‹ Notice des émaux, bijoux et objets divers exposés dans les galeries du Musée du LouvreChapitre 12 sur 125 · ÉMAUX EN TAILLE DÉPARGNE. XII*^ SIÈCLE · texte numérisé non relu

ÉMAUX EN TAILLE DÉPARGNE. XII*^ SIÈCLE

Les émaux que je vais décrire appartiendraient, suivant cette classification, à la fin du XII- siècle et au commencement du XIII^.

9* — L'Adoration des Mages. — Plaque circulaire en cuivre gravé , doré et émaillé. Fin du XII^ siècle. — Diamètre, 0,115.

La vierge Marie est assise sur un coussin ; elle est vue de face, tenanl de la niain gauche TEnfanl-Jésus assis sur ses genoux, el de la droite portant un sceptre fleurdelisé ; sa tête, coiffée d'un voile blanc, se détache sur un nimbe d'émail bleu lapis, et on lit au-dessus : sta maria. Le nimbe qui entoure la tèle de Jésus est crucifère, fond bleu lapis, la croix blanche. A droite ,4) est saint Joseph, debout; sa tète se détache sur un nimbe de couleur bleu turquoise; au-dessus est le nom:IOSEPH. Les trois mages sont à gauche, chacun d"eux ayant une couronne sur la tète. Le plus rapproché de l'enfant présente une coupe et s'agenouille, les deux autres sont à demi cachés. On lit au-dessus d'eux le mot : MAGI* Un rang de perles allongées, en émail bleu turquoise, entoure la plaque presque entière; au bas, au-dessous des pieds de la Vierge, il se divise en huit compartiments, dont deux sont incrustés d'émail bleu lapis. Les couleurs démaux sont trois tons de bleu lapis, le bleu turquoise, le vert, le jaune, le blanc et le noir; toutes opaques. Les traits du visage et les détails des mains sont gravés sur le métal en traits profonds remplis d'émail noir. Les figures se détachent sur un fond dore. La plaque n'a pas reçu d'émail au revers. — ^Collection Révoil , n^ 252.

3-9t« — Dix-neuf plaques , triangulaires et curvilignes, en émaux de couleur sur fond d'or , remplissant les tympans des arcs qui décorent le RELIQUAIRE DE Charlemagne. Xll^sièch. — Hauteur, 0,036; longueur, 0,105.

Les nos 3 à u présentent deux motifs d'ornements qui sont alternés. (Quatre de ces plaques, posées sur les angles, sont repliées sur leurs axes.' Les couleurs d'émaux sont le blanc, "bleu pâle et bleu lapis, le jaune vert et bleu lapis, le rouge et le bleu turquoise pâle. Un filet de cette dernière nuance, liséré de blanc, encadre les ornements et suit les contours des plaques qui sont sur leurs bords intérieurs ciselées en imitation de rangées de perles. ^' 13. Sur le couvercle de ce reliquaire, des ornements de même style et de mêmes émaux, pareillement sur fond d'or, sont disposés en une rosace circulaire de 0,030 de diamètre, occupant le centre d'une plaque de cuivre doré, rectangulaire, de 0,030 sur 0,033, et, -no 16, en une bordure, dont il ne reste qu'un fragment de 0,OiO de longueur surO,02S de hauteur, qui est composée de quatre rec-

(1) J'appelle droite ma droite, celle du spectateur: cette observation s'ap« plique à toutes les descriptions.

W NOTICE DES ËBIaUX, BIJOUX, ETC.

langtes allonges et de trois rosaces à quatre lobes que relient des portions de cuivre ciselé. Cette bordure décore la partie du couvercle qai, lorsqu'il est abaissé, correspond à la partie antérieure du reliquaire (1). Nos 47 et 18. Des frises d émaux étroites, qui n'existent plus que sur la paroi postérieure, répétées sur le haut et le bas, et quelques fragments sur les côtés, ont 0,004 de hauteur; elle^ sont distribuées en sections de 0,077 de long qui séparent des ciselures. — Ancienne collection , n» 347,)

