‹ Notice des émaux, bijoux et objets divers exposés dans les galeries du Musée du LouvreChapitre 13 sur 125 · ÉMAUX EN TAILLE D'ÉPARGNE, XII' SIÈCLE · texte numérisé non relu

ÉMAUX EN TAILLE D'ÉPARGNE, XII' SIÈCLE

nouille et renversé en avant sur un autel ; Tange, sortant des .nuages, saisit l'épée d'Abraham et Tarrète ; l'agneau est placé du côté opposé derrière le patriarche, et se dresse le long d'un tronc d'arbre; près de la télé d'Abraham est écrit son nom: HABRAHA3I. Les têtes sont nimbées. La robe d'Abraham est de couleur verte, le manteau bleu pâle, le nimbe bleu turquoise. Le vêtement d'Isaac est de nuance bleu turquoise, le nimbe vert. Les ailes de l'ange offrent deux tons de bleu séparés par une ligne de plumes blanches; le nimbe fst rouge. Deux petites bordures d'émail bleu lapis sont disposées dans le haut et au bas de la composition; elles sont ornées de petites rosaces à quatre lobes cloisonnées et remplies d'émaux alternativement rouges et jaunes, et des mêmes rosaces coupées par la moitié et disposées au long des bords, celles-là de couleur blanche. Le revers n'a pas reçu d'émail. — Collection Révoil . n" 2iU.^

!5S. — FiGVî^E SMdBOLiiiiE réunissant les attributs des quatre évangélistes. — Chosroes vaikcl par Héraclius. — Plaque en cuivre doré et émaillé. Fin du XI I^ siècle. — Hauteur, 0,075 ; longueur , 0,149.

Du côté gauche, une figure symbolique, enveloppée d'ailes, réunit autour de la tète de l'ange, qui forme le motif principal, les trois têtes du lion, de l'aigle et du bœuf groupées en arrière. Les quatre sont nimbées: les ailes qui leur appartiennent sont disposées en étages sur chaque côte et deux repliées en avant. Les mains, par leur position et par les indications de cicatrices qui y sont tracées . font allusion au crucifiement de >.-S. Les pieds offrent des marques semblables et s'appuient sur une roue à laquelle des ailes sont attachées. On lit vers le bas de la figure: CHERVBIM. Du coté droit, Héraclius est représente l)randissant dune main son épée, tandis que de l'autre il saisit par les cheveux et renverse en avant Chosroes dont la couronne tombe à terre. Le nom du roi perse est gravé sur le fond vers la gauche : COSDROE. et dans le coin de droite, près de la tête de l'empereur, on lit : ERA- CLIVS REX. Au-dessus de Chosroes est un quart de cercle sur lequel sont figurées des images du soleil et de la lune et trois étoiles. L'empereur romain porte le casque, à nasal tombant, de couleur bleu turquoise : la tunique, de nuance bleu pâle et tachetée de blanc. La robe de Chosroes est verte et jaune. Les personnages se détachent en couleur sur le fond dore ; les visages et les mains sont épargnés en métal; les traits, les delails et les lettres des inscriptions sont gravés et les traits remplis d'émail gros bleu. Dans le haut et le bas de la composition de droite ponl de petites bordures fond bleu dans lesquelles sont disposées régulièrement des rosaces cloisonnées et remplies demail blanc. J'aurais pu. en raison de cette particularité qui se présente rarement dans les émaux de cette date et de ce style, rejeter cette plaque ainsi que la précédente parmi les émaux de procèdes mixtes; il m'a semble qu'il suffisait de l'indiquer. Le métal est sans préparation au revers. — (Collection Révoil, n^ 245.)

^9. — Saint Sébastien, saint Livin, saint Tran-

QLiLLiN. — Plaque en cuivre doré et émaillé. Fin du XI I^ siècle. — 0,100 en^arré.

Les trois saints sont représentes debout sous trois arcades composées

darcs circulaires reposint sur des colonneltes légères. Les noms dp saints sonl gravés dans le métnl, sur les nrcs qui surmontent la léle de chacun deux ; les voici : S. SEBASTÏANVS, S. LIVINVS. S. TRANQVIL- LINVS. Les lettres ont été ensuite remplies démail noir. Saint Livin, placé au milieu, vu de face, revêtu d'iiabils épiscopaux. tient une crosse de la main droite, et de la gauche un évangéliaire ; sa tête est couverte d'une milre qui a la forme basse propre au Xn« siècle ; la bordure de cette milre, de même que Tétole. laissent apercevoir des traces d'émaiî rouge presque entièrement détruit. Des inlailles incrustées d'émail noir dessinent sur le fond du cuivre doré (car celle figure est entièrement épargnée dans le métal) tous les détails du visage , de la chevelure, de même que les plis du manteau. Les deux figures de saints, placées aux côtés de saint Livin. ont, au contraire, leurs vêtements creusés et émaillés; les têles. les mains et les pieds sont gravés en taille d'épargne, et les traits niellés dans le métal doré. Ces deux figures soutiennent un livre de la main gauche que cache un pan du' manteau ; les émaux des vêtements sont le bleu avec les ombres rouges et les lumières blanches, et le vert éclairé de jaune ; les trois personnages et les détails d'architecture se détachent sur un fond d'émail bleu lapis. Une ligne d'émail bleu turquoise, liséré de blanc, entoure la plaque comme un cadre, et est elle-même conlournée par le guillochédes bords. Le revers n'est point émaillé.— (Collection Révoil, n» 253.)

L'agrafe dont la description suit a laissé quelque hésitation dans mon esprit : le dessin, la forme, la distribution des émaux la rapprochent à la fois des dernières fibules et de quelques ouvrages orieniaux. La pièce est de trop peu d'importa«ce pour qu'on s'y arrête ; quand je trouverai quelque morceau analogue, je déterminerai plus exactement sa place d'après son caractère.

SO« — Fermail de chape en bronze doré et émaillé. — Hauteur, 0,062; largeur, 0,058.

(L'or est entièrement effacé, il n'en reste de traces que sur le rebord.; La forme est un cercle inscrit dans un quadrilatère dont les quatre côté^ «ont pénétrés par des arcs ogives. L'ornemenîation, imitant un pavage de mosaïque , est composée de petites rosaces à quatre lobes dont l'émail de fond est vert, et qui portent au centre un point démail blanc ; dans l'intervalle quelles laissent entre elles, sont de plus petites rosaces de même forme, en émail blanc ; les unes et les autres sonl contournées en or et se découpent sur un fond démail bleu lapis.— (Collection Révoil, no 236.)

Il eût été logique, peut-être, de former une division pour les émaux appliqués sur relief et pour les figures en ronde bosse, mais le passage de la plaque au relief et du relief à la ronde bosse est tellement insensible, les procédés sont si parfaitement Igs mêmes, qu'il m'a paru plus naturel de confondre ensemble tous les émaux en taille d'épargne, qu'ils soient appliqués sur relief ou sur plaque unie, et de les décrire dans leur ordre chronologique.

Cet ordre est difficile à fixer pour les uns comme pour les autres, dès qu'on entre dans le Xlll^ siècle. De ce moment

f'MÀLX EN TAlLî.r. DLPA'.GNE, MU' SlkCLI. 4l>

il devient iinpossilile d.; fournir à la ci iliqne des legl» s jiiccisos, lirées (ie la Dalure des procèdes, ou des i.iiaiice.-> des éiîianx, poni-dislin^încr dans la foule, vraisuciil iinion:hralde, des pjodîiiis dj la fabriijue de Limoges, ce (jui appaiiienl au counnencciiietH, j^u milieu ou à la fin de c<; îîièele. Celle incerliunlc se |)roloiigera dans l'examen des producrions du X1V«- si'i'cle, car une sorlc de respect liicraii(îue pour les anciens modèles, et ie désir d'eniourer de [•-lus de îjraviié les vases sacres et les reliiiuaires, prcscri- \irenl le mainlien des foiuies et des couleurs employées jusri\ie-là, ou ils s'opposèrent au moins aux innovalious liancliées, el de la sont rèsulléesces rc'pèlilions incessanles des n)èuics sujets, émaillès de la même manière, pendanl plus de deux sirclcs. ("elle uniformilé se proloni^ea jusque dans la premièie [uoitié du XV"^ biècie. Elle ferait le désespoir de rarchéologue, s'il n'avait pas pour seguider un autre signe, incessamment varialile er se modilianl avec chaque ('ito.|uc. Je fais allusion au dessin, qui resle comme le seul phare condueeur dans celle mer monotone. La composition (les sujets, le ciraclère des figures, le mouvement des plis, les parliculariiés du costume, la fermeté et une sorte di; giMvilé du burin dans les parties creusée-, une hai-diesse et une précision de ciselure dans les par.ies en relii f, sont éloqu ails el aHirmatifs là où l'émail par lui même est muei ou trompeur. Soumis à un examen dirigé en ce sens, les émaux du \Ul>- et du aIV- siècle, et, je le répète, ceux même des premières années du X\^ bièele, que leurs couleurs nnifornicmrnt bleu éclatant, leurs peiites rosaces verles. jaunes el rongesconfondraicnl ensemlde, se classent et preniicnt rang suivant leurs dates. Car il ne faut pas ou!)licr que ce sont des émaux d'orfèvres dans lesquels la main de l'homme se trahit par le travail de l'outil el nullement par la peinture de l'émail; il en sera tout aulremenl quand nous app-récieroiîs les ('maux des peintres. La provenance des ohjj'ts es! un renseignement s :;ns portée, car les fabricants de Limogesont répandu leurs productions, dès leXll* siècle, dans l'Europe entière, tandis qee le l)rocanlag(î des marchands de curiosités, qui approvisionne les collections publiques et privées, a encore contribué, dans les cinquante dernières années, au disséminement des émaux.

C'est d'après ces règles que j'ai classé les émaux suivants, .le commencerai p;ir les boîtes à hostie^. Aux premiers temps du christianisn:e, alors que les fidèles communiaient sous les dc-.ix espèces, on apportait les paiis dans des linges cl

(iâusdes coi'bcilles; mnis loisque, à celle forme de la communion, on subsiilua l'usage des oublies, on se servit pour les conserver, alors qu'elles étaient consacrées, de boîlesd ) et de ciboires (2) qui devinrent bientôt aussi riches que le» ralices eux-mêmes (3).

t^t.* — Ciboire avec couvercle , en cuivre doré, riyelé, émcdllé et enrichi de pierres fines. Commencement du XIII^ siècle. — Hauteur , 0,300; diamètre, 0,154.

