PIERRE COURTOIS
Ce nom est bien connu, en France, dans la grande famille des artistes. En 1345 un Mathurin Courtois et un Christophe Courtois travaillaient à Fontainebleau, comme sculpteurs, sous la direction du Primatice, et il me serait facile de suivre des Courtois peintres jusque très avant dans le XVIIe siocle, mais ils n'ont pas de rapport immédiat avec rémailleur du même nom. On pourrait établir avec plus de probabilité une liaison de parenté entre Pierre Courtois et un Robert Courtois. Ce peintre verrier figure dans les comptes de la fabrique de l'église de la Ferté* Bernard, en 1498, comme s'engageant à peindre l'arbre de Jessé dans une verrière qui devait remplir la fenêtre occidentale de la haute nef, suivant un devis très détaillé et
fort curieux qui s'y trouve annexé (1). Ce Robert Courtois eut peut-être plusieurs fils, l'un, Jean Courtois, dont nous allons parler, qui travaillait encore à la Ferté-Bernard en 1540, et l'aîné, qui serait notre Pierre Courtois.
Sa manière. Elle marque un talent. Inutile de critiquer une certaine rudesse dans l'expression des figures, de la grossièreté dansla touche, une sorte de sauvagerie dans les effets et dans la couleur. Pierre Courtois était un artiste, et l'on sent sa puissance jusque dans ses défauts. Ce qui le fait reconnaître, c'est le ton général de ses émaux, un peu sombres, où le brun et les nuances vineuses violacées sont abondants, mais que rehaussent les bleus vifs dont il compose ses fonds, et une verdure vigoureuse, un peu froide, qui lui est particulière. S'il ne néglige aucune des ressources de l'émail, s'il emploie le paillon, s'il rehausse ses couleurs par la dorure, ce n'est pas là son véritable mérite, et d'autres lui sont sous ces rapports 1res supérieurs; mais une certaine fougue de composition, une invention qui n'est jamais banale, une couleur et des effets qui lui sont propres, le distinguent, et récréent la vue au milieu de la foule insipide et monotone. Même quand il veut copier fidèlement, il envahit son modèle et il se personnifie jusque dans Raphaël : ce sont là ses mérites (2). On peut toutefois lui en reconnaître un autre. Il a tenté
(1) On conserve ces curieux documents dans le trésor de la fabrique» La fenêtre est haute de 11 à 12 mètres, large de 6 à 7 ; la verrière de Robert Courtois est détruite ; il s'engageait par le devis : à peindre l'arbre de Jcssè, assis en une chaire, en grand triomphe, et Aaron, et de son corps sera produit un arbre en branches et rameaux, duquel arbre seront composés, mis et assis, en beaux fleurons qui y seront pourtraictz, douze rois comme il assied en tel cas. Et à la sommeltc dudict arbre sera limage de Nostre-Damc tenant son enfant.
(2) Voici comment M. Léopold Charles, de la Ferté-Bernard, caractérise la manière du peintre verrier Robert Courtois, dans un mémoire manuscrit sur les vitraux de la Ferté-Bernard, travail excellent, qu'il a envoyé au Ministère de l'Instruction publique. La vitre de l'arbre de Jessé étant détruite, il s'appuie sur d'autres verrières qui ont, avec les fragments de celle-là, beaucoup d'analogie, et l'on trouvera certainement plus d'un trait qui convient aux émaux de Pierre Courtois -.Dans tes vitres du trc passement de la Vierge et de Lazare, la scène est fortement colorée, les tons sombres y dominent, le rose brun, le rouge vif, le bleu, le vert fo7\cc, ce dernier y est même d'une nuance rare, franche et veloutée, nullement crue et pauvre d'effet, comme levert t'est souvent. Nous n'avons rencontré cette nuancé que clans les vitraux (U Courtois, auquel elle semble particulière. La scène, haute de ton, est
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d'exécuter des émaux par des procédés nouveaux (1) et dans des dimensions inusitées (2:, propres à la décoration architecturale. En loo9 il fit. par ordre de Henri II, pour Je château de Madrid, neuf figures presque aussi grandes que nature, repoussées et émailloes sur cuivre (3). C'est avec beaucoup d'adresse qu'il a dissimulé sous des bracelets, sous la ceinture et autres parties des vêtements, les raccords des quatre plaques de cuivre (4) qui composent chaque figure; et sans s'arrêter au style des figures, il est mauvais; au repoussé, il est brutal; a la couleur, elle est criarde; on doit reconnaître (|u'il y a quelque chose de hardi dans celte a[>plicalion de l'émail à l'architecture (o).