La destination de ce coffret et le buste de Frédéric Barberousse fixent la date de son exécution. C'est en 1165 que l'empereur, épris d'un grand zèle pour le souvenir de Chariemagne, ouvrit son tombeau à Aix-la-Chapelle, et distribua ses ossements ; c'est aussi à celte époque que les coffres et coffrets employés à les garder furent exécutés. Mais devons-nous croire que Barberousse commanda ces coffrets émaillés à Limoges? Il faudrait l'admettre, si ces émaux ne présentaient aucune différence dans leurs nuances, dans la contexture de leurs pâtes, dans leur application au métal , avec les émaux de Limoges. Si , au contraire, ces différences sont sensibles, si elles se font remarquer sur d'autres monuments dont l'origine allemande est aussi probable (2), de quel droit refuser à nos voisins l'honneur d'avoifémaillé leur orfèvrerie dès le XII^ siècle, soit avec l'aide des ouvriers nomades de Limoges , soit par leur propre industrie? Je laisse ces questions dans le vague, me contentant d'indiquer leur importance, et la voie dans laquelle les recherches doivent être dirigées.

A cette date,sui^git à Limoges une nouvelle série d'émaux, dont le caractère tient à l'usage de nuances fondues de bleu dans le blanc et de vert dans le jaune. Les plaques sont de petites dimensions, et toutes bordées d'un rang de perles ciselées dans le métal et prises dans sa masse.

^4« — La Paque (Exode, chap. xii). — Plaque en cuivre doré et émaillé. Fin du XI I^ siècle — Hauteur, 0,114; largeur, 0,083.

Un Israélite, porlant de la main gauche un bassin rempli de sang, trace

(1) A une époque, qu'on ne saurait préciser, les plnqiies de bordure qui décoraient le côté opposé du couvercle ont été déîacliées ; elles ont fait partie de la collection Durand, et à ce titre e\istent aujourd'hui dans la colltcrioa du Louvre sous les n"' ED, 12;!/2GS3, 8/i. Je k-ur rc-erve les n°» 22 et 23, me rapportant, pour leur description, à ce qui a été dit plus haut.

(2) collection SoltikoiT. Grand tableau à volets, servant de reliquaire. Travail de repoussé. Le? émaux n'entrent que dans la décoration et ils sortent de la même fabrique allemande.

ÉMAUX EN TAILLE D'ÉPAUÇNE, XH« SIÈCLE. 45

de la (Jioilc la Iclire T sur le poloau de la porle de sa maison • on lit sur ïe. poteaa ceiio inscription : HOOEST-PHASE. Cesf la ' Pâque (chap. XI!. V. \V qu'explique et symbolise un agneau égorgé dont le san" sécoule el remplit une coupe placée en avant. Sous l'arc de la porle'^ deux iiomnies debout . un bàlon à la main, les reins ceiiils et les pieds i.-liaussés chap.XU. v. 11*; celui qui est placé en avanl est imberbe- tous «ionl coiffés d'un bonne} terminé en pointe, tel quf celui de l'homme i]ui écr.l. el n'en difTéranl qtie par un cordon rouge. Celui-ci a une robe plus longue, de couleur verle nuancée, remarquable par une bordure bleu pâle tachetée de gouttes rouges. Les traits des visages et les détailg des mains sont gravés dans le métal el remplis d'émail gros bleu de même ((uc l'inscription. Les personnages el les accessoires se détachent sur un fond doré que circonscrit un encadrement démail bleu lapis bordé d'un filet blhnc. La plaque de cuivre n"a pas reçu démail au revers; elle esl ciselée sur le bord d'un rang de perles, ornement caractéristique pour l'époque. On voit dans plusieurs collections des émaux du XII* siècle exécutés sur des plaques ainsi taillées [i].

!55. — Inscription du Thau sur le front des

FIDÈLES (^^^ec/nV/, chap. IX). — Plaque en cuivre doré et émaillé. Fin du XFI^ siècle. — Hauteur, 0, m ; largeur, 0,082.

L'envoyé de Dieu esl représenté debout, velu d'une longue robe, avant un cornet d écrivain sur ses reins (chap. IX, v. 3). coiffe d'un turban, la lêle ceinte d'un nimbe; il lient de la main gauche une corne lui servanl d'écritoire, el de la droite inscrit la lettre t sur le front d'un homnj« qui s'incline vers lui en joignant les mains. En arriére de celui-ci sont figurés dix personnages dont on ne M voit que les lèles échelonnées marquées au front du ^ signe rédempteur. La robe de l'écrivain esl bleu pâle, ^ le lurban vert, le nimbe bleu lapis avec contour i blanc; celle de Ihomme qu'il marque au front est ^ nuancée de verl et de jaune , avec une broderie dans le ^i bas, figurant des croix en sautoir, de couleur rouge, ^5 sur une bande de nuance bleu tirant sur le verl; le ï manteau esl bleu; les chausses, dont on ne voit que ^ l'extrémité, sont rouges; les bottes bleues. Les person- J^ nages se délachenl en couleur sur le fond d or qui ^ est épargné pour les visages el les mains, dont les dé- ^ lails sont gravés el remplis d'émail gros bleu. Il en esl ^ de même de l'inscription SIMILIS-.4.AR0N ainsi posée : ^ Un encadrement d'émail bleu lapis , bordé d'un filet «^ blanc , renferme la composition. La plaque est ciselée J*^ sur le bord d'un rang de perles, de même que celle qui ^W^L A'Bf # précède. Le revers n'a pasre<;u d'émail. ■^•^j^'W