Huit figures d'apôlres Icnaiil le livre des Évangiles sont disposées sur le corps de la coupe; les lêles sont ciselées en relief et les détails du busle indiqués par la gravure. Huit anges placés au-dessus el huit, de plus petite proportion, au-dessous. sont exécutés de même. Ces vingt- •^ualre ligures nimbées sont disposées régulièrement sur trois rangs dans dcs"los3î!ges, el se délachcul sur un fond d"éraail bleu; des ornements en émaux de couleur enrichissent les losanges. A la hauteur de ceinture de chacune des huit figures, des nuages sont indiqués par des ♦Mmux de six couleurs, tandis que des nuages disposés de même, mais n'offrant que qualre couleurs démaux, se retrouvent au-dessous des liuil petits anges du rang inférieur. Les losanges sont séparés entre eux par des bandes dont le métal forme le fond, el que décorent des incrustations d'émail rouge. A linlersccion de ces bandes, des pierreries sont enchâssées, et, par leur disposition, alternent avec les figures ciselées; ces pierres sont taillées en cabochons; ce sont des émeraudes, des grenats, pt sur le rang inférieur, huit turquoises. Le bord de la coupe est orné d'un dessin gravé dans le cuivre, dont le motif est formé de deux lettres arabes qui se répètent. Le pied est décoré de rinceaux ciselés dont les détails s enroulent autour de trois figures d'hommes alternant avec trois oiseaux frjntasiiques. Ces ornements elles figures. d un très fort relief, sont sculptés à jour, elle for.d qui les supporte est rapporté en dessous. Le décor du couvercle est la répétition presque exacte de celui du corps de la coupe; les pierres enchâssées dans les inlcrsccîiions des losanges sont variées, mais on n'y voit pas de turquoises. Le pommeau, terminé par un lleuron scupllé, est décoré de quatre bustes d'anges portant sur leur poitrine des nimbes crucifères ; les Icles sont entièrement détachées du fond. Entre chacune des figures sont disposées de petites colonnelles supportant des arcs ; une bande, form.-înt ceinture autour du pommeau, est enrichie de j-ierreries enchâssées, el quatre l'orls grenats sont ajusLés au-dessous. Dans Tinléricur du couvercle, lar'.isle a grave une main qui bénit, placée dans un nimbe crucifère; dans rinlérieur de la coupe, une

(i) Je parlerai p!iis loin de ce-> boîlcs, pyocis-, caprM, etc.

^2) Voyez le répertoire de la seconde partie, au mot Ciboire.

(3) Postqnam vero niinutis pauibus orbicu'alis, quos oblalas vocamus, uli ccclfsia suevit, ipsaque ros procnravit, apîura omnino iili \isui erat islius uiodi rcccplaculam et rculclln, ceu pixidis lifçnca; et in ca corporisdoniinici raenlioneîn facit Buperius. Tuit. c. 5. (Calvoer Rit. p. I. p. 727.)

ÉMAUX EN TAILLE d'ÉPARGNE, XIIl« SIÈCLE.

o : ALPAIS : ME FECIT:

fleure d"angc porUnl le livre des Evangiles de la main gauche eibénissani de la drùilt". Celle figure esl encadrée dans une J^anderole^ circulaire sur laquelle sont tracés ces mois: iMAGl-lER LEMOV

CARVM.

On remarquera entre riel le Tun point qui indique la contraction et excuse l'absence

ùe rs.

U. Révoil a c«?dé ce ciboire au llusée du

Louvre; comme il possédait une crosse du même

style et

peut- être

de la

même

main(vov.

no 32 ) ;

qu'il savait provenir du tombeau d'un abbé de Montmnjour, mort en ^ 292, il supposa que ce ciboire avait la mémo origine. — '^Collection Révoil. n» 98.)

Hion n'est grec dans l'exéculion de ce beau ciboire, mais tout y esl empreint de celle influence orientale qui suivit les' pèlerins à leur retour de la Palestine , du VIlï<= au XT' siècle, et qui s'augmenta de la sainte folie des croisades, du Xle au XIV'^ siècle. Pendant celle longue pè- 1 iode d'aspiration vers la Terre-Sainte, les arlistes crurent élever leur style jusqu'au Saint-Sépulcre, en l'associant au caractère des monuments qui l'entouraient et lui servaient d'abri , c'est-à-dire aux déviations que les Grecs de Byzance, que les Arabes eux-mêmes, avaient imposées à l'art antique. De là ces formes, ces ornements, et jusqu'à ces inscriptions, mi-hébraïques, mi-arabes, qui auraient été sacrilèges, si elles avaient signifié autre chose eu même quelque chose (1).

(1; CoUcction Ponrîalcs. Une inscriplion, ou plutôt un ornement de ce genre se trouve sur uu bassin à laver en cuivre émail-é, du

o2 NOTICE DES É3ÎAUX, BIJOLX, ETC.

La signature d'un artiste, à ces époques, est un fait rare et. précieux; le nom d'Alpaïs donne à celle-ci pins d'importance encore, parce qu'on s'est servi de la forme et de la désinence de ce nom pour démontrer l'établissement à Limoges d'une colonie d'arlisles grecs, venus en ligne dilecle de Constanlinople. Rien n'est moins fondé. Ce nom a une désinence toute méridionale, et au moins aussi limousine que grecque (1). La finesse d'exécution^ des parties ciselées, et la beauté des émaux, font de ce ciboire un chef-d'œuvre de la fabrique de Limoges. Il serait difficile d'en offrir u;! autre aussi complet, et il est facile d'attribuer à la même main, on au moins au même atelier et à la même époque, une suite d'émaux qui s'en rapprochent.

Nous devons à la pieuse coulîmie d'enîerrer les évêques et les abbés avec le costume et les insignes de leur dignité, la conservation de nombreuses crosses (2) en cuivre doré et émaillé, qui conipenscnt souvent, par la finesse de leui* exécution, la vulgarité du métal. On conçoit que les églises ne pouvaient sacrifier, à la mort de chaque évêque, les cross'S en or, en argent doré, les crosses couvertes de pierreries, dont ilss'(4aient servis durant leur vie; elles les

XIII'' siècle. M. DuLois, clans sou catalogue, en parle ainsi : Autour de ce médaillon est gravée une inscription tracéL" en reliif très faible et maintenant illisible (n" 95 du catalogue des objets du moyen âge; t'est, je crois, le bassin figuré par Wilicmin duns la planche 109 de .son ouvrage). Cette inscription est très visible, mois elle n'a jamais été lisible. Ces mêmes cnioulcmcnts en imitation de l'écriture arabe se trouvent fréquemment sur des émaux de celte époque. Je citerai l'une des faces de la châsse de Mauzac, sur laquelle on a voulu évidemment figurer une inscription bilingue, d'un côté en îalin, de Tautre en hébreu, mais l'hébreu n'est qu'une imitation imparfaite de ce genre. Je renvoie encore, parmi beaucoup d'autres monuments, ainsi ornés, au n° 960 du Tvluséc de Cluny, hauteur, 0,190 ; largeur, 0,140.

(1) ^I. l'abbé Tex'er s'exprime ainsi : «Nous n'avons trouvé aucune dénomination qui s'en approchât dans 1rs cinq à six mille noms mentionnes par l'histoire de celte province, noms dont nous avons les listes éparsrs en divers manuscrits. » Le sxslème de l'auteur est en faveur de l'origine grecque d'Alpaïs: cela peut avoir quelque influence sur l'ouïe et sur la prononciation.

(2) On en citerait partout, et chaque jour de nouvelles sortent de terre. "Willemin en a dcss'né une qui appartenait à M. Petit Radel (pi. 107) : elle est du même style cl de la même époque que celle dont nous doimons ici la dcscriplion,

ÉMAUX EN TAILLE D fiPAI.GNî:, XIII' SIÈCLE. 53

icniplaçaicut, dans ce deriiicr el solennel service, par des <Tosses en cuivre ciselé, qui reijrodnisaienl, au moins par la forme, par le fini du travail, el par le brillant de la dorure el des émaux, celles que l'on conservait dans le trésor (f).- On en découvre tous les jours de nouvelles; la collection du Louvre en possède cinq, dont deux sonl éniaillées, (>' sont celles (jue je vais décrire.

Sl*^« — Crosse en cuivre doré el chnaillé. Fin du XI II" siècle, — Uaateur, 0,300.

La vtiliitp esl formée d'un scrpcnl qui lient dans &a g;iieuk' une bi anclicdont 11 li.'.e s"épanouil en fleur. La vierge M:iric foule aux pieds le serpent ; range de lAnnonciaîion , d un pied cerase sa lèle , el de laulrc esl appuyé cofiire la volute. Il esl ailé; la figure de ronde t)0S5e, ciselée, es! |)oséc à jour de même qucf celle de la Vierge. Un pommeau renflé, surmonté de feuillages furm.Tnt couroni.e , ceint d'un anneau qui le coupe en deux parties, esl orné de fleurons en rosaces, en'rcmélés de feuillages. La Iiampe esl décorée de qua're serpeuîs ciselés el ajustés par des clou:-* en cuivre doré; les parties qui nen sonl point recouverles sonl incruslées d émaux (pii fornienl un fond bleu lapis sur lequel se découpent délégants rinceaux, dorés, gravés en creux el relrmssés «rémail rougf. Des ornements analogues décorent la volute, dont l'émail de fond esl le Ideu lapis employé également pour les détails en écailles de la léleduserpenu Dans la parlie de la volute qui couronne les fliures on lit en leltres gravées en creux el remplies d'émail rouge, se (iélachanl sur fond d'or noinlillé, linscription : M.ITER MAilLV (iR.VTIA PLENA, qui existe sur tes deux côtés. Le lleuron qui sépare 1 ange de Marie esl émaillé de vert clair; les yeux des figures sonl en émail noir; ceux du sôrpenl formant la voîule.'et ceux des quatre peiiis serpents ai)pliqués sur la hampe sonl également indiqués par djs goulles démail noir. Ce sonl aussi des gouUes démaux qui figuienl d.'S luniuoises sur les détails du pommeau. M. Ilévoil alurnie quo ce'.le crosse fui trouvée en ^79J dans le tombeau ^l? Bertrand de Malsang, qui fui abbé des béi'.édielins de Monlmajour. p:és J" Arles, en liOi. — CoUeciion Revoil, U" 8iO.';

33* — Crosse [Fragment de) dorée el émaillée. — Hauteur, 0,180.

