‹ Notice des émaux, bijoux et objets divers exposés dans les galeries du Musée du LouvreChapitre 16 sur 125 · ÉMAUX CLOISONNÉS · texte numérisé non relu

ÉMAUX CLOISONNÉS

Ces émaux byzantins présentent incontestablenicnl dans leurs nuances certaines analogies avec les émaux des peuples orientaux, et nous mènent à cette question : A quelle époque les arts de la Chine, s'infiltrant à travers l'espace, vinrent-ils trahir leurs secrets aux peuples de l'Asie les plus voisins de l'Europe, aux Indous, aux Persans, et à ces Arabes que leur existence conquérante et leur vie nomade rendaient propres à servir de fil conducteur à toutes les données de l'art et de l'industrie ? Pour répondre à cette question, les textes et les monuments nous font défaut tout à la fois, les textes qui devraient nous fournir des dates, les monuments qui nous permettraient de fixer des époques; et cependant il est un fait certain, c'est qu'aux plus anciens émaux byzantins, d'un ton pâle et d'une qualité translucide, succèdent, vers le Xll<^ siècle, d'autres émaux également cloisonnés, mais opaques dans leur composition, travaillés différemment et dans une gamme de tons tout autre; ce travail, cette qualité d'émail et cette gamme étant absolument pareils à ceux qu'employèrent et qu'obtinrent les Chinois, les Indiens, les Arabes et les Persans, pour fabriquer ces admirables vases, coupes, bassins, assiettes, qui remplissent nos collections, le lien est évident, incontestable : il faut l'admettre et attendre des autorités historiques pour classer les résultats et en tirer toutes les conséquences.

11^« — U>'E BANDE d'ornements détachée d'un reliquaire ; travail allemand, exécuté dans les données hijzantines. — Hauteur, 0,025; longueur, 0,078.

Quatre rosaces, à quatre lobes, forme de trèfle, alternant bleu et rouge avec un point jaune au centre, se détachent sur un fond qui veut être blanc, mais qui est vert pâle et fortement craquelé; ce fond est semé de rosaces plus petites, également bleues et rouges. Une bande d'émail bleu clair, encadrée entre deux iilels de cuivre doré et marqué de clous d'émail jaune, entoure la plaque. On voit au revers de la plaque celte lettre et ces signes de repère pour l'ouvrier ajusteur :

(Collection Durand, n» t22/2673.)

Dans ces mêmes données a été exécuté, vers le commencement du Xlle siècle, par des artistes grecs, et pro-

102 NOTICE DES tMAUX, EIJOUX, ETC.

bablement à Constanlinopîe, un saint Georges descendu de son cheval pour terrasser le dragon. Le saint guerrier, debout sur l'animal, lui plonge sa lance dans la gueule; il occupe la droite de la scène. Sa tète nue est nimbée ; son costume est celui qu'on reiruuve sur les anciennes peintures des églises grecques, qui datent du Xl-^ au XV*^ siècle, et dont il est diflicile de miesix préciser i'épo- ({ue. La scène est divisée en deux parties par un arbre, et le côté gauche est rempli par un cheval si petit, que saint Georges eu l'enfourchant pourrait encore rester debout. Le harnachement de ce coursier est pris dans les habitudes arabes. Celte peinture, en émaux cloisonnés, a l'aspect étrange dun dessin européen colorié par des Chinois (1). Elle le doit à une gamine de tons particulière qui nous frappe, comme elle dut être saisissante pour nos artistes des XIet XII-^ siècles. Aussi vit-on ces tons bleu turquoise, bleu lapis, vert d'eau et jaune, faire invasion dans les émaux de Limoges, tous à la fois et d'une manière sensible, vers le milieu du Xi!-' siècle, au momenî. justement, où le Hot

(1) Les figures se détaclieut sur un fond d'enroidemcnts et de rinceaux d'un caractère ûuianl arabe que byzantin, et où les couleurs verte et bleue dominent. Le chevai est teinté avec un émail blanc opaque d'une nuance grise, et craquelé, en tout pareil au blanc et aux tissures des émaux chinois. Ler^ carnations sont tei'.itées en rose. L'or fait à la fois ofïice de cloison et de dessin, quand un» même nuanced'émail occupe une certaine étendue, comme dans les cîieveux noirs et dans la jupe rouge du saint Georges. .Mais ce cloisonnage est de deux suites: une large bordure en cuivre entoure les (igures; elle est composée de deux lames qui laissent un vide entre e'ics, recouvertes par une troisième lame, ccHe-ci dorée, accusant en larjçcs (rails k\s contoins de la figure. De légères cloisons en or forment le dessin intérieur, on pourrait dire le détail. Une inscription grecque, dont

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blanc sur fond bleu.

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tiennent eu style de cette date. ïîau- 0,190. — Largeur, 037. ( Collection lègue.)

ÉMAUX CLOISONNÉS* lO.'J

des pèlerins sortis de toutes les classes de la société allait et venait sur la piraude rouie de l'Orient. Il est inipossihic* de ne pas élre frappé des analogies de couleurs qu'otTre cet émail avec les émaux cliinois, persans, arabes ou orientaux, et, par suite, des analogies que les émaux de Limoges du XIU' siècle ont avi'C cet émail grec-hyzantin ; mais les conséquences de ce rapprocliement doivent rester dans le vague, tant que nous n'aurons pas de plus nombreux monuments pour guider la critique.

Les orfèvres italiens adoptèrent, comnie je l'ai dit, ce procédé, en le niodifiaiit selon leur goût, et ils le pratiquèrent jusque dans le XV^ siècle; nous en avons la preuve dans un spécimen délicieux que possède le cabinet des antiques de la Bibliothèque nali(înale. C'est une plaque d'or, ronde, quia 0,033 en diamètre; l'orfèvre habile qui en est l'auteur a représenté, avec autant de succès que le l>erniet ce procédé imparfait, le Christ sur la croix entre Marie et saint Jean. Ces trois figures se détachent sur un fond parsemé de délicieux rinceaux de feuillages. Le mouvement des figures est heureux; saint Jean cache sa figure dans son manteau avec un seniiment douloureux très profond (1). Malgré ce soin d'exécution, ce talent de dessin et une coloration modifiée dans le sens de nos goûts, ces émaux translucides, à teintes jilates, circonscrites dans ces minces cloisons d'or, conservent un air oriental étrange.

La Russie doit avoir reçu par le commerce, et elle a sans doute conservé par respect religieux, soit dans le trésor de Moscou, soit dans les églises de Nowogorood , bon nombre de ces émaux. Les a-t-elle imités, et de quelle manière? Les renscignemeuis nous manquent.

Émaux cloisonnes à jour.

^<os anciens inventaires royaux mentionnent à plusieurs reprises des émaux cloisonnés à jour, des coupes, des ai-

(l) La jupe du Christ est bleue; la robe de la Vierge blanche, sou manteau vert ; la robe de saiiit Jean verte, son manteau jaune translucide doublé de bleu clair opaque ; la croix et les deux auréoles sont d'un bleu turquoise ; l'auréole du Christ jaune translucide. L'inscription IXni , formée de lames de métal, s? détache dans un cartel d'éraail rouge; les carnations sont rosées.

guières , des lames d'épée même , ouvrées à esmaux à jour (1). Une coupe, qui du trésor de Saint-Denis a passé dans le cabinet des antiques de la Bibliothèque nationale, répond, au premier aspect, à ces descriptions; mais en l'examinant attentivement, on voit qu'elle est faite de morceaux de cristaux rouges, blancs et verts, sertis dans des cloisons de métal après avoir été gravés, le morceau central en un portrait de Chosroes à cheval, les autres en lïeurons. Ce travail oriental, de la seconde moitié du Vie siècle de notre ère, a dû trouver des imitateurs, et rémail s'offrait à eux pour produire le même elFet à moins de frais. Je suis disposé à croire que des objets ainsi exécutés ont été apportés au milieu de nous dans ce grand courant qr.i entraînait en Europe, au nioyen âge, toutes les productions de l'Orient (2). Ce qu'il y a de certain, c'est qu'en 1341 nos orfèvres avaient complètement perdu la tradition de ce procédé. A cette époque, François l'^'- fit appeler son orfèvre, Benvenuto Cellini, pour lui montrer une coupe ainsi faite, et pour apprendre de lui comment elle avait pu être exécutée. Le célèbre artiste examine, s'étonne, et se vante d'avoir deviné le procédé (3), de manière à

(1) Je renvoie pour les citations des textes à la seconde partie de cette notice.