enveloppée dans un encadrement d'archileclure en <;ri>;aHlc, — Pour ce qui regarde la coniposilion et le dessin, il y a de la maigreur dans les détails analomif/ues, de la sécheresse dans Us draperies, taches légères qui accusent l'épnquc et que rachète l'expression dçs physio)iomies.
(1) Il a peint , comme Léonard , des grisailles bleues et des peintures en couleur sur fond blanc, genre d'innovation qui, en se maintenant, devait conduire aux émaux de Petitot.
(2) Les émaux de petites dimensions ne semblent pas avoir été de son goût. Cependant j'ai vu quelques pièces qui prouvent qu'il pouvait s'y appliquer, follection c;ermeau. Un miroir bien complet; au revers, un émail qui représente Minerve debout et calquée, au milieu d'un dessin de rinceaux et de fleurs. Forme ovale. Hauteur, 0,105; largeur, 0,085.
(3) On lit dans l'ouvrage d'Alexandre Lenoir : « J'ai vu, il y a en- « viron trois ans (1802), chez M. Cave, ciseleur, demeurant à Paris, « rue Calende, en face du Palais-de-Justice, neuf tableaux en émail. « — J'ignore comment ces chefs-d'œuvre, qui dévoient être une pro- « priété du gouvernement, sont passés dans le commerce ; je proposai « au IMinistre de l'Intérieur, qui vint les voir chez moi, d'en faire « l'acqusition pour le Musée des Petits-Augustins ; -- mais les exces- « sives prétentions de M. Cave arrêtèrent le désir où étoit le Ministre « d'obtempérer à ma demande. Un étranger les fit acheter et en priva « la France (tome IV, p. 84). » Ces émaux n'étaient pas sortis de Paris ; ils ont été acquis pour le Musée de Clun} . On dit qu'il y avait dans l'origine douze figures, et que trois sont passées en Angleterre,
(4) Prise isolément , chacune de ces plaques de cuivre ne dépasse pas de beaucoup les grands bassins et les plats que les confrères de P. Courtois émaillaient. Sa hardiesse est dans l'idée de l'association de ces plaques,
(5) collection Tbeïs. Une plaque ovale sur laquelle Pierre Courtois a repoussé et émaillé le groupe du Laocoon , tel que le mon-
Son nom paraît sur ses émaux sous différentes formes: >^
1^' /^ ^^n^ rierre Courtois (1), Cour-
J ^ Q toys(2), Cortoys (3), '^
T^ Al ¥ if^^Tf** Courleus, Courleys (4), ^^
r /i 1 L> A c^rt^y^ (^^î i'^i adopté Jj
la première comme la ^i
des variantes de négii- ^ gence, de caprice ou de pf prononciation limousine. ^
de 15o0 (6) à 1568 (7). C'est là tout ce que nous sa- >vons de cet émailleur distingué.
trait Tépreuve en bronze coulée à Paris dans les moules faits à Rome avant sa restauration. C'est un grand émail , mais un rude travail ; il est signé Pierre Covrteys. Hauteur, 0,74/i ; largeur, 0,500.
(1) J'ai calqué cette signature C OVRT OIS sur l'un de ses émaux,
(2) Voici comment il écrit lui-même son nom en toutes lettres, et pendant la même année, sur la plus importante de ses œuvres. Je veux parler des émaux exécutés en 1559 pour le château roval de Madrid: GHARITAS 1559 FET A LIMOGES. P. Cortoys — SÂTVRNVS 1559 PIERRE CORTOYOS — HERCVLES 1559 PIERRE COVRTOYS— MARS 1559 PIERRE COVRTOYS — PRVDENTIA 1559 PIERRE COVRTEYS — JVSTITIA, MERCVRIVS et SOL portent cette dernière forme de nom.