Le rori'S de In voluîe es' orné dun n-sonu doré sur fond démail bleu- }'.u peu |),'!ie qui règiie également sur les d'ux fices, s 'parées entre elles par une sor e d'aré;e épineuse oi-eb-e en relief el doiée. Dans la coii; be

(l) Onso contenta, dans quelques abbayes, de moins encore, .\lnsi, ou a troiivé, à Junu^g's, des silhouettes de eross'rs découpées da:!S des lames de cuivre. C étcit, comme dans l'antlcjuité*, une apparence de Ja chose. Les païens avaient cru que leurs dieux se conîenleraient du simnlacre des objts qui avaient été à l'usapfe de leurs morts ; les chrétiens ii'avniei-t pas nioiîis conlinnee dans rindulp;cncc du Dieu uniqu :■ rt înut-puiisiiîit qui devait faire la part do leur boîîiiL' iuteiîlion.

oi NOTICE DES É5IAUX, BIJOUX, ETC.

inférieure de la volute est renfermé un serpent à double face, de ronde bosse, doré, ciselé en pointillé, garni de rangées de turquoises figurées par des émaux coulés dans des tarons qui traversent d'un côté à raulrc ; la queue du serpentes! terminée par deux liges fleuronnées qui s'enroulent en sens contraires. Ln pied fragmenté, que l'on voit à l'exlrémilé de la volute, bris-ée elle-même, indique qu'une figure en ronde bosse était le motif principal de cette crosse. C était sans doute un saint Michel terrassant le dragon. — (Collection Durand, n» 120/-2659.) Je renonce à citer toutes les crosses émaillées de ce bleu un peu pâle et travaillé dans ce goût banal qui sont parvenues jusqu'à nous. Il y eut à Limoges une véritable fabrique de ces ustensiles d'église.

Je rapprocherai de ce beau ciboire et de ces deux crosses remarquables plusieurso!)jets en cuivre éniaillé qui appartiennent à la même époque, quoique produits par d'aulres mains et avec un moindre talent. Ces émaux sont polis à la roue avec un soin patient et habile. Leur caractère particulier est un aspect sévère, un bleu lapis très foncé et profond, avec l'emploi de blanc et de rouge opaques, isolés, et sans ftision les uns dans les autres. En général, un sentiment grave et un air solennel.

S-S. — Reliquaire, en forme de trône, sur lequel est assise la Vierge [1) portant l'Enfant- Jésus. Il pose sur un plateau circulaire que soutiennent trois pieds. Cuivre doré, ciselé et émaillé. — Hauteur, 0,220.

La face antérieure est décorée de quatre rangs d'arceaux élroi'.s, en émaux alternativement rouges ou blancs . se détachant sur un fond bleu pâle. Sur la face opposée, où est pratiquée la petite porte du reliquaire, et occupant le centre de celte porte même, est une figure d'ange ailé , nimbé, se découpant par la couleur du métal sur un fond d'émail bleu. Le nimbe est émaillé rouge , bleu clair et blanc. Une autre figure d'ange, dans les mêmes conditions d'oretd émaux, décore la face latérale gauciie, el une sainte la droite; des rinceaux dorés et des fleurons en ém.aux blou pâle el blanc s'enroulent sur le plateau, dont l'émail de fond est bleu. Le groupe de la Vierge porlanl son enfant est doré ; les yeux de la V'ierge sont figurés par deux perles d'émail noir; ceux de l enfant par des perles démail bleu. Tous deux sont couronnés, cl la couroinic de la Vierge est ornée de petites perles d'émail bleu clair et bleu ftjucé. L'enfant bénit de la main droite et de l'autre soutient un livre. La Vierg»? tient une pomme. Le revers de dessous est doré, — 'Collec'.ion Durand, n» H 8/2654.)

(1) Bibliothèque nationale. On peut rapprocher de celte Vierge un Christ du cabinet des riutiques. Il est assis dans la même pose; de la main droite, il bénit selon le rite latin ; de la gauche, il tient un livre. Très fort relief. On remarque Teniploi du vert, de deux nuances de bleu et du rouge, toutes couleurs opaques. Les yeux sont exprimés par deux gouttelettes d'émai! noir très saillantes. Hauteur avec le cadre, 0,190.

ÉMAUX EN TAILLE d'ÉPARGNE, XIII<" SIÈCLE. iJo

S5* — Le Christ da^s sa gloire. — Plaque de cuivre doré et é maillé , détachée d'un reliquaire. XIII^ siècle. —Hauteur, 0,225; largeur, 0,110.

Le Chrisl bénil de la main droite, et de l'autre porte un évangéliaire ; il est vu de face et est assis sur un coussin qui repose sur un arc. Aux quatre angles sont figurés les symboles des évangélisles ; dans le haut à îzauclio, lange, et à droi'.e, l'aigle; dans le bas à gauche, le lion, et ;i droite, le bœuf. La ligure du Christ, repoussée en relief et dorée, a éulixéc au milieu de la plaque dans un espace réservé ; les attributs dos cvangélisles ont éle épar^inés dans la planche de métal, et se détachent eu or sur lémail bleu du fond; leurs leles . en relief et rapportées, poseiii «•nr un nimbe d'émail vert contourné d'un lilet doré. La décoration de la plaque émaillée se compose de poriions de cercles coucontriques for- •nanl un double ovale qui encadre la figure du Christ, el de rosaces à Iiuit lobes cirvonscriles dans des cercles dorés et sem.ées sur le fond démail bleu. La téie du Christ pose sur un nimbe crucifère dont les • ■maux sont de couleurs bleue, verte el rouge. Les lettres alpha et oméua sont placées de chaque côté et se délachenT en or sur le fond démail. Deux bordures d'un dessin festonné, semblable à celui de l'ovale, régnent dans le haut et le bas de la plaque. Le métal est sans préparation au revers. — (Collection Rcvoil, u" 248.)

3©. — Le Christ sur la croix. — Plaque en

cuivre émaillé, détachée d'un reliquaire. XI 11^ siècle . — Hauteur, 0,220.

Jésus-Christ est crucifié, quatre clous apparents traversent ses mains et ses pieds; au bas de la croix est. d'un G()lé, la vierge Marie, debout, tenant les mains croisées; de l'autre, l'apôtre saint Jean qui porte un évangéliaire de la main gauche; au-dessus de la croix sont deux figures d'anges, l'un, à droi'e, portant un rnlumen . l'aulre , à gautlie, un évangéliaire: tous deux engagés par la partie inférieure du corps dans des zones de nuages qui sont coupées par la traverse horizontale de la croix. Ce»; (|ualre figures sont épargnées dans le métal doré; les tètes sont repousbées en relief et fixées a leurs places par des clous; les nimbes qui les entourent sont en émaux de couleur, noir, vert el jaune pour saint Jean el les deux anges, rouge, bleu clair el blanc pour la Vierge. Le nimbe sur lequel pose la tèle du Christ est double et crucifèro. La croix est rouge ol le centre mi-parti bleu clair et blanc, mi-parli bleu lapis. Au-dessus de la lèie est une bande de cuivre doré traversant 1 émail verl, sur la- (|uellc sont tracés ces monogranmies du Christ. ^^ ,^ Au-dessus, et tout à fait dans le haut de la croix et de Ui -% une main sortant des nuages et soutenant un

■ CUV lliaill SUIldlll UC3 !llldJi,fS Cl AUUlt'IlUlll Ull | • r t ,

cifère, dont la croix dorée se découpe sur. i p^ d maux bleu lapis, bleu clair et jaune. La figure

plaque . est nimbe <tuunfondded " Adam , l'ievant ses mains jointes, est placée au pied de la croix ; elle est dori-e , et la tête, repoussée en relief, est rapporiée. Le fond est en émail bleu lapis; la croix est en émail vert.— (Collection Révoil, no 249.)

3*5' • — Trépied en bronze émaillé , destiné à servir de support. XI 11^ siècle. — Hauteur, 0,095.

Trois serpents, à la queue recourbée, sont fixés sur le corps du tref>ie.l.

oï noticf; VjV.s kmacs, buolx, etc..

l;i icLo lournée vers In terre. Daiis losin*( rv Iks qirils laissent cn're eux son' trois nro'ifs d c-ncnicn s seiiil-int 1; s eî variés scnh nieril de coulf ur, qu'. SDiil composés de li'^cs dorées rclian! des Hcurons ém.iillés dont les juiancfs soiil le brj:n, le rouge, le vert et le jauije, se dêlaclniil sur l;i eouiear hleu lapis dii fond. Le haut du trépied est décoré de gravures jniitanl des cciilles et doré ; les pieds sont s'.irnîonlés de lélf s mo"siriieuscs, dont les yeux élaieii' formés par des ao'it'.cs d'email noir. I.c revers esî dore. — ^Coil c ion Durand, n- !;0/:6o9.'!

SSo — Le Christ sur la croix. — Hautnn\ 0,1G9; largeur, 0,12-4.

La fif.;u e. rapporl^e et fix 'C par quiîr>'' cious. est posée sur une croix eu liille d épaigne et émuillée de vert qui occupe le ceuire d ni;c plaque d-' cuivre pLis H,r inde et 1res ornée qui a elle-mè.Tie la forme d une croix. ceMe dernière esi pirsemée de rosTces dorées sur fond d émail bleu lapis et bordée d un liie' bleu clair liséré de blanc. Au l;a it de la croix est le monogramme d:i Cbrisl. l'ii nimbe crucifère en ouïe la tè'.e . le champ est de deux ions de bleu, or et blanc, cl la croix de couleur rouge. Audessous des pieds du Chris), on voit une image d'Adam à demi cachée; la léic.cis 'lée en relief, est fixée {)':r nn clou, e', Icsd.ux b;as soi.l élevés vu signe fî'adoralion Le cuivre es! saris préjvralioîi au rêver.-. — Colb'Ciion Révoil . >:" âSO.)

S^* — Le Cnr.LST enthe deux anges, XIII'' siècle. — Ilaulcur, 0,130.