(2) Voyez la coupe de Chosroes au cabinet des antiques de la Bibliothèque nationale. La taille du portrait et des fleurons est si peu nette qu'on pourrait croire (|ue ces morceaux de cristaux sont fondus dans un moule. On lit, dans Thisfoire abrégée du Cabinet des médailles par A. L. Cointreau, Paris, in-8°, dSOO : En 179 J, furent apportées de Saint-Denis, aujourd'hui Franciade , des antiquités faisant auparavant partie de son trésor — Une grande soucoupe d'or ornée d'émaux de diverses couleurs; au milieu est un roi parthe assis sur son trône et gravé en creux, p. 21.

(3) Benvenuto Cellini propose, pour les imiter, un procédé qui diffère des émaux cloisonnés uniquement par celle circonstance, que les lames de métal, au lieu d'être soudées sur la plaque , y adhèrent légèrement. Cette plaque elle-même est enduite d'un ciment qui permet aux émaux de s'y reposer et d'entrer en fusion sans y adhérer. Tant que la plaque de métal joue un rôle, ce sont des émaux cloisonnés complets ; aussitôt qu'elle est retirée, ce sont des émaux cloisonnés à jour, et par conséquent une variété des émaux cloisonnés. Voici comment l'habile écrivain s'exprime dans son Traité de l'Orfèxrerie : Ma poichè io sono venuto con proposito a ragionare délia vaghezza de' trafori nell' opère de filo, non voglio lasciare indietro di non dire corne in Parigi nel MDXLI cssendo al servizio del magnanimo re Francesco, m'occoise

ÉMAUX CLOISONNÉS. lOo

nous prouver que non-seulement il lui était inconnu, mais que la vue d'un objet de ce genre était pour lui une nouveauté complète.

Émaux cloisonnés en résille sur cristal.

Tous les efforts des artistes, quand ils se font industriels, consistent à produire les mêmes effets avec dfs procédés moins lents, partant moins coùleux. Dans la seconde moitié du XVI«^ siècle, on profila de l'habileté avec laquelle on mettait le cristal en fusion pour remplacer les anciens émaux cloisonnés sur mêlai par des émaux cloisonnés en résille d'or, mêlés à des feuilles d'or estampées ou flinquées (1), qui simulaient une ciselure des émaux de bassf taille. Ces émaux ont lapparence des vrais émaux cloisonnés, ils en ont les couleurs translucides, avec plus de souplesse dans les contours des dessins. Les ornements qui forment bordure autour du bouclier de Charles IX sont presque des émaux cloisonnés, et en tout cas des modèles parfaits de ce genre de travail, qui eut un grand succès, et sur lequel je m'étendrai davantage dans la notice des bijoux (2).

di vedere un' opéra lavorata di filo mollo mara\igliosamente — egli un giorno, che era andato al vespro ncUa Cappella Rca'e, mi fece intendere dal gran Conneslabile, che dopo il vespro io mi dovessi appresenlare da sua ÎNiaestà : con andato nel delto luogo mi disse, che mi avcva faJto chiamare pcr mostrarmi alcune belle cose — mi moslro una tazza senza piede, da bere, lavorata di filo, laquale era di ragicnevole grandezza, e di legpjiadri fogliametti ornata, i quali andavann scherzando interno a diversi conipartinienli fatli con gran disegno ; ma quello che piu la faceva parère maravigliosa , era, che infra i fogliami e i partimenli, quegli sfondali erano stati tutti da quel!' ingegnoso artefice ripieni di smalti di varj colori ; laonde quando si alzava la delta tazza ail' aria, tutti quegli smalti transparevano in guisa îale che cosa vaghissinia era a vederla, e quasi pareva impossibile a esscrc stata atanta perfezione condotta. (Edit. de Milan, 8°, 1811, p. ^0.).

(1) Six planches d'Androuet du Cerceau, formant recueil et spécialement destinées à ce genre d'émail:erie, ont paru sous ce litre : Ornements d'orfèircvic propres pour flinqucr et craailler. Paris, chiz A. Langlois.

(2) Ces émaux ne sont pas rares ; on en a fabriqué jusque dans le XVII « siècle, et assez avant. Je citerai : isibliothOque nationale, cab. des antiques, petite plaque détachée de quelque objet d'orfèvrerie

EMAUX DE BASSE TAILLE

Basse taille émcùllcc. — Émaux dits translucides.

Les deux grandes classes d'émaux que nous venons d'examiner, les émaux en taille d'épargne et les émaux cloisonnés, nous conduisent à une troisième, la plusimporl'.mte de toutes, si on la considère sous le rapport de l'an, et si on l'éludie dans les textes (1). En effet, les émaux en taille d'épargne, pour la pîujiart appliqués à un métal vulgaire, ne furent que par exception l'œuvre d'artistes de talent; en masse, et pris en général, ce sont des produits industjiels, dont Limoges fuT la plus grande , la plus féconde fabrique. Appii([ués aux ustensiles sacrés, ils n'entrèrent que dans les églises pauvres ; et si on les rencontre dans les grandes églises, c'est comme pièces d'apparat, vues a dislance, ou comme vases de rechange d'un usage (iuotidicu. Quand on les trouve employés dans la vie privée, c'est à l'oiïice, parmi les ustensiles de voyage ou dans do modestes intérieurs. En résumé, ils jouent le rôle de la vaisselle de cuivre, comparés aux émaux de basse taille, dont nous allons parler, qui prennent rang avec la riche et somptueuse vaisselle d'or et d'argent doré. Les émaux cloisonnés appartenaient aussi à la fine orfèvrerie: il< étaient exécutés sur or, et décoraient la riche vaisselle» saci'ée et profane; mais ces émaux, exclusivement byzantins, pouvaient convenir , dans leur raideur hiératique, à

cloisonné en or sur argent ; légers feuiliagcs et fleurs sur un foad vert foncé translucide et très vif. colsection ©Eavaireot ; médaillon ovale; au-dessus d'un bouquet de pensées, de roses et de lis avec leur feuilles, plane, inscrite daiis une banderole, Tinscription que voici : Grâce ledans le lis ha. Hauteur, 0,083; largeur, 0,06». collection Qae- :cvine : un inédaiilon de même dimension, orné de fleurons, collection VJsconîi : des fleurons et chiffres du temps de Marie de Médicis, ippliqués à la reliure d'un livre d'heures.

(1) Pour les textes qui fournissent ces expressions et qui les comhientent, voyez la seconde partie de cette notice, au mot Esmail de basse taille sur or cl sur argent.

ÉMAUX. DE BASSE TAILLE. 107

une nation que la décadence de ses arti>les cl ses lendances religieuses condamnaient à riminobiiité; ils claienl condamnes d'avance par l'Italie, qui les adopta passagèrement. Je dis qu'ils étaient condamnés et adoptés à la "fois, contradiction qui s'explique, parce que s'ils furent imités par les orfèvres italiens, ces artistes n'en conservèrent bientôt que les émaux translucides qu'ils appliquèrent différemment.