(3) collection visconti. Apollon sur le Parnasse. Grisailles teintées. Très beau plat. Longueur, 0,500 ; lar- n COR-TOVS »geur, 0,370. Le revers est grandement ^"^ a^t* *' traité. Voici la signature : ^ A^ f-
(4) (^ette signature est prise sur le revers du bassin du Musée du Louvre, n° 381. On trouve la même signature sur un bassin de la Kunstkammer de Berlin, collection visconti. L'entrée dans l'arche de Noé, d'après Raphaël. Grisailles teintées. Longueur du plat, 0,470; largeur, 0,350. Signé au bas P. COVRTEYS.
(5) misée du i,ouvre, n" 379. collection uidier petit. Portrait sigjîé P. CORTEYS 1557 avec le chiffre de Marc-Antoine, collection Tisconti. Suzanne et les vieillards, camaïeu bleu, les chairs teintées, magnifique plat signé P. CORTEYS 1568. Longueur, 0,500; largeur, 0,370.
(6) collection Brunet oenou, u° 460 du catalogue.
(7) Musée du i^ouvre, n" 381. Plusieurs dé ses ouvrages sont datés de cette môme année 1568.
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395. — Le sacrifice d'Abrauam. — Plaque en émaux de couleurs rehaussés d'or, — Uauieur , 0,150; largeur, 0,130.
Isaac, dont l'allilude cl l";ur du visai-c expriment la soumission, est agenituillf sur un bûcher; Altraliam le relient du bras gauche cl lève, pour le frapper, son l)ras driiil armé d'un glaive que retient un ange. A gauche, est le bélier dans un buisson ; à droite, une urne d'où s'échappent des flammes, et plus loin deux serviteurs, l'un debout, l'autre assis,
f>rès dun âne qui broute; on voit vers le coin de droite , sur un caillou, e monogramme p q en lettres dorées. La robe dAbraliam est bleue, le maiileau violacé, le turban bleu pâle, les ailes de l'ange multico-
lores. Sur le contre-émail incolore (mi lil : P. Cortevs. M. F.— (Collection Durand, n» 105/2622.)
310. — L'enlève.ment d'Hélène, d'après le Primatice. — Plaque circulaire en émaux de couleurs rehaussés d'xr, détails dorés. — Diamètre, 0,300.
Hélène est représentée sur le bord de la mer, entre les mains des soldats qui i'enlrainent. L'un d'eux l'entoure de son bras et a déjà un pied dans la barque la plus rapprochée du rivage ; un des rameurs la tient par son raanl(au; trois soldats armés protègent renlèvemenl ; un rameur est assis dans une barque, trois dans une autre plus éloignée, et dans un des vaisseaux on voit un soldat prêt à décocher une flèche. Des monuments remplissent le fond. Dans le bas, sur le terrain et près de coquilles, on lil le monogramme P. C. — Collection Réveil, no 275.)
Stt. — La dernière nuit de Troie, d'après Rossa. — Plaque circulaire en émaux de couleurs rehaussés d'or. — Diamètre, 0,300.
Énée est représenté au premier plan , emportant son père sur ses épaules; le jeune Ascagne marche à côté de lui; tous trois sont nus; un bonnet troyen recouvre la tète du vieillard; à droite, un guerrier s'avance entre les débris, se couvrant de son bouclier et tenant de la main gauche une épée; deux autres sont placés en arrière, brandissant un bélier. On Yoit dans le fond le roi Priam, la tête ceinte d'une couronne et tenant un sceptre ; près de lui deux femmes échevelées , la statue de Minerve debout sur son piédestal et les colonnades d'un temple ; à gauche, des monuments en flammes. On lil sur une pierre au-dessous du pied d'Anchise le monogramme P. C. en lettres d'or. La partie de gauche, comprenant en entier la figure d' Ascagne, est refaite. — (Collection Révoil, n» 276.)
39 S. — Le mois d'Octobre, d'après Etienne de Laune. — Plaque de forme ovale, en émaux de cou-
leurs, avec emploi de paillons et rehauts d'or, détails dorés. — Hauteur, 0,355; largeur y 0,280.