Sur une plaque de forme triangulaire, à an;les coupés, et dnn; un espace ménagé, on a fixe avec deux clous la figure en relief de Jésus- ('lirist portant un évangéliaire sous le bras gauche et prêt à bénir de la maindroi'e; sa tè;e repose sur un nimbe crucifère émaillé en zones bhnches. bleues, noires et rouges. Deux ar.ges, vus jusqu'à la ceiniure, e; dont les lè'.es en relief sont égakmeul rapportées, sortent d< s nuiges. à droile et à giuchr', dans le bas, vers les pieds du <]hrisl; ces figures, épargnées sur la plafiue. se délachent en or sur Témail du fond qui es! de couleur b'cu lapis. Le burin a iracé en creux le détail des ailes et du eoslume. Des ros-^ces d cniaux de qua'.re nuuicos son! semées sur le fond, des nuages de couleurs bleu;\ verte et jaune formen' com ne une bordure oudube sur la ligne du bas. et les deux cM'-s qui se rejoignent au sommet sou! on. es (i'ine bordiire fi-slornée mi-partie en or ciselé, mi-par:ie en énnux de couleurs. Le fond est bleu l.ipis. Le mêlai est sans prépalalionau revers. — Xoî^<'<^'''J'' Durai. d, n' l-i:î/-2J8!.)

4€l» — Ciboire en cuivre doré cl émaillé. [Le couvercle se îcrwijic en pointe, cl la pointe est surmontée a une houle et d'un fleuron percé par son centre, de façon à pouvoir suspendre le ciboire.) — Hauteur, 0,2'2G; diamètre du cibcirc, 0,0S0; diamètre du pied, 0,1 Oi.

La coup<e es! décorée (U' qur.'.re n.éd::JHoi:s jir:ul.iires dyni l isn il

ÉM AUX EN TAILLE D ÉPAr.GNE, Xni«^ SlliCLE. Î^X

r.>i:s! *,s: bl::i;c ot rorr.oir.ont (cllo Ici'ro ^^j^^îv (mor.o-.-anjinc (N' l;i vior-c Marie). En'.rc les m-dnillons sonl /c^ïï^rf^. «iisport-^qujîrc lloi!niiis (loî-ps sur ('nuil de lonti lilcu I^P'S- ' «f MH^/iI^^ s llourons sonililahk'S cl en a.cine iioiiilirc i^oul rép-J'.i-s ^ p^lfe/^'''" '^' t^ouvcrcle cl îd'cnicnl avec (jiii rc inf-.l iilloiiS forau-i? s^^^^eT/ P''' un qindiibltr»' (!(H!l les cnii's sont penclrcs par des arc> ^-^ «Jf coreVo. L'om?.ir

lie fond csl W v*-rl clair, cl le ccn'.rv' un cou hurelc d'or cl de gueules à

une bande d azur cliar^içce de trois ? d or. Lcmail de fond esl

le bleu lapis de même que sur le pied , qui csl décoré des mêmes médail-- Ions coulenaul les mêmes armoiries, au nombre de Irois seulement, allernanl avec des ornements sembliblcs à ceux de li coupe c! du couvercle. avec celle différence que le mo:if principal es! éînailté de verl clnii- cl de rou;i:e. L'inlérieur csl doré Le revers du pieJ nés', point (■maillé. — '^CoUcclion Durand, no 117/2C5;}.)

Tous CCS Cînatix ont été longtemps tenus pour byzantins p;ir des hommes dont nous estimons les travaux, et qui O'it laissé sur d'autres points de l'érudilion des traces de leursagacité. Celle erreur venait de deux causes: en premier lieu, on n'avart pas assez comptirc les monuments de la sculpture, dans ses différentes phases, pour faire deux parts distinctes entre les créations et les copies, entre les monuments exécutés à Conslaiilinopie inéme ou par les artistes venus de celte ville, et ceux (iui,toul en subissant l'influence byzantine, avaient cepesidant, dansde certaines ailures, ce (liii trahit une origine dilTérenle. Au XI'' siècle et au commencement du XII", l'art en France était généralement atteint ou entaché d'imitation grecque (1); au Xîï' siècle,^ l'originalité de nos artistes se laii jour partout, et il resterait à expliquer pourquoi à celte époque, et pendant les diHix siècles de renaissanco nationale qui survirenî, les orfèvres émailleurs de Limoges conservèrent avec persévérance nn caractère byzantin, abandonné ailleurs. La I)rcmière, la vraie cause, c'est (juen g(''néral c'étaient des gens d'un talent médiocrement original, et pour lesquels ia tradition et la routine étaient le plus commode des

(1) Je 112 sais pas pourquoi on se donnerait beaucoup de pehie pour prouver que riniluenco b;. zauline s'est exercée sur les arls èi Limoges , au X"^ et au XI •= siècle : c'est un fait général. Quant à la rue nouimée Vénitienne et quant aux m-archands véniliens élabîis à Liu^.oges dts le X'= siècle, si cela était prou\é, qu'imporlcrait? Ce peuple industrieux a porté partout sou commerce ; il a établi en tous lieux ses comptoirs, (t je ne vois pas ce qu'ils ont de comnuin avec nos émaux, puisqu'il est prouvé que les procédés des Grecs, adoptés par les Véniliens, différaient entièrement, ù celle époque, des piocédcs eaqdoj es à Limog- s pour exécuter le; émaux.

us NOTICE DES ÉMAUX, BIJOUX, ETC.

oreillers (1). La seconde raison venait â\i clergé, qui, pour les vases sacrés, les châsses et les reliquaires, ne sollicitait pas les innovations. La troisième enfin du commerce, qui a aussi sa routine et qui proscrivait les nouveautés.

A mesure que nous avançons davantage dans le XllI^ siècle, le rôle des outils, loin de diminuer en importance, tend à en prendre davantage, et à remplacer par la gravure sur mêlai le secours que l'orfèvre demandait à l'émail. Cette tendance s'explique de deux manières : le XllI^ siècle fut une grande et sérieuse époque de renaissance; un procédé incomplet, dissimulant un dessin imparfait, ne pouvait convenir à des yeux habitués à voir les progrès faits dans la sculpture et dans la peinture. Les orfèvres, artistes habiles, firentdonc ressortir sur un fond d'émail leurs figuressévères, que le burin traçait avec toute la noble et grave assurance de la science unie au slylc. Ils avaient proscrit la manière d'émailler les carnations^ qui, dans son imperfection et avec l'obligation de réserver les yeux et la bouche, faisait des caricatures, et de proche en proche ils n'employèrent bientôt plus l'émail que pour servir de fond à la silhoueUe des figures, qu'ils épargnaient dansle métal, etdonlilsgravaient au burin tous les délails. Voilà pour la première raison, pour le motif digne d'une grande époque et d'artistes qui aiment leur art; il y en avait une autre: celle-là tenait du métier. Dans le système des émaux en taille d'épargne, plus les parties réservées en relief sont étendues et imporlanlcb, plus on s'épargne la peine d'évider le métal, et après la fusion de l'émail de polir l'ensemble. Il y avait donc intérêt pour les orfèvres de Limoges à pousser le goût du public dans cette voie, et tous les émaux de cette époque montrent l'application de ce système. Celui que je vais décrireapparlient encore à l'art; il est composé dans un grand sentiment religieux, et exécuté avec une supériorité bien rare.

(1) M. Texier, à titre de Limousin, défend ses gens très habilement: mais il les abandonne sur ce point, en reconnaissant que hs architectes, les sculpteurs et les peintres secouèrent, dès le XIII ^ siècle, rinfiuence byzantine, à laquelle restèrent soumis les orfèvres émailleurs ; lis cgiiics (les Jacobins , à Limoges (XIII <= sitcle), une partie de lu culludrale (XIV«) , les lov.ibcaux de Soudcille (XIII<=), de Bernard Brun et de Regnauld de la Porte (XIV«=), prouvent que le Limousin céda, au XJIl^ siècle, à rcntrainemcnt du goût gênerai. Page 37, Eisui sur les éniailleurs.

ÉMAUX EN TAILLE DÉPAi.GNE, X.II1' SIÈCLE. C^

•llo — La mort de la Vierge. — Plaque en cuivre doré et émaiUé. XIII^ siècle. — Hauteur, 0,260; largeur, 0,200.

La Vicr^ic csl élenduc sur un lit que recouvre une élofTe, en éni.iil bleu clair . dont les plis pnrlajiés en cinq divisions sont indiqués par des filcls dorés el des lignes d'émail blanc. Les douze apôlres sont placés eu arrière; deux d"entrecuxporîent descierges allumés; Tuneslà la tèledel.i Vierge , l'autre près des pieds. Saint Pierre , tenant une clef en la maiii. est dans une pose inclinée ;snint Jean . placé derrière lui , perle un livi.' ?ur le(|uel on lit : Sanrlus Johannes apostolus ainsi abrégé: L'apôtre qui occupe le milieu du groupe soutient un livre ippuyé sur son bras gauche que recouvre un manteau, et I la main droite posée sur la poitrine ; un autre . à côte , a les mains jointes; plusieurs ne sont indiqués que par leurs léles et les auréoles qui les entourent; car tous ont desnimbes émaillés de deux tons de bleu liséré de blanc et pointillt de roug«t. ou deux tons de verl liséré de jaune et également pointillé de rouge ; tel est le nimbe qui entoure la tète de la Vierge . sur lequel sont disposées cinq rosaces dorées. Deux anges planent dans le haut de la composition; ils sont représentés sortant des nuages qui cachent le bas de leur corps et encensant la sninte Vierge avec des encensoirs dont les cliaînes suivent les enroulements des rinceaux qui ornent le fond. Les têtes de tous deux reposent sur un r.imbe liséré de jaune. Le fond, su!' lequel se détachent toutes les figures d'apôtres et les deux anges, est en émail bleu lapis , décoré d ornements dont les tiges et les feuillages sosii épargnés dans le métal ; les llcurons, en ém.Tux de couleurs, offrent deux Ions de bleu liséré dp blanc, deux tons de vert liséré de jaune . d< s lâches d'émail rouge et des nervures mi-parties rouge et or. Dans le haut de la plaque on lit celte inscription S'avée en creux sur un fond de métal guilloché : REGI>A.MV>DL DE.TERRIS.ET.DE. Le revers n'est pas émaillé.— Collection Révoil . n» 217., —Dix Irons, réservés par rorlevre flans la plaque, indiquent qu'elle était desiinée et qu'elle a été fixée à quelque rétable d'oulel. coffret ou reliquaire ; l'interruplion de linscriplion indique aussi qu'elle précédait une autre plaque représentant, {)r(ibablement, l'Assomption de la Vierge.