Il fallait, en effet, à l'Italie, il fallait à la France, où l'orfèvrerie était si avancée, il fallut plus tard aux Flandres, pour satisfaiic aux goûts de la somptueuse cour des ducs de Bourgogne, il fallut, enfin, à l'Europe entière, qui s'était éprise de ces hijoux, un procédé qui convîîit à la lois aux artistes et aux hommes de goût; aux artistes, s'il leur offrait le moyen d'exprimer librement leur pensée dans toute l'étendue de leur talent; aux gens de goût, s'ils pouvaient associer aux pierreries enchâssées, aux ciselures fines, des émaux qui fussent égaux aux unes et aux autres en pureté de travail, qui leur'fussent supérieurs en éclat de couleur, qui répondissent, enfin, à l'expression heureuse de Yasari : Une soite de peinture associée à la sculpture. E specie di piiiura mcscolata cou la sciiltura.

Les émaux de basse taille tiennent aux émaux cloisonnés par la nature transpar.^nte de Témail, aux nuances limpides et vives par l'emploi des métaux précieux, par le fini et la délicatesse du travail. Les uns semblent procéder des autres, et de mains également aptes à les exécuter simultanément. Les émaux cToisonnés, sorte de monopole des Grecs, deviennent insensiblement, et comme par compromis, des émaux de basse taille ou translucides sur fond ciselé en relief. Ce changement s'opèie d'abord dans des parties de vêtement; puis, en gagnant de l'espace, en rendant toujours plus rares les cloisons, l'émail translucide finit par couvrir entièrement un fond ciselé en bas-relief. Nous n'avons pas de preuve certaine, de document positif, pour établir que telle a été la marche suivie, mais tout fait croire que l'Italie tira de celle jnanière les émaux en basse taille des émaux cloisonnés. Elle avait intérêt à le faire. Ses orfèvres étaient des hommes de talent, je dirai plus, des hommes de génie. Grands sculpteurs, peintres ou architectes quand il le fallait, ils étaient, dans leur atelier, des ciseleurs consommés, qui rendaient le relief de leurs délicates compositions avec une énergie et une puissance que paralysait et qu'enchaînait entièrement le procédé du

cloisonnage. L'émail translucide, au contraire, harmonisait leurs travaux, et d'une ciselure incomplète faisait un tableau parfait.

Depuis Jean de Pise (1), qui décora de ciselures émaillées le maîlre-aulel de l'église d'Arezzo, en 1286 (2), jusqu'à Pollajuolo (3} et Francia (4), tous les grands orfèvres de rilalie(5) employèrent ce procédé; Vasari le décrit avec pré-

(1) J'extrairai de Vasari ce peu de mois : L'anno 1286 fu condolto da Siena in Arezzo Giovanni Pisani. Il y fU le niaîirc-uulcl ; scomparlendo per tutla Topera alcune cose di musaico sotlile e smalti posli sopra piastre d'argento (tome II, p. 212, Milano, 1809).

(2) Celte ville d'Arezzo fut favorisée par les émaux. On lit dans Vasari: Lasciô maestro Cione (orfèvre d'Arezzo, et père d'Andréa Orcana, le grand peintre du XIII ^ siècle) , molli discepoli e fra gli aîlri Forzore di Spinello Arelino , clie lavorô d'ogni cesellamento benissimo, ma in particolare fu eccellente in fare storie d'argenlo a iuoeo smallale, corne ne fanno fede ne! vescovado d'Arezzo una mitra con fregiature beilisirae di smalti (tome III, page 20). Il est bien évident qu'il ne peut être question, au commencement du XIV siècle, l)0ur décorer une mitre, que d'émaux de petite dimension et de peu d'épaisseur. Ces coiffures n'avaient pas encore pris l'ampleur qu'on leur donna à partir des XV^ et XVI « siècles. Boltari nous apprend que cette mitre n'existe plus.

(3) Ce grand artiste a sa vie écrite dans Vasari. On y lit ce passage sur ses travaux d'orfèvrerie : Duro inquesto mestiero infinité faliche si ne' lavoriche fece d'oro comein quelli di smallo e di argenîo. Infra le quali sono alcune paci in san Giovanni, bellissime, cbe di coiorito a fuoco sono di sorte, clie col penneilo si potrebbero poco miglioiare, ed iu altrecliiesedi FiorenzaediRomaeallriluoghi d'Ilalia si vcggono di suo smalti miracolosi (p. 173, tome VI, Mil., 1809). On conserve, et Ton montre dans la galerie des Uflizi, îi Florence, une Paix ciselée et émaillée par Ant. Pollajuolo; elle représente une descente de croix.

(4) Lavoro di smalto ancora moite cose d'argenlo. (Vasari, tome VI, p. 257, Mil., 1809.)

(5) L'attention une fois fixée sur cette marche des émaux, l'érudition découvrira les textes qui les désignent, et les voyageurs retrouveront les monuments qui se sont conservés. Vasari parle de la têlc de saint Zanobi que l'orfèvre Cione aurait placée dans une tête d'argent sculptée et ciselée admit ablenient. Cet ouvrage porterait la date de 1330. Cicognara contredit Vasari en ce point seulement qu'un cartel émaillé, encastré dans cette tête, attribue celle œuvre à Andréa Arditi, orfèvre de Florence, et cette notion, d'ailleuis incontestable, est confirmée par un inventaire du trésor de la cathédrale de Florence, rédigé en 1418, et qui fournit ces deux articles : Item, un calice d'arienlo dorato, grande, smallalo coli'ai me di san Zanobi, nel quale é scrilto

ÉMAUX DE BASSE TAILLE. i09

cision (1), et Benveniito Cellini indique en grand délai! les niodilications qu'il lui avait fait subir pour son usage (2;. Je renvoie à leurs ouvrages. Je ne suis d'autres indications que celles qui me sont fournies par les monuments. Voici le procédé. La plaque d'or ou d'argent était fixée solidement pour résistera la force d'impulsion de l'outil. Sur cette plaque, on traçait légèrement le calque de son dessin, et on gravait, ou plutôt on ciselait la composition en relief, avec toutes les finesses du modelé. Puis, on étendait sur cette sculpture, d'un très faible relief, de la poudre de cristal nuancé, par grandes teintes plates, de vert et de rouge pour les vêtements, de bleu pour les ciels, de violacé pour les carnations (3). La cbaleur du four faisait entrer tous ces émaux en fusion, et leur donnait le brillant et la transparence de la glace. On conçoit, pourvu (lu'on se soit rendu compte des effets de la lilbophanie, et mieux encore de ceux qu'obtient la fabrication nouvelle des poteries émaillées sur bas-relief, comment, les saillies de la sculpture laissant à l'émail peu d'épaisseur, les fonds, au contraire, leur en donnant beaucoup, il se produit une échelle indéfinie de tons différents dans la même nuance d'émail. On comprend aussi comment des orfèvres, sans être peintres, pouvaient, par l'habileté et la perfection du modelé de leurs ciselures, produire de véritables peintures, tout en n'étendant que des teintes plates sur leur travail de basse taille.

Commentée procédé pénétra-t-il de l'Italie en France?

Andréa di y\rdito maestro, colla patena sniaUata quando Christo va in cielo ; — item, un calice mrzzano d'ariento dorato, smaltato con molle figure di santi, Taiio nel 1331, fatto per maestro Andréa d'Ardito, secondo ch'èscrilto nel dclto calice, colla patena. (Invcntario di Sanla- Reparata di P'ircnze. — Bihl. majïliabeciîiana.) I! faut reporter ù celte époque l'exécution de la granile clsàsse d'Orviclo par maître L^onno, Torfèvre, et non par le pt intre, assisté de ses compagnons de Sienne. Elle est signée : Per magistrmnUgolinum et socios, aurifices deSenis, faclum fuit snb anno Domini MCCCXXXVIII tempore domini Bencdicti pappa} XIL

(1) Vasari dans son introduction.