Un homme placé en avant est représenté semant des grains dans les sillons d'un champ ; on voit près de lui des oiseaux qui mangent les semailles. Unaulre homme, à un plan plus éloigné, conduit un cheval qui Iraine une herse ; un troisième, vers la gauche, dirige une charrue attelée de deux bœufs; plus loin sont divers groupes de maisons ; on dislingue à droite une église près d'une prairie où paissent des moulons; à gauche, des moulins sur le bord d'une rivière, dont les eaux s'étendent jusqu'à l'horizon ei reflètent une montagne ronde qui se détache sur le fond de ciel. Dans le haut du médaillon, de grands nuages entr'ouverts laissent apercevoir sur un fond d'or le signe du Scorpion. On trouve dans le bas à gauche, près d"un sac, le monogramme P. C. Le conlre-émail est incolore. — (Collection Durand, no i 10/2646.)
StO. — Le repas des noces de Psyché (1), inspiré de la composition de Raphaël, — Plat de forme ovale, en grisaille sur fond noir, les chairs colorées, quelques détails dorés, — Longueur, 0,500; largeur, 0,390.
Les Dieux sont assis autour d'une table ; les figures de Jupiter et Junon, de Plulon et Proserpine , d'Hercule et Vénus sont assez semblables à celles de la Farnésine ; l'Amour et Psyché occupent une place difTérenle et sont dans une tout autre pose ; le petit Amour qui soulève la nappe est une variante. La pose des Heures , placées en arrière des Dieux et portant des fleurs, n'est pas une reproduction exacte. L'émailleur n'en a mis que deux et a supprimé toutes les autres figures de la fresque. Une vignette en arabesques dorées entoure la composition. Le rebord est orné d'un enlacement formant de place en place des médaillons; dans quatre de ces médaillons sont des figures dorées d'hommes tenant des lances ; dans un le nom de P. COURTEYS en lettres d'or; dans un autre la date 1560 en chiffres dorés. Le revers est décoré d'une figure couchée de fleuve, d'après Raphaël, appuyée sur une urne et tenant de la main droite un aviron. Celle figure, en ton de chair sur fond pointillé d'or, occupe le centre et est renfermée dans un cartouche de large dessin, sur lequel deux mascarons en tons de chair alternent avec deux tèîcs de lion; une guirlande de fruits, rattachée par des anneaux, est encadrée par des enroulements que décorent des lignes de perles. Un rangd'oves tourne autour du plat cl en termine l'ornementation. — (Ancienne collection, n» 40.)
3SO. — Apollon et les Muses. — Plat de forme ovale en grisaille sur fond iioir, les chairs légèrement
(1) Il est probable que Pierre Courtois a exécuté un service de table de riiistoire de Psyché ; on en rencontre des pièces un peu partout. collection Andrew Fountainc. Une belle suite d'assiettes, grisailles teintées, signées PC. 1560 dans des cartels. Diamètre, 0,217,
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colorées, quelques détails dores. — Longueur, 0,500; largeur^ 0,385.
Apollon occupe le centre et le haut de la composition ; il est assis sur le sommet d'une montngnc et représciU*' jouant d'un violon à cinq cordes; son arc et son carquois sont à ses pieds ; Pégase ailé est en arrière de lui. Au-dessous d'Apollon et occupant les premiers plans, les Muscs sont partagées en deux groupes, quaire sont à gauche et cinq à droite ; elles sont représentées jouant d'inslruraents divers, à l'exception d'une seule qui chante en fixant les yeux sur un livre ouvert; de chaque côté un Génie, portant des couronnes des deux mains , plane au-dessus de chaque croupe ; on voit en arriére de celui de gauciie deux poêles à longue barbe et couronnés de lauriers. Un olivier est prés d'Apollon sur le sommet de la montagne ; deux courants d'eau qui descendent et se rejoignent figurent rilip.pocréne et le Permcsse; au point où ils s'unissent, la nynq)hc Castalie, couchée d;ins les roseaux, épanche en la rivière qu'ifs forment les eaux qui jaillissent de ses sein.set de l'uriîe sur laquelle elle s'appuie. Une vignette dorée entoure la composition. Le rebord est décoré de masques coiffés de draperies et de têtes de satyres, que réunissent des enroulements auxquels sont ajustées des tètes d'animaux à longues cornes. Cette partie du plat est en partie refaite. Le revers est décoré d'un cartouche orné de deux tètes d'enfants, de deux têtes de satyres, de quatre corbeilles remplies de fruits, de draperies et d'enlacements dans lesquels sont ajustées quatre figures de satyres de sexes différenls, tenant les unes et les autres des palmes dorées de "chaque main ; au centre sont des instruments de musique sur fond pointillé d'or, et sur l'enroulement qui les encadre on lit, en lettres noires, ces mots : par. pierre Cnrteys a limoges. Une frise en grisaille termine le décor ; elle est très restaurée. — Collection Durand, no i5:i9.)