Celte composition prouve que l'atelierde Limoges s'écailail quelquefois de ses productions indtistiielles ; il en était de même quand on lui couiinandait des reliquaires avec des légendes particulières propres à l'histoire du saint dont ils devaient conserver les restes; l'artiste alors s'adressait au clerc pour la distribution et le choix des sujets, il demandait aide à son inspiration; mais c'était une exception, el,en général, la production tout industrielle marchait grand train, devançant la demande. Les reliquaires de pacotille étaient ceux qui pouvaient contenir indilïéremment toutes les reliques sous le patronage des grandes scènes de la passion, de la vie de la Vierge, ou sous la garde des cvangélistes et des apôtres rangés symétriquement tout autour : puis, on pouvait aussi fabriquer à l'avance, et sans trop s'exposer aux chances du hasard , des reliquaires ornés des

GO .NOTICi:: Di.S L?,Î..L\. BlJOVx, KTC.

scciios lie nos grands marUrs, saint Etienne, saisit Denis, saint Martin, etc., etc , et l'on n'y manquait pas.

Lorsque les reliques de Constantinopic furent cédées par Baudouin à saint Louis, oii vit s'allumer, pour ainsi dire, l'incendie du culte des reliques, car je ne saurais dépein 'r(; aulrement ce courant de passion qui traversa le monde eîirélien. Pour garder ces reliques, pour les niontrer aux liiièlos, pour les promener dans les rues au\ sombres jours des calamités, comme aux grandes solennités des actions de, gr<5ces, il fallait des châsses; et que pouvail-on choisir de ])îus précieux pour ces colïrcs sacrés que l'or et les pierres Unes, et, loi-sque leurs dimensions et la pénurie imposaient jdîis d'économie, le cuivre doré el les émaux? Aussi chaque ('giise et jusqu'aux plus petites eurent leurs châsses, el comme le XITL- si 'de avait par-dessus tout le sentiment de Iharmoni;^ dans la magnificence, les autels, les vases du culte, les chandeliers, tout rameublcjncnl sacre scintilla sous l'éniaii.

La Sainle-Chapelle de Paris, chacun le sent encore en la voyant, n'était autre qu'une grandechâsse, et l'on transporta à iintérieur tout l'éclat extérieur des petites châsses. L'or ruisselait partout, les vitraux étaient comme des parois d'émail, et de tous côtés, soit par des ]t!aques de verre l'f'haussées d'or, soit par des pîa(iues de métal émaillées, on ajoutait à l'éclat des peintures (1).

(1) Je ne cvo!s pas qu'on ait retrouvé de plaques émaillées encastrées dans la mnraillc : mais leur abs3r.ee serait p.iotivée par le prix qiic le métal assurait aux voleur?. Des morceaux de veiTC teint bleu foncé, rehaussé d'or, sout encore en place et simulaient entièrement les fonds bleus des pUiques de cuivre émailiées. On s'en est servi dans les ogives de la Sainte-Chapelle pour faire ressortir ks sujets peints à la cire sur le mur, et on en a retrouvé un grand nombre jouant encore très bien leur rôle brilh.nt. Toutefois un texte prouve, mieux qu'une conjecture, qu'on employait 1rs émaux dans la décoration architecturale, et il mcîive ma supj)osJ[j()n por.r la Sainte-Chapelle. Le tombrau de saint Front, dans l'église de co nom, fut délruit par les protestants, en l'année lô7G; on menfonne cet événement dans l'un des registns de la mairie de Péricucux, à l'aîmée 1583, et on y Ttjoute CfS détails: f^Jific !cs niltus- en f-l piidc une sigttuliX du Labcv- TMclc où cytoil i^nrdc le chef de .sai/icl lu uni el plusieurs autres sctineiis reliques, lequel e si oil èdipc en rond, eourerl ci une rousle faielc ci. jixraniiilc ; viuis loul le dehors csfcil cnlaillc de figures do personnes à i'unlii/uilc, cl de tnonslrts, de bdcs saura;^cs de diverses ff^urcs , de scrlc qu'il »'y aictl pierre qui ne fut enrichie de quelque taille belle cl

f.MM i EN TAU !,F: d'ÉPAI CNF, XIH' Srfecl.E. CA

4^-4^. — Reliquaire ro;»])o,^e de six plaques en cuivre énmillc. XI 11^ siècle. — Hauleur, 0,190 ;> longueur, 0,214; largeur y 0,100.

Il osl oriio de dix-nouf pAtos de verre taillées en cnboclion , cl de six U:;nres en relief, dorées el éni.-.illées. Il en exisl:;ii litiil dans lorifiitie, mais les deux (jui ocrii|);uont le milieu du couvercle ont élé enlevées

ttoslérieurenienl j)onr tV.ire pi.'.ce à une oiiverlure fiarnie d'un verre qui «isse voir linlt rieur. Les six nu,ur(s de sainls, fixées sur la face principale el le couvercle (jui la surnionle. o'.sl la Icle dorée . avec d< s yeux formés par ui.e perle dénirul noir; elles sonl véiues dun \ou'^ nianUau bleu li'pis el d uim: robe verle à lun.iére jaune . qui laisse a])erccvoi.- lou- \i r.ure du nianleau. Sur la face opposée, l'orfèvre a gravé eu taille» ih'pari.ne. sous des arcaties. eincj ligures de sain's dont les lèles se delà» lient sur un nimbe bleu clair ou vcrl. el le corps sur un fontl d'éui.iil bleu lîipis. Des r..sac( s de couleurs varié(-s sont sc-mées sur ce fijud ; aulicpsus des arc.Mbs . i'émaii de fond est bleu turquoise. Le couvercle est di\oré comnic la plaqiîe. Sur la face latérale droile est une figure dange, les nib s déployét s et porlant un livre; des rosaces, variées de grandeur el de couleiM-s. sonl senn-es sur le fond démail Lbu U\,\s. Audessus d'un .irc sor.leini prr des coionneltcs , qi:i eicndre la ri'gure. es! un champ d'email bleu lur(p.;oise , sur lecjuel se délaciie un petit château eréiiclé que surnionle un dôme. Sur la face latérale gauche est pratiquée la porte du reli(|uairc ; un ange, dont les ailes s élèvent en 1 air et cpii porle un livre, y est figuré. Des uiiages . formés par des ondulalieris démaiix de trois couleurs . eor.penî la figure au-dess!is dis g( nous. — Ancienne eolleclion. o4i.) — Les iiiv( nlaires le désignent ccniuic provenaul de l'abbaye do Sainl-Denis.

Avant de sortir «io la première nioiti(; du Mîl" siècle, je cilerai les deux phuntes fiiiK'raircs, en cuivre èniaillè, que sailli Louis commanda, eu 1247, pour orucr Jes lotiibeaux de ses eufanis enterres dans l'abbaye de Royaumout. Ce ci.'rieux mouuinenl de l'ait français est conservé dans l'église de Saint-Denis (1). Mais celte ujanicre de décorei-

l,icu lin'r , ci jiltis yccoinnuinifii/jlc' jour la j'u(;o'.i forl aniif/nr, cyiricli.c (h: picrrcx , ('c vilrix de ((ivcr.HS coulcnr:; et de lames de enivre dorèi s el cxuiaillèfs , et foui Iceiieuit emhoitnè de barres de fer, sur lesquelles eeiix qui se mcdcienl à i^^enouiv / oar piier Dieu , se ic< o.-:cienl. J'(Uîpjunlo cet extrait ù M. ViAi\ de Verniilîi,

(-1) A l'époque de la révolution, ces plaques do tombes pais>rpul au Musée dïs ir.onunurts fiançais, mais M. Lcnoir n'exposa qtje celle (le Jean de France, la p'ns enn^p'alc, et c'est au.ssi !a saro qui figure dans son catalogue sous le n" 21 (\oyez aussi Moniraucon, P.lônun.'ont.s de la :\îon., toniel, pactes IGO, 1G2; Mi lin, Ant. nal., fo!7)e I, p. 11: VVi'loniin, Monuments franoais, planclic 9J) ; le dessin est (idèlc, mais 1; s nuar^ccs tb s émaux sgp.î complélctîrnt fan s s.

Eu ISIC) cîl s ont 6:é rcuvoyéfs à Saint-Denis, el , d- pts!?, c-tte é|:oqu'>, c!ks u'oi.l pas été do nouveau e.xnosé s au public»

uii tonibeau n'était déjà plus alors uns innovation, c'était un noble luxe. D'autres, et en grand nombre, le pratiquèrent (1), non plus à titre de rois, de princes et de grands seigneurs, mais par droit de noblesse. La grande vogue des armoiries ayant été pour beaucoup dans celte application de l'émail aux monuments funéraires, on put dès-lors espérer passer à la postérité la plus reculée dans un fasîe nobiliaire inaltérable. La dévotion y eut aussi sa part : nn fils, un'^. veuve, ne trouvèrent rien de trop brillant pour orner l'église de leurs pieux souvenirs. Limoges eut le monopole de ces ricbes revêtements, parce qu'elle seule avait trouvé, dans les commandes qui affluaient vers elle de toutes parts (2), la hardiesse de construire des fours capa-

(1) Voyez dans le répertoire de la seconde partie l'article Tombes cttmillccs,

(2) Dans la deuxième note de la page suivante, je cite une commande venue de l'Angleterre ; en voici une autre envoyée du fond de la Bretagne : Blanche, fil!e de Th haut II, loi de Navarre, et d'Agnès de Beaujeu, fut mariée, en 1235, à Jean P"", dit le Roux, duc de Bretagne, et mourut à la tour Hélé, près de l'étang de Ploe-Roy, le 5 aoust 1283. Son fils la fit enterrer dans l'église de l'abbaye de la Joie, et pour lui ériger un monument digne d'elle il s'adressa aux ouvriers de Limoges. Voici l'acte qui témoigne de ce fait : c'est une quittance donnée par Guillaume le Borgne, chevalier, chargé par le duc Jean de celte commission. M. Fillon l'a découvert dans les anciennes archives du chàleau de Nantes et l'a publié dans le recueil intitulé : Les Arcliii es de l'Jri français, tomel'^'", page 129 : « Sachent touzquc a nous Guillaume le Borgne, chevallier, avons heu et receu des « exequtors de nostre cîiier srgnour, de bone mémoyre, Johan , « jadis duc de Bretagne, conte de Richemond, défunt, quatre cenz « cinquante liv. pour la façon (\-2 la tombe et de la sépulture nostre « chère dame, dont Deux ayt l'arme, madame Blanche, sa mère, a jadis duchesse de Bretaygne, aiiîs que le dit nostre cher scgnor