(2) Benvenulo Cellini : Traltato deirOreficeria.

(3) Tous ces émaux , pour rendre leur elTct , doivent être translucides; et fémail blanc qui, mêlé au rouge, permet de rcxcr les carnations, étant opaque, on ne put remployer, et Ton fut obligé de se cr.r.tenler de carnations îégèreracnl violacérs.

On pourrait répondre : par toutes les voies, et il en est une dont il faut signaler l'importance. La grande route que suivit la chrétienlë, au moyen âge, fut le clicmin de Jérusalem. A partir du Xe siècle, c'est par troupes que les pèlerins entreprirent ce rude voyage, et quand la voie de terre devint impraticable, Venise et Gênes furent les ports où se dirigeaient les pieux voyageurs, et, plus tard, celte grande route de la clirétienté ne fut pas moins animée quand le senlimcnt religieux la déserta, comme il avait abandonné les cœurs. Alors, à l'enlbousiasme de la croix succédèrent d'au 1res enthousiasmes, chez ceux-ci pour les arts, chez ceux-là pour la vie matérielle; ici pour les bijoux italiens, là pour les élolfes orientales : autant de moteurs puissants de cette activité commerciale qui mit l'Europe, et jusqu'à ses parties les plus septentrionales, en communications régulières, facile-, fréquentes, avec les deux grands ports de mer, Venise et Gènes. A cette époque , les relations étaient donc, sinon aussi promptes, du moins aussi faciles, etplus fréquentisque de nos jours, car le commerce italien était non-seulement le plus actif et le plus entreprenant, mais, aîi moyen de ses comptoirs formes dans les principales villes, et de ses négociants établis partout (1), il enlaçait l'Europe. La voie de terre était la plus suivie, mais les bâtiments de Venise passaient le détroit de Gibraltar et apportaient directement, le long de nos côtes, et dans la Manche, des cargaisons de verreries et autres objets de leur ingénieuse fabrication (2). C'est ]iar l'entremise de ces comiJiis-voyageurs vénitiens et génois, que les joyaux italiens pénétrèrent parmi nous, et que le procédé' des émaux en basse taille fut connu de nos orfèvres.

Toutes les nations qui cultivaient les arts se l'approprièrent rapidement et facilement (3). La Frauce fut la pre-

(1) J'ai cité ailleurs un grand no'nl)re de ces négocianis deLucques, de Gênes, de Milan, de Venise, etc., établis dans les Flandres aux XIV et XV " siècles.

(2) Philippe-îc-Hardi, duc de Bor.vgogne, ordonne, le 6 juillet 1394, que l'on paie « quatre francs pour seize voirres et une escuelle de voirre, des voirres que les galées de Venise ont avant apportez en nostre pays de Flandre^, au port de l'E^chlse. » Avec ces verres arrivaient les bijoux, et ces imporlations renîontaienl au XP siècle.

(3) J'ai décrit, sous !e numéro 94, une coupe de travail allemand, décorée, dans l'intérieur, d'un éœail de basse taille sur argent. On

ÉBÏAUX DE DASSE TAILLE. 111

niicre à suivre l'Italie, et ses orfèvres, du nord au sud, de lest à l'ouest, prouvèrent, dès le XII*^ siècle, qu'ils pouvaient la suivre avec bonheur (1). Je renonce à tracer ici le tableau de ces mille bijoux, dont l'imagination la plus féconde avait dicté la composition compliquée, et dont les émaux en basse taille faisaient le plus bel ornement. Des volumes entiers d'inventaires rie nos rois, princes, seiijneurs féodaux et riches particuliers, en contiennent la description, et la seconde partie de celte notice fera connaître de quel secours ils ont été dans la formation du riche trésor de Louis, duc d'Anjou, vers 1360. Tout cela a disparu, tout cela s'est perdu. Décrivons ce qui nous reste, et d'abord les émaux de basse taille sur or.

rencontre en Ailen;agne, principalement à Augsbourg, grand centre n'orfèvrerie, beaucoup d'émaux de ce genre. Je n'en ai pas vu qui fussent antérieurs au XVI ^ siècle.

(1) Le fait est prouvé pour Montpellier au XII ^ siècle. Voici ce qu'on lit dans l'histoire du Languedoc de Dom Vaisette (tome IV, p. 167, édit. in-fo!iodel742 ; tome VII, p. liS, édit. de M. Du Mège. Toulouse, 8", 184/i) :

aPhilippe-lc-Bel ayant transféré, dans la part antique de Montpellier, la monnoye royale qui éioit au; aravant à Somniicres, le roi de Majorque se plaignoit que celte monno;>e faisoit du tort à la manufacture d'émail en or et en argent éîabîie dans la partie de Montpellier qui esloit de son domaine et qu'il ne pouvoil punir les monnoyeurs qui delinquoient dans cette dernière partie, à cause de leurs privilèges. Le roi Philippe-le-Long, après avoir déclaré qu'd n'apparlenoil qu'à lui seul d'avoir une monnoye à Montpellier, ordonna au sénéchal de Rcaucaire de ne pas traverser l'ouvrage en émail, mais seulement en or qui se fahriquoit dans la partie de celte ville qui appartenoit au roi de Majorque (juin 1317).»

Le travail préparatoire d'un émail de basse taille, j'entends la ciselure en bas-relief de la plaque qui sert d'excipient à l'émail transparent, est le fait d'un orfèvre, et plus parUculièrement d'un orfèvre qui grave les monnaies. On conçoit donc très bien que les monnayeurs du roi de France aient employé leurs momenls perdus à faire de^ émaux de basse taille, et qu'étant hors de la juridiction du roi Dom Sanche, i!s échappaient à ses impositions, et, quand i's contrevenaient in ses n'glements, ils pouvaient S2 souslraire à sa ju^lice. De là les plaintes de celui-ci et les lettres du roi de France. Le résumé de Dom Vaisette était loin de me satisraire ; j'ai recouru aux Archives générales du royaume pour rechercher l'original. L'inveiitaire du trésor des Chartes mentionne, sous le n" 3^0, n" 37 de l'évèché de Magelone, les lettres du roi en deux rouleaux. L'un des deux manque, cl c'est celui qui m'intéressait.

Benvenuîo Cellini fait roioge de nos orfèvres -émailleurs au

US. — La vierge Marie et l'Enfant- Jésus entre saint Etienne et sainte Catherine. — Plaque en or, circulaire. — Diamètre, 0,068.

La Vierge tient dans ses bras Jésus qui presse de ses lèvres le sein de sa mère; elle est habillée d'un grand manteau bleu, doublé.de rouge, qui recouvre sa tète; un livre est posé sous son bras droit. Saint Élienne, placé à gauche etvu de profil, porte la palme du martyre. Sainte Catherine est représentée à droite, avec la roue, instrument de'son supplice, et une palme en sa main gauche que couvre le manteau; sa tête estceinle d'une couronne et se détache sur un nimbe de couleur pourpre. Les nimbes qui entourent la tête de la Vierge et celle du saint sont de couleur d'or avec des points en émail blanc. Le nimbe de Jésus est crucifère, mi-parti or et bleu; sa robe est rouge pourpre. Trois arcs gothiques trilobés forment un couronnement dans le haut de la plaque, et dans le bas, les deux figures de sïiints sont coupées au-dessus de la ceinture par un appui dont la partie ouverte correspond au groupe de la Vierge et Jésus. Toutes les figures se détachent sur un fond vert qui laisse apercevoir des ornements gravés sur toute la surface du métal. Le revers n'est pas émaillé. — ( Collection Révoil.)