3St. — Neptune et Cybèle, personnifiant les eaux et la terre. — Bassin circulaire en émaux de couleurs rehaussés d'or sur fond hieu. — Diamètre y 0,525 (1). — La figure du Neptune et celle d'un fleuve sont imitées de Raphaël.
D'un côté, Neptune . armé du trident, est porté sur les eaux dans une coquille dorée que traînent qualrc cb.evaux marins. Un jeune triton marche devant lui en sonnant de la conque. De l'autre, Cybèle, étendue sur la terre, est caractérisée par un double rang de mamelles et par la triple tour qui surmonte sa couronne de fleurs. Une draperie bleue, dont elle est vêtue, laisse entièrement à découvert le haut de son ccrps et ses jambes que soulève un loup en se glissant sous elle. Un enfant se nourrit au sein de la déesse, qui abandonne à une chèvre blanche sa mamelle infé-
(1) collection Carliste, au Castel-Hovard , la belle résidence du lord de ce nom dans le Yorkshire. J'ai vu, dans celle collection, un bassin de même dinicnsion qui porte aussi, dans le creux formé par le support, la signature de l'artiste, et de celte manière : Fet a limoges par P, C, Les sujets font allusion aux saisons.
rieure. (Jn lion, un cerf et un ours Penlourent à peu de dislance. Elle tient sur ses genoux une sorte de nacelle, asile contre les eaux, que sa prévoyance a préparée, sans doute, pour Ihomme qu elle nourrit et pro-^ tése. i)e grandes figures de fleuves, placées entre les deux groupes, aux points où finit l'empire du Dieu et où commence celui de Cybele, tout en les séparant, semblent relier leurs deux éléments. L'un des fleuves est jeune ; son corps entièrement nu flotte plus qu'à demi sur les flots ; son bras droit s'appuie sur un aviron , le gauche repose sur une tirne dont les eaux se confondent avec celles de la mer. L'autre a la barbe et les cheveux blancs, le bas de son corps est enveloppé d'une robe violette. Couché dans des roseaux qui servent de refuge à trois cygnes, il tient d'une main une palme, et de Taulre une corne d'abondance. Les eaux s"épandenl de l'urne qui lui sert d'appui. Le support central est orné d'un médaillon circulaire de 4 cent. 1/2 de diamèîre, représentant une jeune femme à demi nue, à demi couverte d'un voile de couleur bistre. Elle est assise et écrit dans un livre. Un lion couché devant elle, une chèvre debout derrière, et à ses pieds, en avant, un homme en costume de moine, accroupi et vu de dos. Trois frises concentriques ornées de fleurons et d'arabesques forment au médaillon un triple encadrement qui ne se rattache à la composition générale que par le ton des émaux. Le rebord est décoré de quatre tètes de satyres en tons de chair (une des tètes est restaurée ainsi que les ornements qui l'entourent ; ils ont été rétablis en peinture à l'huile), el d'autant de médaillons oblongs en grisaille sur fond bleu. Le revers est orné de deux figures de satyres grotesques, dont les bras sont passés comme dans des anses, aux lignes recourbées du cartouche qui les entoure. Elles alternentavec deux grandes corbeilles remplies de fruits ; quatre sirènes occupent les intervalles. Une frise circulaire en enlacements termine le décor, elle est ornée de quatre médaillons en camaïeu et rehaut d'or sur fond bleu ; deux représentent des tritons sur les eaux sonnant de la conque; le troisième, deux singes jouant ; le quatrième, un chat et un chien. Dans l'enfoncement que produit au milieu du bassin le support de l'aiguière, on lit en lettres d'or : I.^S. Faict à Limoges par P. Covrieys, dont on voit le fac-similé p. 254. — (Collection Durand, n» 1/2406.)