« aveyt quémandé fére à Limoges au temps qu'il viveyt et

a les diz exequtors envers ceux qui font la dite tombe à la

« sonmîc des dites quatre ccnz et cinquante liv. A Venes tesmoyng

« nostre seaul le pour l'an de grâce mil treys cenz

« et scys. )) Celte date de vingL-trois années postérieure ù la mort de la duchesse Blanche , ne doit pas faire penser que les artistes de Limoges mirent tout ce temps à exécuter le monument; elle prouve seulement que le duc Jean payait mal de son vivant et laissait son testament s'acquitter de ses dettes. Quoique cet acte ne dise pas positivement que ce tombeau fût émailié, le doute n'est pas admissible. Les artistes de Limoges n'avaient de réputation au dehors que pour

f-SIVUX EX TAILLE d'ÉPARGNE, XIH« SIÈCLE. A3

bles de conlenir ces plaques de grandes dimensions (i,. On lui écrivait de loin ; souvent on réclamait ses artistes; la ville industrieuse se prétait à tout. En 1276, l'évéque dr Rochester, Gauthier de Merton, venait de mourir; avait-il demandé, par ses volontés dernières, qu'on mît sur sa tombe son elïigie émaillée, ou ses exécuteurs testamentaires ont-ils suivi en cela le luxe déjà établi? tant y a qu'on envoie l'un d'eux à Limoges pour commander le revêtement émaillé de son tombeau. Celui-ci part de Hochester, et remplit consciencieusement sa mission. II s'adresse à maistre Jean, et lorsque la plaque est terminée, on fait venir ledit Jean en Angleterre pour poser la plaque et l'ajuster sur le monument (2), circonstance qui ferait supposer qu'on n'était pas capable de cette besogne en Angleterre, si l'on ne savait par d'autres voies combien les orfèvres anglais étaient avancés dans le travail dt l'émaillerie fine (3).

L'Angleterre n'a conservé qu'une seule de ces lombes

leur émailleric, et autrement on eût trouvé, en Bretagne et à Paris, des hommes plus capables de foinlre, de repousser, de graver le cuivre, ou de sculpter la picrra et le marbre.

(4) On chercherait vainement, dit M. l'abbé Texier, les vingt-sept tombeaux de ce genre qui décoraient les églises et les cloîtres de Grandmont, de Saint-Augusîin-!cz-Limoges, delà Chapelle-Taillefer, de Saint-Germain ; mais hors du Limousin se voyaient de nombreuse» lombes ayant la même origine.

(2) Voici le texte origiiiol qui fournit ces curieux ren=eignen)ciil5, nous le devons à ^l. Alb. Way : Computant (execulores) xl liv. s. vi d. liberali magistro Johanni Limovicensi pro tumbà dicti episcopi Roffcnsis , scilicct, pro conslructione et cairiogio de Lymoges ad Roffam et XL s. viii d. cuidam cxccutori apud Lymoges ad ordlnandum et providendum constructionrm dicte tumbe et x s. mii d. cuidam garcioni euiUi apud Lymogrs quercrti dictanî tumbam construclam e.t ducpiîti eani cum dicto mac^isiio Joiiannc usque Roiram. Thorpt- Custum. Roîr. 19;j. Blbl. Bodlcienne d'Oxford, dons les manuscriUi d'Antony Wood. J'avais cru que Gaultier de Merîon avait puisé cc^ goûts français pour les émaux dans une origine française, mais les Anmilesecc!csi;enoîrens:s,dansrAng'ia sacra (tomcL p.351), prouvent qu'il était Anglais. Celait donc un goiït et une nîode généralement répandus.

(3) "^'oyez dans le répertoire de la seconde part'e l'article Ei.-.-un/

C)i NOTICF. DES ÉMAUX, BIJOUX, KXC.

cmaillccs : c'est celle de Guiîlanine de Valence , mon en 1208 (t). Un archéologue anglais suppose que les plaques oniaillées qui recouvrent la figure coucliée et en relief de ce prélat auraient été exécutées à Londres mènîe, par niaîlre Jean, établi en Angl-lerre vers 1277-12TS. Cetl^^ suipposilion n'est pas admissible. Si cetîe tombe avait été cxéculée à Londres par un orfèvre émailîeur limousin, elle aurait élé faile d'une seule pièce, el non pas en une foule de morceaux rapportés et assez grossièrement cloués sur une forme de bois. Si raaîlre Jean avait travaillé à Londres, il aurait construit des fours, il aurait formé des élèves, tandis que je ne vois aucune trace de son influence (2); au contraire, plusieurs ustensiles en cuivre «Muaillé, aux armes des familles anglaises, présentent des <;rreurs héraldiques qui ne s'expliquent que par des commandes exécutées au loin, el piobablemeni à Limoges, avec

(1) Celte tombe se voil dans TabLave de Westminster. Pour tous les archéologues anglais cc:> émaux sont limousins. ?tî. C.-A. Stolhard, (jui a rcp-ésmlé ce monument et ses détails sur deux planches do son grand ouvrage (The monumental eHigies, London, folio 1817- 1832, pi. 44 et 45), s'exprime ainsi : Thrre is good ground for wnpposhig the uppcr or. mctaliic part of thc tomb to be fiench worU. Il faut rattacher à cette époque et aussi à la fabrique de Limoges le tronc des pauvres , ou boîte aux offrandes , que l'on conserve dans i'ég-ise de Siuarden, dans le Ktnt. Il ne reste des liguves en relief qui le décoraient que la silhouette, mais elle indique clairement une sci^ne assez rare, qui est le baptême. M. Prelty en a fait la description ; malheureusement, au lieu de nous dire ses dimensioiîs, il nous donne celles de l'église : Cnrlous enamel on the poor's box in Smarden church. Trans. of the Archaeological association at its congress held at Gloucester. August 184G, London, 8°, 18/|8, p. 217.

(2) 11 est bien quesilon de uiysln-ics , un siècle plus tard, dans l'accord fait entre U'cliard II et les dinriudiers de Londres , qui s'engagent à dorer les s atues du roi et de la reine; niais je ne a ois rien qui indique l'eauVoi de l'éinail. 24 «vrii 1399 : A Nicholas jiroker et Godfrey Piest, cito}en;; et chaudronniers (coppe'ismiths) de Londres, pour do;er deux images à la ressemblance du roi et de la reine, avec tout ce qui y appartient, avec d'auires images et clsos."? faites de leur secret et art (of their mysLery and arl), 100 fiv. Quatorze ans plus tard encore, nous lisons dans les comptes d'Henry V: À Guillaume God.zer (nom aîle!i:and ) , citoyen et dinandier de Londres, à compte pour avoir nouvellement devisé et fiîil une image, en ressemblance de la mère du roi, ornée avec dincr.n'.s écus.-en^ Ue« annes des rois d'Angleterre (du 20 mai 1413).

ÉMAUX EN TUILE d'lPAI.GNE, Xlli*^ Sll'CLE. C.O

I iiîipossibililé do surveiller cerlains détails de |.en d'iniporlanee aux yeux des ('inaineiirs (1). Je suis dojic dispose à croire que les grandes loiîibes émaiilées furent excculecs à Limoges, tout eîi inaiiUenaiit que chaque orlèvre, dans cliaqnepays, potivni! les imiter, en reinph.çnnl les grands revèlenieiîts par de petites pièces de lapport. Ce passage des (îernières volontés de Guillaunje de ïjaric, inscrites dans sur, teslanienl date de 1327, prouve que ce genre de sépulture était presque habituel. Quant à la prescription de la-.re ces tombes, f(c raninc de Lhnof/cs, ce n'est pas demander qu'on les exécute à Limoges, mais qu'elles soient émail- 1. es; voici l'aiticle du te.^tam- ni : Je lais 800 livres [icur f'iire deux ioniôrs fiantes et levées de rœuvre de Limcf/es, l'une l'cur moi, l'aulre four Blanrfic d'Avancer, ma eûèie rampar/ne. Mais il est temps de revenir aux iombeaux des enfants de saint Louis.

Le monuiuenl de Jean de Franc- s'est conservé conîjdet; i! est uni(iueen France; il mérite une dv'scription attentive : elle noiis a été facilitée par la plaque de cuivre émaillée et par les de^sins faits pour Gnignièies qu'en trouve aujourd'hui dans l'un des seize volumes qui on! étés'égarer à Oxford. A rabi)aye de Royaunionl, on avait pratiqué dans le mur, à gauche du grand autel, deux enfoncements, deux niches surmontées d'un dais golhi<iue. Le tombeau occu- }»ait le bas, et tandis qu'il figuniil en srulpture, suivant l'ciiquelle du Xï!!- siècle, le personnage couché et mort, dans le cosUime olîiciel.-avecles insignes royaux, une peinture, qui remplis ail loul le ceiitrc de l'arcade, le re[)résîMilail dans ses vêten?en{s ordinaires, le faucon sur le poing, en un nioî vivant. Il en était de même de sa sœur, l ne Lirge bordure de feuillages, une autre mi-partie des armes de France et de Caslille, complétaient la décoration; mais nous n'avons à nous occuper que des jilaques en cuivre ri^poussc el éiiiaillé qui couvraient lestoujbes. Celle fie Jean esl coisservée à Saint-Denis presque complète.

(1) On a trouvé, en jauvit r 1850, dr.ns îc Vr.;.rv\icks;,in', un furul (lo bassin entaillé d'un écusson de la familc d'IIaslang, qni présenle ('es difTéiences si css:n{icncs avec le vJri'.ab'c ccnssoîi , qu'on en a (îieiclié la raison dans ue.e ;.l:ôration dos couleurs par le feu, dans rijînorancc des én-a'^llours , ou dans qnc:(;ues cîuu;gi.'iv.cn's adopfcs par !a fa-nillc el doit l.s textes n'auraient pas conscné Irocc. Toutes ces la'sQHs no val nt ;:as celic qn.? je do::n?. (Jo-,:rnal archéoîoQique cic Lav-!r(s, tome Vif, pajoTS.)