110* — Jésus-Christ entre saint Jean-Baptiste et saint Charlemagne. — Plaque ea or, circulaire. — Diamètre, 0,067.

Jésus bénit de lamain droite et soutient de la gauche, que cache un pli du manteau, un globe surmonté d'une croix; ses cheveux sont pendants sur les épaules, et sa barbe est longue; la tète, coiffée dune tiare à trois rangs de couronnes , se détache sur un nimbe crucifère de couleur d'or. Saint Jean, placé adroite, porte un agneau dont la léte est, ainsi que celle de saint Jein, entourée d'un nimbe d'or. Saint Charlemagne. placé à gauche, porte une épée de lamain droite et un globe doré de la gauche ; la tète est ceinte d'une couronne fleurdelisée, et pose sur un nimbe d'or. Trois arcs gothiques trilobés forment un couronnement dans le haut, et dans le bas les deux figures de saints sont coupées au-dessus de la ceinture par un appui dont la partie ouverte correspond à la figure du Christ. Le fond bleu laisse apercevoir des ornements gravés sur toute la surface du métal. Le revers n'est pas émaillé.

XVI« siècle: s'il avait pu donner quelque altenlion aux travaux des deux siècles antérieurs, il les eût loués avec plus de justice encore, car ils pouvaient alors donner à l'Italie la leçon qu'il leur conseille de prendre d'elle : Corne gia dicenimo in Fiorenza Tarte dello smaltare e grandeniento fiorila ed in tal guisn, che gli orefici délia Fiandra e délia Francia, dov'ello c molto in uso, non poco acquistarono a Inr lavori mediante l'osserrazioni, che essi feccro sopra le opère di smolio de' noslri artefici (cap. 4, p. 44).

ÉMALX DE BASSE TAILLE. 113

l^O. — Baptême du Christ. — Plaque en or, circulaire. — Diamètre , 0,069.

Jésus, entièrement nu. est représenté debout, les bras croises sur la poitrine, plongé à mi-corps dans les eaux d'une excavation circonscrite |)ar les déchirements du terrain. A iiauche , saint Jean-Baplislc agenouillé verse l'eau sur la léle du Christ; à droite est placé un ange qui présente un linge dont un des bouts est posé sur son épaule. On voit, dai^s le bas et au premier plan l'agneau de saint Jean-Baplisle, dont la tètesedétache sur un nimbe crucifère; un nimbe semblable errtoure la tèle du Christ. Le manteau de saint Jean-Bnplisle et la robe de l'ange sont de couleur rouge. Le revers n'est point émaillé. — (Collection Durand, n» 99/2590.1

1^1. — La Flagellation. — Placiue en or, circulaire. — Diamètre, 0,069.

Le Christ, attaché par des cordes contre une colonnclle à base et ch;-pileau gothiques, occupe le centre; il est nu. à l'exception du milieu du corps caché par un linge ; sa tunique est étendue à ses pieds. Deux soldats, pl">.cés à droite, sont armés de fouets à lanières dont ils paraissent prêts à le frapper; un homme assis près deux tient d'une main l'extrémité de la corde dont est lié Jésus-Christ et de l'autre des verges ; un soldat, placé à gauche, a des verges en chaque main et lève le bras droi! pour frapper Jésus. Trois hommes sont groupés en arrière ; le plus rapproché de la colonne porte une masse d'armes. Les émaux employés pour vêtements sont le pourpre . le bleu de deux tons , le vert . le jaune , le «ris, un ton lilas rosé et un ton olive. Le fond, sur lequel se détachent les figures, est rouge pourpre, et le pavé, à compartiments, est mêlé de gris et de noir. Le revers n'est point émaillé.

±^^. — Jésus-Christ cloué sur la croix. —

Plaque en or, circulaire. — Diamètre , 0,068.

L'instrument du supplice est étendu transversalement sur le sol; Jésus y est attaché, et son bras gauche fixé par un clou; le bras droit est libre, et la vierge Marie , agenouillée au premier plan , le relient des deux mains et le baise. Tandis qu'un homme assis à gauche tient un marteau d'une main , et de rau'.re attire à lui le bras de Jésus, un autre homme, placé vers la droite, un genou en terre et un pied sur la croix, enfonce, a l'aide d'un marteau, un clou qui perce les pieds du Sauveur, d'où s'éeha{)pe une longue traînée de sang. L'apôtre saint Jean est agenouillé en arrière de la croix; derrière lui trois saintes femmes; trois hommes, vers la gauche et dans le fond, sont à demi cachés par léiévalion du terrain; l'un d'eux porte une lance. Les figures placées dans le bas de la plaque se détachent sur un fond de gazon, et celles du haut sur un fond de ciel d un ton bleu. La tète du Christ est ceinte de la couronne d'épines et pose sur un nimbe crucifère. Le manteau de la Vierge est bleu, celui de l'apôtre Jean est pourpre; les autres couleurs de vêtements sont le vert, le jaune, un Ion gris violacé cl un ton rosé. Le revers n'est pas émaillé.

114 NOTICE DES ÉMAUX, BiJOUX, ETC.

ft^S. — Le Christ sur la choix. — Plaque en or, circulaire. — Diamètre, 0,068.

L'insLrumoni du supplice occupe le centre, le Chrisly est alt.iché p;ir des clous qui sont indiqués par une trace siingianlc. Le côlé du Sauveur est cuver! par une profonde blessure. La ièie" inclinfc, est ceinte de la couronne d'épines et se délache sur un liimbe crucifère et étoile. Les quatre lettres I>'RI sont grrvées sur le haut de la croix. Les personnages placés au pied de la croix sont parta<;és en deux groupes : la vierse Marie est au premier rang de celui de gauche; elle est évanouie et soutenue par saint Jean; trois s:.inles fenuncs sont placées en arrière. Les scribes et les Pharisiens occupent la droite, trois d'entre eux ont les re.^ards élevés ver? le Christ. Ln homme, que l'on ne voit que de dos, élcnd vers le Sauveur une éponge placée au bout d'un bâton ; trois autres sont groupés plus à droi-e et plus en arrière, l'un d'eux est arm^^ d'un bouclier et dune massue. Les figures et la croix se détachent sur un fond bleu qui laisse apercevoir deux anges suspendus dans les airs aux côtés du Sauveur , et les images du soleil et de la lune au-dessus de sa tète. Le terrain est de couleur bistrée, les couleurs d'émaux employées pour les vêlements sont : le pourpre, le bien , le vert et le gris. Lcs'auréoîes des saintes femmes et de l'apôire Jear: sont de couleur vcrie. Le corps du Christ est entièrement couvert d un émail translucide, imitant le Ion de chair. Le revers n'est pas éraaillé.

l^ri. — L'Ag>'eau DE Dieu. — Plaque en or, rectamjulaire. — Hauteur, 0,062; largeur, 0,05-i.

Saint Jean, debout, la lêîe posant sur un nimbe, tient de la niniti gauche une banderole déployée. sur laquelle on lit ces mots: ÂQnvsDei; de la droite, il accompagne' ses paroles d'un gesle qui s'adresse à cinq personnagesassis vers la gauche en un groupe serré; ce sont trois hommes et deux femmes vêtus de longues robes; ils sont assis sur la terre cl entourés d'arbus'cs; on voit des arbres dans le fond et, sur une montagne qui occupe le centre . un agneau nimbé surmonté d une croix qui supporte une bannière. La robe du saint est dorée, le manteau rouge à revers bleus, le nimbe bleu, la chevelureet la barbe d'un jaune dor. Les émaux des vêtements des personnages assis sont le bleu , le rouge , le vert cl le noir. Le nimbe de l'agneau est vert et la croix rouge. Les arbres sont traites en émaux ver-s très brillants. Le revers n'est pas émaiilé. — [ C >!leclion Durand, U" ii:J/2ë79. )

On execulait ces émaux de basse laille aussi sur argent, mais beaucoup plus rarement, car on ne doit pas les confondre avec les émaux mixtes, mêlés de basse taille et de taille d'épargne, auxquels je réserve un chapitre à part.

l^S. — Saï>ît Jean. — Plaque en argent, rectangulaire. — Hauteur, 0,040; largeur, 0,031.