3Sî^. — Les enfants de Niobé percés de flèches PAR Apollon et Diane, d'après Jules Romain. — Plat circulaire en émaux de couleurs avec emploi de paillons et rehauts d'or. — Diamètre, 0,465.
Cinq des fils sont étendus morts; le sang jaillit de leurs blessures, leurs corps nus et décolorés forment sur le sol un enchaînement confus ; le sixième cache son visage contre terre, et le Dieu qui occupe avec Diane le haut de la composition, l'arc tendu, dirige sur lui le trait dont il va le frapper. Diane contemple avec joie cette scène de carnage ; elle tient en main un javelot, prête à satisfaire sa haine implacable sur les filles de Niobé. Celles-ci se relient au groupe de leurs frères par des mouvements divers ; l'une étend vers la déesse ses mains suppliantes ; derrière elle sa sœur se cache; une autre pleure sur un des morts quelle tient embrassé et soulève à demi ; deux s'enfuient épouvantées de côtés diversla sixième se confond en un même mouvement avec son frère, dernière victime d'Apollon. Deux figures de vieillards étendus à terre se distinguentà peine des cadavresdeleurs jeunes maîtres: un d'eux voile d'une main son visage, l'autre semble faire de son corps, à un des mourants, un inutile rempart, et son regard, élevé vers le ciel, exprime l'indignation et la terreur. Une prairie ombragée de grands arbres, vers la gauche, occupe le premier plan. Trois flèches d'or et un vase renversé sont en avant de la
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scène. A droite sont des fabriques et des arbres, et dans le fond, les murs et les monuments d'une ville qui est séparée des prairies par une rivière. Apollon et Diane, supportés par des nuases,sedétachent sur un fond d'or. Un croissant orne le front de la déesse. Une vignette dorée, sur fond noir, entoure la composition. Le rebord, sur fond noir, est orné de vases et corbeilles de fruits, de légers pavillons, de tètes d'enfants et de masques qui s'alternent et se relient par des arabesques et des draperies que soutiennent des paons. D'autres oiseaux et des papillons complètent le décor très varié- de couleurs et relevé de légers ornements d'<jr. Le revers ofTre une élfganle composition. Une légère rosace dorée occupe le centre, autour duquel quatre figures d'anges ailés , légèrement couverts d'une draperie alternativement verle et bleue, disposés en croix, ont les pieds posés sur des corbeilles de fruits. De chaque main ils tiennent une aiguière, et leurs bras étendus portent et soulèvent des draperies qui se rattachent à des pavillons allernativemenl bleus ou verts. S )us chacun des pavillons bleus sont assises deux nymphes des eaux, appuyées sur leurs urnes et tenant en main des palmes d'or ; sous chacun dès pavillons verts, deux figures de fleuves également appuyés sur leurs urnes et tenant de même des palmes d'or. De chacune dos urnes l'eau s'échappe et= se répand sur des fonds où sont figurés, en or, des cygnes et autres oiseaux aquatiques nageanientre des roseaux. Des têtes defemmes coiffées d'arabesques, ornées de draperies et couronnées par les pavillons, alternent avec les figures d'anges, et se relient par des ornements aux groupes de fleuves, et à ceux des nymphes qui s'adossent contre elles. Une guirlande de feuillage, en traits d'or, complète et termine le décor. Sur le pavillon bleu qui couronne l'une des tètes et un groupe de nymphes , on lit, en lettres d'or : Courtois. — (Collection Durand, n» 7/2412.)
3^S. — Le mois de Février, d'après Etienne de Laune. — Assiette en grisaille sur fond noir, rehaussée d'or, les chairs légèrement colorées. — Diamètre, 0,187.