Elle se compose de la figure du jeune prince en cuivre repoussé, du lion sur lequel il repose les pieds, de deux anges qui encensent au-dessus de sa lêle, et de quatre petits moines, deboul, lisant dans leurs livres de prières et placés des deux côtés du corps, en lui faisant face. Toutes ces figures, en cuivre très épais, sont repoussées en relief très saillant; les deux anges et les quatre moines manquent aujourd'hui, mais leur silhouette est si bicii dessinée sur les places qu'ils occupaient, qu'il serait facile de les remplacer. L'orfèvre ou le dinandier qui travaillait ainsi le repoussé n'était pas un homme haijile, et l'on ne s'explique pas facilement que le roi saint Louis ait accepté, ou qu'un artiste attaché à sa cour ait pu exécuter en 1247 une œuvre, je ne dirai pas vulgaire, car elle a de la grandeur, mais aussi brutale. Nous n'avons qu'à nous reporter à la statuaire contemporaine, et, bien mieux, à la statuaire d'un demi-siècle plus ancienne, et nous la trouvons délicate, fine, élégante et noble. Le travail du dinanilier terminé, on donna ces figures à l'orfèvre émailleur qui les disposa sur six plaques de cuivre (il y a en outre un petit morceau entre les jambes de la figure), et après avoir arrêté le contour de la place qu'elles couvraient, dessina, grava et émailla le reste en rinceaux élégants se terminant en fleurs de lis naturelles. Les rinceaux, réservés en taille d'épargne, se détachent parl'éclat de la dorure sur le fond bleu de l'émail ; les fleurs sont émaillées en rouge, noir, vert et jaune dans cette gamme de tons verdâtres tombant dans le jaune qui est ordinaire dans les émaux du XUl^ siècle. L'orfèvre passa aussi au feu les figures repoussées en relief, pour y fixer l'éniail sur quelques points, du blanc, du bleu clair el du noir dans les yeux du prince, et de petites gouttelettes d'émail bleu clair sur son bandeau pour figurer des turquoises, puis aussi un émail bleu dans les yeux du lion avec un peu de rouge dans le larmier pour se rapprocher de la vérité. Enfin il dora le tout, et l'épaisseur de la dorure prouve que ce n'était pas l'économie, mais une raison quelconque, peut-être le privilège de l'abbaye, qui imposait un artiste médiocre. Une inscription gravée en creux dans le métal doré et remplie d'émail rouge, porte ce qui suit : HIC JACET : lOIIANNES : EXCELLENTISSDIl LVDOVIGI REGIS FRANCORVM FILIVSQVI IN ETATE INFANTIE MIGRAVIT AD XPM ANNO GRACIE : MILLESIMO : DVCENTESIMO : Q\ ADRAGESIMO : SEPTIMO : SEXTO: IDVS : MARTIÏ.

ÉMAUX EN TAILLE d'ÉPARGNE, Xlll^ SIÈCLE. CT

Sur «ne bande, qui courait à plat près de rinscriplion, avaient été fixés de petits écussons semblables en tous points à ceux que nous allons décrire sous les numéros 48 et 49, et les dessins de Gaignières prouvent qu'ils offraient tantôt des fleurs de lis sans nombre sur émail bleu, tantôt des tours de Caslille sur émail ronge opaque, et qu'ils alternaient avec des anges. La longueur de la plaque, y compris l'inscription, est de 0,940; la largeur, de 0,430.

Blanche de France, née en 1 240, n'était plus de ce monde le 29 avril 12 i3; mais à en juger par la parfaite conformité des deux plaques, il est à supposer que les lombes de ces deux enfants furent ornées en même temps. Il ne reste plus de celle-ci que le corps et une des plaques latérales; ces débris ne donnent lieu à aucune observation particulière, mais à cette remarque générale, qu'il faut chercher dans ces monuments, d'une date certaine, le type qui serl à reconnaître et à mettre à leur place un grand nombre de productions de la même époque (1).

(d) Hors du Louvre je citerai : coU^clion soltlkoff, la Châsse do

sainteCalmine, vendueparM. Joyau;]iaulcur, 0,430; longueur, 0,690. Une navette à mettre de l'encens, qui portait le n° G74 dans la collection Debruge, etc. Je pourrais pousser bien loin ces citations qui ne tendaient à rien moins qu'à énuméier les produils innombrables de Limoges, à Tépoque de sa plus grande vogue et de son meilleur style. Aussi je m'arrête, ne faisant exception, pour une plaque émaillée, qu'en raison de son inscription, elle-même émaiilée, et qui porte la date de 1267. coHeelion ciermeau. Plaque de cuivre doré. D'un côté la Vierge tenant l'Enfant- Jésus, et à côté d'elle un personnage tenant une croix, peut-être l'évêque Airaery, ou son patron : à droite sainte Catherine à genoux, représ-^ntée au moment où les anges arrêtent la roue qui fait son supplice. Les figures se détachent sur fond bleu, les tètes sur des auréoles rouges. Les lettres de l'inscription sont remplies d'cmailbleu,lespointsd'émailrouge.Hauteur, 0,083; longueur, 0,353. Voici cette inscription, dans laquelle on remarque des lettres, comme le G de Virginis, qui sont propres à la calligraphie de Limoges, et que nous retrouverons dans les émaux peints du XV« siècle : HOC : ALTARE : COSACRATV : EST : AB : AYMERICO : LEM : EPO : IN : HONORE : SCE : + : ET : BEATE : :\L\RIE : VIRGINIS : ET : BI : ANDREE : APLI : ET : BI : L VVRîANI : MR : ATQ : POTIFICIS : ET : BI : NICOLAI : EPI : ET : 9F 9 : ET : BEATE : KATHERINE VIRGINIS : ET : MR : ET : OMIVM : SC02 2 : OINTO : NONAS : MAII : ANNO : AB : INGARNACIONE : DNI : M : C°C : L"X : VII : TPR : WI : POR :

4^. — EcussoN en cuivre doré et émaUlé . XUr siêdc. — Hauteur , 0,027 ; largeur, 0,022 ; épaisseur, 0,004.

Cos[ l'ccu (Je rsavarre cl Champagne. Parli de jîueiiles à la cliaiiie liii:- SÔe selon toutes les p?rii;iors cl eu orle, qui est Navarre, el d'azur à une bande dardent cô'.oyée de deux cotices poîencées et contre-polf'neécsdor, de treize pièces' qui est Chanipat^ne. La tranche est dorée et le revers sans émail. — (Collection Durand, u" 12-2/2680.)

J:fB. — EcussoN en cuivre doré et émaillé. XII [^ siècle. — Hauteur, 0,028; largeur, 0,022; épaisseur, 0,004.

C'est reçu de la maison de Dreux. Eoliiquelé d or el dazur. à l.i l)ordurc de gueules. La tranche est dorée ; le cuivre est sans préparation nu revers. — (Collection Durand , no i2i/i;678.)

Ces éctissons avaient plus d'mi emploi, mais leur deslinalioii la plus ordinaire elail d'orner les tombeaux, tantôt parsemés sur les vètemenîsdes figures qui s'élcvaienl en relief de cuivre émaillé (1) sur le monutuenl, tantôt rangés le long du sarcophage (2), sur la corniche et sur les moulures. Des textes, que je cile ailleurs (3), prouvent qu'on en mettait partout (i), et quand on les trouve sans le tenon qui servait à les fixer, c'est qu'ils élaieist suspendus. Les armoiiies des écussons que je vivus de décrire se retrouvent

(î) La tombe bien connue de Guillaume de Valence, comte de Penîbroke (\o'r plus liaut, p. 61), dans l'abbaye de Wcstniiii.sler, n'a conservé que cinq de ses écussons. Voyez Slolliard, Monuni. ellig., pi. h'\ et /|5,

(2) C'est ain^i qu'on les voyait sur la tombe d'Alice, duchesse de Bretagne, morte le 21 octobre 1221, et dont nous n'avons |dus qu'u'.i souvenir conservé dans l'histoire de Bretagne de Doin Lobincau , tome I, p. 1/|8 ; c'cs! aussi de celle n^auiùre qu'ils étaient lixés sur les tombes des enfants de saint Louis,

(3) Ces textes sont nond^reux : j'ai réuni les plus explicites dans lu s.conde partie de cette notice, aux mets Tombes ivutHUrs et Efrus-

XOllS.

(4) Une ceintm-e cor.servéo r.u ^Insce hrilannirue porte enror:» >iiigt-d?ux écusscns iîîscriîs dans des médaillotis.

/•mal:; tN TAIl-LE DÉPAI GNE, Xliï^ SliCLK. 6:)

sur la coupe du >»1II' siôcle pul)li(ic par Giivaiid de la \\ncellc; or, coiuiise ïliibaut, coinle de Champagne, devint roi de Navarre en 1234, et donna sa (illf^ en maiiage au liis de Pierre de Dreux en Î2:î0, il y a un rapprocliemenl nalnrci entre les tombeaux des fils de; saint Louis et les ccussons que nous avons décrits.

Aussitôt qu'on eut introduit dans le saoifice de i'Euchal'islie l'usage des hoslies, il fallut avoir desvas"S pour conserver celles qui étaient consacrées et celles (ini jie rélaienl pas; ces vases avaient la forme de calices à couvercles, mais pour le voyage, pour la chapelle poi lalive, pour 1rs courses aventureuses des apôtres du Chiisi, pionniers courageux, jusqu'au XlVt siècle, de la viaie leligiosi et de la" civilisation , c'('iaienl des boîtes de petites dimensions (1), et les actes des conciles ^2) recommandent au prêtre de ne se mettre pas en voyage sans la pvxis (3;, la boîte aux hosties.