Le saint, debout, est enveloppé d'un ample manteau bleu; il tient dans la main droite la coupe symbolique. La lé'c pose sur un nimbe rayor,nani et doré . les pieds sont nus. Le fond est rempli par des arbres, et

ÉMAUX DE BASSE TAILLE

Ce procédé fnlpraliquédaiis tonte la France, et l'on peut dire dans lonte rEuroi)C, pai-lout où le luxe trouva des orfèvres de talent pour répondre à scsdeniandes. On exécutait rarement ces émaux sur les pièces mêmes; ils i talent presque toujours iravaillés sur des plaques à part et sertis ensuite a leur place. J'indiquerai, au njoyen des nombreux textes que j'ai réunis dans la seconde piTrtie de cette notice, à quelle immense variété d'objeîs ils étaient appliqués. .Je menlionnerai ici un de ces usages, parce qu'il en est parvenu jusqu'à nous de délicieux spécimen. Je veux parler des portraits. Avec la vénération des reliques, le culte du patron marcliait de pair.Reii(iuaires et petits iripty(iues se porlaieul siir.ultanénîenl. Sur ceux-ci, on s'était fait représenler en humble postuie près de son saint protecteur, en face de son épouse, entouré de ses cîîfanls. M. Sorel possède un parfait <'cliarilillon de ce louchant usage. Ce sont les âeu\ volets d'un triptyque en or, émaillé sur les deux faces. L'arlicle que M. Labarle lui a consacré rend iniuile une nouvelle description. Je dirai seulement que loin d'être un travail iialicn, c'est un charmant ouvrage, purement français, sans aucune inHuence italienne (1). La ciselure de la basse taille est de la plus grande délicatesse, unie au senlinîent cl à la fidélité de la ressemblance. Les fieurs de lis, les aigles à double tète, riiormine, sont tracés sur l'or avant l'introduction de l'émail; les tètes des saints patrons se délaclient sur des auréoles d'un superbe rouge, l'émail des carnations est légèrement rosé, les prie-Dieu sont blancs. Ce petit monument, ou plutôt ce fragmenl de n.onumenl de l'orfèvrerie française est le meilleur commentaire qu'on puisse donner

(t) Je soupçonne M. Labarte d'avoir comnii=; une erreur du Kïènic genre, lorsqu'il ^'exprime ainsi : Un des nionumenis les mieux conservés el les plus délicats de Ja ciselure émaillée des maîtres italiens est im petit triptyque, ayant appartenu ù Marie-Stuart , qui est aujourd'luii dans la riche cliapelle du palais du roi de Bavière (description, p. 158). Je n'ai plus bien présrnl a la mémoire ce bijou précieux, mais je ne m'expliquerais pas connnenl .Marie-Sîuart, si bonr;e lYaneaise, n'aurait pas demandé son triptyque ù un orfèvre français.

il6 NOTICE DES ÉMAUX, BIJOUX, ETC.

à ces miniers d'objets en or émaillé que décrivent les inventaires (1).

Ce qu'on révère le plus est bien près de ce qu'on aime le mieux. Dans une société mondaine, le portrait prit souvent la place du triptyque. Il était, comme lui, ciselé sur or et sur argent, puis émaillé d'émaux translucides, et on le portail au cou en médaillon, ou d'une manière moins ostensible, et alors enfermé dans une boite d'or émaillée elle-même à l'extérieur (2).

11 est inutile de suivre ce procédé dans toutes ses applica- 1 ions ; mais pour constater sa persistance jusqu'au WII^ siècle, même en présence des émaux peints qui terminaient leurbrillante carrière, je rappellerai le saint Georgesdécrit plus haut sous le n° 94.

Imitation des émaux de basse taille par la pciniure sur cristal.

Il importe, pour éviter les erreurs, de signaler des peintures en émail fixé derrière des plaques de cristal, et qui prennent facilement l'aspect d'émaux translucides. UnePaix delà collection du Louvre, queje décris souslen» 164, en est un exemple. Ces paix, ou porte-paix, étaient de bien ancien usage, et furent utilisées par les orfèvres à toutes les époques. Nous voyons qu'il y en avait une à Fontainebleau, en lo60, parmi les joyaux de la couTOnne,?L\Gc une Nativité soubz un cristal \ était-ce, comme ici, une peinture en émail sur verre?

(1) Voyez plusieurs citations dans la seconde partie.

(2) Description de la collection Debruge-Dumesnil, n« 68G.

EMAUX MIXTES,

Je ne veux pas faire autant de classes d'eniaux qu'il s'en présente de variétés. Ils n'offrent, pour la plupail, que l'association des procédés précédemment décrits. Je les énumérerai sous le titre général d'émaux mixtes.

Émaux cloisonnes en inscnislations.

Dans une plaque, creusée en taille d'épargne, quelques parties de vêlements ou d'ornements sont profondément évidées, et dans ces espaces, à fond uni et bordés à pic, on a disposé les cloisons des dessins ; ces cloisons ont été remplies d'émail, et la plaque elle-même a été placée dans la moufle; ce ne sont donc pas seulement des émaux cloisonnés, et enchâssés ensuite, mais bien un émail fait par deux procédés, par la taille d'épargne et par le cloisonnage. Ces émaux mixtes (1), du MII^ siècle, appartiennent, "en général, à Limoges, mais ils ne sont pas exclusivement do sa fabrication, surtout quand ils sont exécutés sur or et suiargent.

196 à tS9. — Quatorze plaqles a dessins d'ornements, en cuivre doré, décorant la châsse de saint Potentien , 11^ évéque de Sens. XI 11^ siècle.

126 (.'[ 127. Longueur, 0,334; hauloiir, 0.C27. Chacune des deux est cotiiposée de trois sections d'émaux coupées par deux motifs de ciselure quf fli'core une rosace inscrite dans un quadrilatère; ce sont également d( riisaces qui. alignées au nombre de cinq, ornent les frises émaillées : «•Ik'> sont à quatre lobes , nuasicées (ie deux tons de bleu se dégradant

(1) A Vienne , la couronne de Charlemagne est exécutée dans ce mélange, et Ton voit à Londres, dans le Musée de géologie appliquée, une petite plaque sur laquelle est figuré le buste de saint Paul. Les sept couleurs employées en font un fin émail cloisonné, incrusté ou encastré dans une pièce de métal doré, sur laquelle on a gravé des inscriptions. A.-W. Frank, csq., Ta cité et figuré dans rArchaalogical Jourtial de Londres, n" 29.

ils NOTICE DES É3IAUX, BIJOUX, ETC.