Un homme, la tête découverte, est assis sur un banc devant le feu d'une cheminée ; une femme est assise près de lui ; elle relève d'une main un pli de son vêlement pour garantir son visage ; un enfant assis près délie eiiaulTe ses mains ; iln autre enfant, vu de dos, est accroupi par terre au premier plan ; un homme, à droite, apporte du bois ; un fagot, des bûches vl une cognée sont à terre près de lui ; une voûte en abside et des monuments occupent le fond. Le rebord est orné de cartouches qui relient deux urnes enflainmées. deux paquets de poissons et coquillages et deux draperies. Dans l'écusson du bas on lit en lettres d'or : Februarics; dans celui de droite on entrevoit une sirène en traiis d'or, dans celui de gauche une salamandre. Le revers ofTre au centre le signe des Poissons,, près desquels est la marque qui les accompagne. Us sont encadrés dans un cartouche en grisaille, orné dans le haut d'une tète de chérubin ailée et dans le bas d'une tète d'animal fantastique relevani des draperies. La frise qui termine le décor figure un collier, dont les pierres sont colorées en louches marbrées d'un ton rcugeâlre. Cette frise est refaite. — (CoK lection Durand, n» 19/2437.)
3^4. — Le mois de Juillet. — Assiette engrisaille
rehaussée d'or sur fond noir, les chairs légèrement colorées. — Diamètre, 0,190.
Un homme fauche Therbc d'un pré; une femme l'étend au râteau» un autre homme près d'eux, en arrière, boit à même une gourde. Le rebord est orné de deux écussons rattachés par des guirlandes composées de groupes de fruits, de fieurs, d'instruments de travaux champêtres, que relient de légères draperies. Dans l'écusson du haut on lit le monogramme P.C. en lettres d'or; dans celui du bas, le mot Julius, également en lettres d'or. Le revers offre au centre le signe du Lion sur fond pointillé dor. Un enlacement en grisaille et une frise légère en or complètent le décor. — (Collection Durand, u" 19/24i33.)
BS5. — Triomphe de Diane, trioimphe de Junon. — Vase en forme d'urne , élevé sur une hase circulaire et destiné à accompagner le n^ 381 . Le couvercle est surmonté d'une figurine de Mercure, en bronze doré. — Hauteur, 0,503; diamètre, 0,172.
Diane est représentée sur un char à dossier élevé, soutenant de la main gauche le disque de la lune ; deux nymphes traînent le char ; deux génies ailés marchent en avant, en sonnant de la trompette ; derrière le char de la déesse, une nymphe lient en laisse deux dauphins, une autre porte un croissant figuré, une troisième sonne dans un cor. Au-dessus de cette composition les diverses phases de la lune sont représentées en camaïeu dans quatre petits médaillons de forme ovale, que séparent autant de figures à demi couchées, dont les poses indiquent les différentes heures de la nuit. Des masques ajustés avec des draperies et des guirlandes décorent le bord supérieur. Au-dessous de la composition, alternant avec un ornement en écailles, sont figurés des godrons ajustés dans un enlacement dun ton bislre. Le pied est décoré de cartouches symboliques : deux aigles tenant des foudres dans leurs becs supportent l'un, deux dragons vomissant des feux entourent l'autre; le centre de tous deux est rempli de flammes que l'on retrouve sur les motifs qui les séparent ; un rang de perles entoure le pied. Sur le fût de la base, Junon, maîtresse du ciel, assise sur un char auquel sont atlelés deux paons, est entourée de ces brillants oiseaux; derrière elle un génie, porté par les nuages, replie le manteau de la Nuit. La figurine de Mercure en rondebosse, qui surmonte le couvercle, y est fixée par une monture à jour, qui laisse à découvert une partie du décor, assez semblable à l'ornement en godrons simulés placé dans la partie inférieure du vase. La hauteur de la figurine est de 0,07. Le coutre-émail est incolore.— (Collection Durand, no 2/2407.)
3^6. — Le triomphe de Neptune, d'après une composition gravée de l'œuvre de Ducerceau; et auirdessous, LE TRIOMPHE DE CÉRÈs OU l'Été, d'après une composition gravée qui est comprise dans l'œuvre de