Ces pyxis fuicnl faites de loiiles formes, mais du XII" au \IV'' siècle on adopta la figure d'une petite tour : la torafait allusion à l'I^giise elle-même. La fabrication de Limoges, qui recherchait les occasions d'étendre son industrie, suivit le culte dans ses diverses variations , cl ([uand on s'arrêta aux boîies eu forme de tours, elle en exécuia en quantités innombrables, ce dont nous avons la preuve par le liombre considéiable de celles qui sont conservées dans nos collections publiques et parli;ulières (i). Les sujets profanes qui ornent exceptionneilt-

(1) VoNCZ les dcscripLions, extraites eus inventaires, dans la seconde partie, aux mots : IJoislc à hoslics et Cibo'uw

(2) Ut preshylcii sine ?acro Chrisn'.ate cl olro bonedicto, et sa'ubi i Euchanslia aiicubi non proiiciscaiUMr, sodubicanquc vcl forluitonquisili fucrint, ad ofiicium suuiii statiiii invenianlur parati. C.ontj!. germ., lom.I, p. 83.

(3) ilvçicv, rvçi;.'.:/cv, voyez Du Cange.

(4) collection sxidicrPeîiï. Elle en posr.édait quatre, n"' 100 à 103. siu^i'e tle ciuny. H en conserve sept. coHeciion soictkoff. FJ!e on a réuni i'ulant, et j'en pouiniisciteidanseluîquecoroction. Toulrs «•es custodes sont en général de la niènie fonr.c ronde à couvercle conique. Collection S'ailly. J'y ai vu une custode un peu plus grande , et dont le couveK le est pîal, formant une boîte ronde. D'ailleurs la même ornemciitation, les mêmes charnières, parlar.t !a mênîc origine ella même époque, collection «ormeau- Custode carrée. Forn;e (lui est rare. Ccîtcca^tolo appartient, par soséniaux. à la niênie époque*

ment quelques-unes de ces boîtes à hosties avaient fait croire à plusieurs arcliéologues qu'elles répondaient à l'expression de drageoirs qu'on trouve dans les textes ; mais, d'un côte, le moyen âge avait ses libertés; de l'autre, nous savons, par les descriptions des inventaires et par les miniatures, que le drageoir avait une forme différenle et une tout autre importance (1).

Je décrirai les custodes (2) du Louvre, en commençant par la plus ancienne, que ses émaux blancs et bleu lapis pur auraient dû faire menlionner plus liant s'il ne m'avait pas paru préférable de la réunir aux autres.

«Sd» — Custode émaillée. (Le couvercle est terminé par unhouton.) — Hauteur, 0,085; diamètre, 0,063.

Elle est décorée dans le bas de quatre demi-cercles formant une bordure continue; le cenlre est occupé par un écuen pointe, doré cl ciselé, chargé d'une fleur de lis en éinnil blanc avec un point d email bleu turquoise au cœur; des tiges dorées, partant du point de réunion des demicercles , sont réparties de chaque côté sur le fond bleu lapis. Dans la partie supérieure, des petits châteaux, ou cas'illos, se détachent en tons d'or sur un fond déniail bleu turquoise. Le couvercle est orné de trois médaillons circulaires au fond bleu turquoise, bordé d'un filet blanc, dont le motif de décor est une croix d'or posée sur un champ bleu d'azur, sur lequel se dcs;inenl des branchages dorés, rehaussés déraail rouge. Ces médaillons se découpent sur un fond d'émail bleu lapis, et alternent avec des feuillages dorés semblables à ceux de la base. L'intérieur et le revers sont dorés. — (Collcclion Durand, no 119/2656.)

51* — Custode émaillée. XI V^ siècle. — Hauteur, 0,085 ; diamètre, 0,064.

L'ornementation, semblable sur le corps et sur le couvercle de la custode, est formée de médaillons circulaires émnillés en vert clair et décorés d'une rosace, en forme de croix , en émail bleu et blanc , posée sur un ehamp dor ciselé; ces médaillons allernenl avec des fleurons ou fleurs de lis et des ornements épargnés dans le racial et se détachant sur fond d'émai^ bleu lapis. Les fleurons du couvercle sont remplis d'émail vert liséré de blanc. L'intérieur et le revers sont dorés.— (Collection Durand, n» 119/2658.)

^W» — Custode émaillée. XIV^ siècle. — Hauteur, 0,130; diamètre, 0,065.

L'émail de fond est bleu lapis. Le décor est composé de deux médaillons circulaires, de couleur bleu turquoise, dans lesquels sont épargnées

(i) Voyez dans le répertoire l'arlicle Drageoir. (2) Voyez dans le glossaire, au mot Cuslodc.

ÉMAUX EN TAILLE d'ÉPARGNE, 1IV<^ SIÈCLE. 71

des figures d'anges en mclal doré cl gravé. Un fleuron d'ornements . en émaux tricolores , formant le centre tle rinceaux dorés, alterne avec h s médnillons. Le même décor est reproduit sur le couvercle cl posé du façon à faire alterner les motifs. L intérieur et le revers sont dorée. — tCollection Révoil, n» 99.;

53* — Custode éniaiUée. [Trois pierres imitées en verroteries sont enchâssées sur le couvercle.) — Hauteur, 0,080; diamètre, 0,065.

Les ornemcnls sont des rinceaux épargnés dans le métal , dorés cl gravés , se détachant sur fond d'émail bleu lapis. L'intérieur et le revers *onl dorés. On remarque à deux places de l'iiilérieur qui se correspondent la lettre M répétée; ces marques ont servi de points de repère pour FouvricT ajusteur des piOces de métal.— Collcclion Durand, U" 119/-2G55.

S4L» — Custode émaillée. X/F^ siècle. — Hauteur y 0,08i; diamètre, 0,061.

L'ornemcnlaiion esl composée de quatre médaillons, tronqués dans In partie supérieure , sur lesquels sont épargnés dans le métal des ange.5 nimbés qui se délaclienl sur un fond d'émail bleu turquoise. De chaque côté des anges, des rosaces émaillées sont réservées dans le fond, et des nuages coupent les figures à la hauteur de la ceinture. Les nimbes, les rosaces el les nuages sont rendus par des émaux rouge , vert et jaune, lîne bordure, dont le molif ondulé eil nji-parli doré el mi-parli en émaux des Irois couleurs rouge, bleue el blanche, suit les contours des médaillons , l'intervalle qu ils laissent dans le bas étant rempli par unorneuîcnl semblable à la partie supérieure dune Ileur de lis. Cette portion da décor eslendommngée.eirenlèvemenldcsémauxpcrmet de suivre l'opéralion de la gravure en taille d'épargne qui précède liiilroduclion de la poudre d'émail. L'ornemcnlaiion du couvercle reproduit quatre médaillons à figures d'anges nimbés , deux sur fond bleu lurquoise, deux sur bleu lapi^: el sur le bord, quatre dcmi-lleurs de lis. icilcs que celle décrite ci-dessus, se découpent en Irois couleurs démaux, le rouge, le bleu et le blanc, sur le fond bleu Inpis. L'intérieur el le revers sont dorés. — (Collectioii Duraiid. non9/2G57.;

Il est facile d'établir avec évidence, au moyen de textes explicites, qu'on se servait à roHice de la messe de vases d'argenl jumeaux, gcmcllionrs a y (/ ait ci (Ij, c'est-à-dire pareils de forme; l'un pour répandre l'eau sur les mains du prêtre, et l'autre pour la recevoir. Cette expression a été généralement mal comprise (2), mais les bassins que nou*

(1) L'Ordo romanus les mentionne.

(2) Le cardinal J. Bona cherchait le vrai sens et s'en approchait p'us que Mabillou : Ornamenla qua^dani gemniata esse pulat Bulengerus (de donar. ponlif., c. 50). Hoctius aut2in Vossius (de Vit. scrm.) gemeliiones esse, ait, va'^a el urceolos ejusdem generis et formao siuiilis, ut ftre soient geiaini fralres. (Rer. litur., p. 478.)

il NOTICE DES EMAUX , Bijoux 5 ETC.

allons ilëcrirc répondenl à \y\ bonne explicaliou. Plus lard, on distingua cnli-c le vase \iiïérien\\ a (ju un an il c, ei \e vase siipérl-oiii', urcculus (i) , ci celui-ci, devenu une aiguière, j)rit tontes les formes, tandis que ceini-là prit toutes les dimensions (2). Les ropréscnlations dans les miniatures des >*II^ et \Ul siècles sont conformes à celte nianière de voii-. et les dessins dont ces bassins sont ornes ne la conlrarient pas, les unséiant religieux ei les autres héraldiques. Quanl atix bassins à sujets profanes, nous avons la preuve, par les descriptions contenues dans les iiivenlaires du lemps (3, , qu'ils ont servi comme les autres à l'usage des autels, et celle confusion n'a rien d'extraordinaire, elle est dans l'esj>ril du moyen âge.

On voit dans ces n^cmes docîîincnts que les bassins de clsapelle allaient toujours par paires, l'un ayant son biberon, lautie n'en ayant pas; on voit aussi qu'ils se distinguaient des bassii s dans lesquel-i on plaçait les burettes, et des bassins employés dans la vie privée (4) pour se laver à table, pour se laver la tète, pour se faire raser, se faire saigner, prendre médecine, cracber, etc., etc.; mais tons ces bassins avaient, avec leurs aiguières, d'autres dimeni^ions, d'autres formes, élai^t destinés à des usages réels, tandis qu'au lavement des mains du prêtre, simuh'.cre et allusion, srifilt^aient ces bassins plats et d'un petit diamètre.

J'ai discuté ces faits et ces distinctions dans la seconde partie de celte notice; j'y renvoie le lecteur curieux de ces investigations de d(Mai!. Je vais décrire b'S trois bassins émaillés du Musée du Louvre, en remarquant que les bassins de ce genre sont parvenus jus(|u"à nous en très grand

(1) Aqiuininnilc est vas inferius, in qiiod raanibus ii-fusa aqua dilabitur ; urceoî'ôs vero vas sapcrhis , undeîavandis manibns aqua infunditur. (Lanfranci Cantnar. cp. 13.)

(2) On conservait, dans les trésors, de ces aiguières de fornics bizarre», et l'on en rencontre aussi dans quelques coîJections : Urcei argentri diversarum forinaruni , quos manilia ve.cant, co (juod ex eis aqua yac^rcioturn manibus fur.dcrctur, habcutes rorniam leonuni , draco- Muai, aviuui et grypiiorum, vel aliorum animalium quorumcumque. (Urs'.isii I\or. gcrnîan., p. 5G8, ap. Augusli.)

(3) Voyez dans le répertoire, aux mots B:i(iii à lava- et Bmui.s a fjtUf-.r xur lable,

(4) Voyez aux mois Bacln à b^rblcr, à cracher, à laver la (cslc, etc.

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