jusqu'au blanc, avec un point rouge au centre cloisonné, et sont inscrites dans des cercles qui se détachent en vcrl Hscré de blanc sur fond d'or. Les vides que laissent les cercles en dehors sont remplis par des émaux bien lapis sur lesquels sont découpées de peli'.cs rosaces blanches cloisonnées. — 128 et 129. Longueur. '0,087; hauteur, 0.025. Les fonds sont d'un ton bleuâtre jaspé; un liir;ie trait d'oo tracé en zigzag est accompagné de demi-cercles d'or posés sur l'un et sur l'autre bord, et renfermant des champs d'émail rouge sur lesquels se détachent de peli'es rosaces émaillées de blanc et cloisonnées. — 130 et 131. Longueur, 0 346; hauteur, 0,025. — 132 et 133. Longueur, 0,3:10; hauteur, 0,025. Chacune des deux est composée de trois sec. ions d'émaux interrompues par deux motifs de ciselure qui présentent une rosace inscrite dans un quadrilatère. Lesfrises émaillées oni p )ur décor des lignes de cinq rosaces qui se détachent ne Ions variés sur fond d'or; elles se décomposent ainsi : le cœur est un rjualre lobes émaillé de blanc et cloisonné, inscrit d ms un quadrilatère de couleur bleu turquoise , sur chaque côté duquel sont appuyées des feuilles hémisphériques lisérées de filets blancs perlés ; deux de ces feuilles sont de couleur rouge, deux sont bleu lapis, chacune des quatre est ornée d'une pelite rosace émaillée de blanc et cloisonnée. — 134 et 133. Longueur, 0 08.) ; hauteur, 0,027. Fond d'or, losanges furmés par des traits émaillés de rouge; dans les losanges sont inscrites des rosaces de couleur verte el des demi-rosaces dans les demi-losanges. —136 et 137. Longueur, 0.0S5; h.iulcur, 0,0-25. Fond d'or; deux rangs de rosaces à cinq lobes , ém.'iiilées de jaune , cloisonnées, avec un point rouge au centre, inscrites dans des circonférences émaillées de bleu.— Quadrilatère de 0,025 Mir 0,C23. Le fond bleu est encadré dans des lignes blanches; l'ornemenlation se compose d'une rosace <à quatre lobes, émaillée de jaune cantonnée de quatre rosaces plus pelites que séparent quatre points rouges. — 138 et 139. Longueur, 0,085 ; hauteur, 0,025. Des demi-cercles contrariés de sens, dorés, se délacliant sur un fond d'émail bleuâtre, jaspé, tant plein que vide. — Quadrilatère de 0,025 sur 0,025. Le fond bleu est encadré de blanc. L'ornemenla'ion se compose d'une rosace à quatre lobe.«, émaillée de jaune, aynnl au cen're une pelite rosace blanche et un pcinl rouge, cantonnée de qua'.re plus pelilesquesépnrentquatre points rouges. Lâchasse, dont les dimensions sont : longueur, 1,i50; largeur, 0,370 ; hauteur. 0,600, est recouverte de cuivre doré , travaillé au repoussé. Douze figures d'apôires sur le couvercle. Les prophètes sur fun des côtés ; Jésus-ChVisl, sainte Marie, saint Augustiiv sur l'autre; saint Potentien rnlre deux martyrs, forment un ensemble de décoration qu'enrichissent des pierreries et les émaux qui sont ici décrits. — (Acquisition du roi Charles X, 236.)

Émaux en taille d'épargne, émaux de basse taille, émCiUX de nieUure.

Lorsque les émaux de basse taille furent dans leur plus gï'ande vogue, on voulut en varier les effels, et des orfèvres ingéuieux imaginèrent d'associer ensemble plusieurs procédés pour, de leurs mériîes réunis, tirer un parti avantiigeux. Le procédé consistait à faire ressortir les figures d'une composition, par l'éclat du méval, sur l'azur brillant d'un émail translucide étendu sur un fond guiiloché el ciselé. Ces figures, réservées en t?ille d'épargne sur une plaque d'or, et plus souvent d'argent, ne présentaient qu'une silhouette, mais on exprima les traits du visage el

ÉMAUX 5II?iTES. ii9

les plis des vêtements par un travail de burin dont les laiiles furent remplies par un ém:iil noir. De celte inanièic, on associait trois procèdes : la taille d'épargne pour les fi- ^'ures, la niellure pour remplir les traits du burin, enfin, toutes les délicatesses des émaux de basse taille pour les fonds. Ce genre d'émail fut très généralement employé par les orfèvres français, mais il s'en est conservé peu d'exemples. Le monument que je vais décrire est un des plus lemarquables.

140 à f SS. — Quatorze scènes du Nouveau Testament. — Plaques ('maillées surarejent. XI V^ siècle. — Hauteur, 0,003; larcjcur, 0,0-15; de [orme rectangulaire. — Elles sont ajustées dans la décoralion du piédestal qui supporte la statue de la Vierge, en argent doré, donnée en 1339 à l'abbaye de Saint- Denis par la reine Jeanne d'Êvreux, et placée aujourd'hui dans le Musée des Souverains. [Voir la notice de cette collection.)

Les sujpl? des cinnux ?• ni : — UO \'Anr,''.ncialion; fange el ia vicriie Marie sont debout . sépnrés p.nr un vose d où sori une branclie de lis; la Vierççc lient un livredela miin snuche, cl lange une banderole déployée sur laquelle on lil: Are gratta. Les ailes de lange sont mélangées d'émail vcrl cl d"émail jaune. — 141. La Visilation ; la Vierge el sainte Elisabeth représentées debout . cli.icune d'elles appuyant la main sur le ventre de lauire. — 142. La yntivilé; la nn're de Dieu est ooucliée dans un lit au-dessus duquel est suspei du un rideau relevé ; saint Joseph est agenouillé derrière le lil; au prcniiir i)lan el dans le coin de gaucl.e sont étendus 1 âne et le bcruf.— 143. L'Ange annonce aux bergers la naissance lia Christ; lange est dans les airs tenant une banderole dépliée; un berger, debout, à gauche, s"appuie sur un bâton recourbé ; un auîrc est assis vers ladroile, lenantune cornemuse; Iroisbrebis sont couchées en avant: deux chèvres gravissent ui;e colline, dont la verdure est indlTiiée par une couche générale démail \crl.— \!tU.V Adoration des mages ; la vierge Marie est assise cl souSienl son enfant posé deboul sur ses genoux ; Jésus reroil les présents quun roi mage ^ agenouillé, lui présente dans une <-oiipe; les deux autres mages sont deboul en arrière; chacun deux porte une boîte; tous deux, ainsi que la Vierge, ont sur la lèle une couronne .i trois fleurons; celle du mige agenouillé est à terre posée devant ses pieds; on voit une é'oile au-dessus de la lèîe de la Vierge. — 145. La Présentation aït temple; renTantest debout sur un autel que recouvre une nappe; la vierge Marie le soutient elle prêtre lui lend les bras; en arrière de la Vierge est un jeune scrvi'rur porînnl un cierge et une corbeille remplie d'ofTrandes. — 145. La Fitite en Egypte; M;'ric portant lEnfanl- Jésus est assise sur un àne que sainl Joseph conduit par la bride.— 147. Le Massacre des enfants de Bethléem; le roi Ilérodo est assis sur u!>

i20 NOTICE DES ÉMAUX, BIJOUX, ETC.

