assez avant dans le XIII ^ siècle. J'en dirai autant d'un chandelier de la collection Soltikoff, assis sur une base à six pans décorés de figures de chevaliers aux vêtements blancs. C'est par la combinaison de p'usieurs caractères tirés des émaux, de ia gravure et du dessin, qu'on peut donner une date approximative à ces objets d'art.

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