(I) Collections Sollikoff, Ciernieau, Loim roiild, etc. Il serait trop long de décrire toutes cf s plaques, qui soi t:'nt d'un même al» lier et répondent à une même pliase particulière des émaux eu taille d'épargne.

9G« — Abraham et Melchisedech. — L'évan- GÉLiSTE SAINT Luc. — Plaque en cuivre doré et émaillé. Fin du XI I^ siècle. — Hauteur, 0,070; longueur, 0,149.

Melchisedech présente à Abraham k- pain el le vin figurés par un calice et un disque sur lequel est tracée une croix; il est vêtu d'un ample manteau qui lui couvre les mains et laisse voir deux robes superposées; sa tête, ceinte d'une couronne . se détache sur un nimbe de couleur bleu turquoise. En arrière de lui est un autel couvert d'une tenture bleue, et qui laisse apercevoir un rideau relevé attaché à un clou; entre le rideau et l'autel, on lit le nom IMELCHISEDECH, disposé sur deux lignes. Abraham, debout vers la gauche, penche la tête du côté de Melchisedech et touche d'une main le pain que celui-ci lui présente; sa tunique, de couleur bleue, est remarquable par les points blancs dont elle est semée ; sa tète, coiffée du casque au nasal tombant, se détache sur un nimbe de couleur verte. Derrière lui est placé un homme debout et un second donr on ne voil que la tête. Le nom d'Abraham, gravé dans la plaque et rempli d'émail bleu, de même que celui de Melchisedech, est disposé en hauteur. Dans le haut el le bas de la composition et de la plaque sont deux bordures d'email bleu dans lequel l'orfèvre a placé symétriquement de petites rosaces qui retiennent dans leurs cloisons des émaux rouges, jaunes ou blancs ; ce sont là des émaux cloisonnés, et j'en parle plus loin sous le titre d'émaux mixtes. Du côté droit de la plaque est figuré l'évangéliste saint Luc, assis devant un pupitre et écrivant dans un rouleau: de la main droite il tient la plume, et de l'autre le couteau qui servait à la fois de canif pour tailler et de grattoir pour effacer. A l'angle supérieur de droite on voit, sortant des nuages , la tète du bœuf se détachant sur un nimbe de couleur verte, et vers la gauche un rideau drapé relevé par un clou. La tête de l'évangélisle iporte sur un nimbe de couleur bleu lapis, et son nom LVCAS est écrit derrière lui en hauteur. Un filet bleu turquoise liséré de blanc forme l'encadrement de la composition. — fCoUeCion Durand, n" 122/2677.

^t. — L'ÉVANGÉLISTE SAINT MaRC. — Le SA- CRIFICE d'Abraham. — Plaque en cuivre doré et émaillé. Fin du XTl'^ siècle. — Hauteur, 0,070; longueur y 0,149.

Du côte gauche est figuré l'évangéliste saint Marc, assis devant un pupitre et écrivant dans un rouleau; il tient la plume de la main droite et de l'autre le couteau. Le lion, dont on voit dans le coin de gauche la tête nimbée sortant des nuages, semble s'abaisser vers l'évangéliste qui écoute ses inspirations. La robe de saint Marc est vert nuancé de jaune; le manteau, dont un coin est passé dans la ceinture, est de nuance bleu pâle; le nimbe qui entoure la tète est de couleur bleu lapis. La tête du lion se détache sur un nimbe rouge. Le nom MARCUS. disposé en hauteur, est gravé et incrusté en émail gros bleu et posé sur le fond d'or, en arrière de l'évangéliste. Du côté droit. Abraham est représenté prêt à frapper d'une épée son fils qu'il tient par les cheveux, âge-

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