irône, ayant sur la tête une couronne à trois [leurons; un soldai, vêtu duiio cotte de' mailles, tient une épée élevée en l'air et saisit de la main gauche un enfaiit que sa mère tient embrassé; celle-ci est assise, et prés d'elle une autre femme prosternée baise une tête qu'elle tient des deux mains. — Iîi8. La Résurrection de Lazare; Jésus, suivi dun de ses disciples, étend la main vers Lazare qui se redresse dms son sépulcre ; Marie, sœur de Lazare, est debout à la tête du cercueil. — 149. Trahison de Judas; Jésus-Christ, debout, reçoit le baiser de Judas ; Malchus est à terre aux pieds de Jésus, et Simon Pierre , qui suit un autre disciple . remet son épée dans le fourreau; quatre hommes d'armes sont en arrière de Jésus- Christ; deux portent des hallebardes, un autre élève en l'air un fanal. — Î50. Jésus portant sa croix ; le Christ est debout , portant sa croix sur l'épaule gauche et entraîné par un homme qui tient un marteau; la vierge Marie et Marie-Madeleine suivent en arrière. — 151. Le CArù/ sur la croix; Jésus crucifié occupe le centre; à droite est Marie debout, à gauche l'apôtre saint Jean ; au-dessus de la croix sont figurées des images du soleil et de la lune. — 152. Jésus sortant du tombeau ; Jésus portant une croix de la main gauche, enveloppé d'un manteau retenu par une agrafe, est représenté sortant du sépulcre ; trois soldats vêtus do colles de mailles sont endormis , et dans le fond deux anges debout et j)orlant des flambeaux sont posés de chaque côté. — 153. Jésus rédempteur; le Christ portant la même croix que dans la composition précédente, et velu dun manteau, délivre les âmes du purgatoire; il saisit et atlire à lui Adam et Eve que suivent plusieurs figures sortant d'une fournaise enflammée. Le démon est représenté dans le haut s'arrachant les cheveux ; un cadavre est aux pieds du Christ. Les figures sont épargnées en relief, et sur leur surface plane, les inlailles qui indiquent les traits des visages et les plis desTêtemenls n'ont pas d'aulre coloration que le rouge ou le vert. Les fonds sont bleu d'azur, transparents, et le jeu de la lumière est augmenté et varié par des hachures croisées faites dans le métal. Les nimbes qui entourent les têtes des personnages saints sont remplis d'émail rouge, semi-lucide, qui forme également le centre de petites rosaces à six lobes, en argent, semées sur les fonds d'azur. Chacune des compositions est renfermée dans un arc surbaissé, dont les détails, de style gothique, sont incruslés d'émail vert transparent; l'émail vert est en outre employé, dans plusieurs, pour de grandes parties de terrains; on trouve dans une seule l'emploi de l'émail jaune. — (Ancienne collection, n» 342.';

154. — Le Christ. — Médaillon circulaire, en argent doré, en taille d'épargne , ciselé en hasse taille et émaillé de nicllure. XI V^ siècle. — Diamètre, 0,046.

Le Christ est posé de face, en buste; il bénit de la main droite, selon la forme latine, et porte de la gauche un évangéliairc. Les lettres: sont placées sur le fond de chaque côté de la têie. Le visage, la chevelure, le nimbe , les mains, l'évangéliaire , les deux lettres, sont en métal doré, elles traits gravés sont remplis d'émail noir. Les vêlements sont en émail translucide, la robe violette, le man-*^ teau vert; le fond est bleu d'azur et laisse apercevoir un travail j\ pointillé sur le métal, qui a pour but, à la fois, de faire ornement -^T^ et de retenir l'émail sur la plaque. Un cercle d'émail rouge cir- ^^ conscrit entre deux filets d'argent doré est orné de très petites rosaces dorées réservées par la gravure. Le revers est doré. — (CoUeciion Durand, n» 122/2671.)

ÈMAIX MIXTES. i2l

De la même époque datent de petits émaux qui ornent le vase de cristal donné par la fille de Guillaume d'Aquitaine à Louis Vil, son époux, qui en fit présent à Suger. Ils oc- ■cupent la place de quatre pierres précieuses, que l'on d«t enlever, au XIV«^ siècle, dans quelque circonstance désastreuse , comme l'abbaye de Saint-Denis en traversa sans plus de privilège que ses sœurs.

1.55-45^« — Quatre médaillons circulaires où les fleurs de lis sans nombre se détachent par le brillant de l'argent sur un fond d'émail bleu transparent. — Diamètre, 0,016. — Ce vase fait partie du Musée des Souverains. (Voir la notice de cette collection.)

Je citerai encore un charmant médaillon en argunt doré, que le Musée de Cluny a acquis : c'est un petit reliquaire qui renfermait, ou était censé renfermer, une éjMue de la sainte couronne ainsi que d'autres restes pieux (1). Je ne m'occupe ici que de l'émail qui est au revers ; il représente un chevalier et sa femme en prières et à genoux devant le Christ à la colonne. Tous les émaux sont translucides, et ne laissent à découvert que les parties réservées pour produire leur effet par l'éclat du métal. Les inscriptions, ainsi que les écussons d'armes, sont remplis d'émaux de couleur; les fonds sont guillochés (2). Quant au dessin, il est naïf, et l'on remarque dans les figures une recherche de la physionomie individuelle, c'est-à-dire de la ressemblance (3).

(1) Sur relui de l'épine on lit : De Jhesus corona, et sur le cercle du médaillon les inscriptions suivantes, désignant des parcelles de reliques : De carccrc quo intratus. De vase quo lavit vianiis. De Katherine iuvrha. De prillari quo dctis atligaius. De domo qita natus. De ■ precepe quo hiclusus.

(2) Diamètre du reliquaire, 0,055.

(3) Collection sauvageot. Un petit reliquaire, en forme de livre, dont Textérieur est orné de deux émaux translucides; l'un représente le Christ sur la croix, l'autre le baptême, ces deux compositions inscrites sous des arceaux gothiques. Hauteur, 0,030. C'est un travail purement français, de la fin du XIII« siècle. Musée de Rouen. On y montre un petit livre de prières, en argent, qui rentre dans

Figures en relief se détachant sur fond émaillé.

Je trouve encore, dans les collections, des joyaux ornés de figures et d'ornements sculptés en relief qui se détachent vivement sur fond d'émail (1). Les inventaires et les comptes les mentionnent; l'orfèvrerie russe les a adoptés depuis longtemps, et les exécute encore aujourd'hui. Je pourrais parler aussi des tableaux d'or estampés et émaillés; je pourrais, enfin, m'étendre sur les bijoux esmaillés de hlanc, dont les inventaires décrivent les compositions variées et innombrables, dont le Musée possède, comme toutes les autres collections, des spécimen; mais ces appli- ••alions de l'émail cessent d'appartenir aux émaux proprement dits. Si nous les lirons des textes anciens, c'est de l'érudition, et j'ai rejeté ces curieux renseignements dans la seconde partie de cette notice ; si nous les trouvons dans les collections, c'est de l'orfèvrerie, et je les décrirai dans la notice sur les bijoux. Mais si, après cette longue énuméraiion des procédés variés de l'émail et de ses applications

cette catégorie. Il se compose de la reliure en argent et de quatre feuillets également en argent. Sur le plat extérieur de la reliure est un émail translucide représentant saint Christophe qui traverse le fleuve avec TEnfant-Jésus sur son épaule. Son manteau est bleu, la robe de l'enfant est verte. Au revers , ou sur le plat intérieur , on a gravé, ciselé et émaillé le Christ sur la croix, entre Marie et saint Jean. Le manteau de la Vierge est bleu, sa robe violette ; l'auréole du Christ est verte comme le sol dans lequel est fixée la croix; la robe de saint Jean est violette. Sur les quatre feuillets intérieurs on a gravé L'' oraison dominicale, le simbolc des apostrcs et les dix commandemens; les deux premières prières en latin, les commandements en français. On voit sur l'autre plat intérieur de la reliure, la Vierge et l'Enfant- Jésus; sur le plat extérieur, saint Michel terrassant le dragon; ses ailes sont vertes. Le livre a environ 3 centimètres de hauteur ; les émaux ont le caractère français du XVI « siècle.

(1) Pour d'anciennes citations, voyez la seconde partie de cette notice (Pvépertoire, au mot i5??m».r), et pour quelques monuments, la nolice sur les bijoux. M. J,-J. Dubois décrivait un émail de ce genre dans son catalogue des objets d'art de M. V. Denon, n° 759 : c Email sur or. Petit médaillon de forme rende et ciselé en bas-relief, représentant le buste, vu de face, de Gustave-Adolphe, roi de Suède. Ce portrait, dont le fond, la cuirasse et la collerette sont seuls émaillés, a été exécuté dans le XVII « siècle. Diamètre, 5 lignes.»

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